‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 12 sur 99 · RÉSULTATS DE L'ANALYSE INTERNE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE L'ANALYSE INTERNE

dans lequel sont des réalités absolues, parmi lesquelles est la Beauté. Ces réalités sont le principe même du divin (249 C : Tupoç olaiîsp ôeoç wv 6£T6ç saii). Notre âme, avant de vivre de la vie sensible, au cours de laquelle elle est unie à un corps, a été admise à contempler, à la suite des dieux, ces réalités absolues, non toujours, il est vrai, d'une façon suffisante (247 C-248 C; cf. 250 A). Du moins sont-elles l'objet naturel de la partie la meilleure de Tâme, de l'intellect (247 CD; 248 BC). D'autre part, si notre âme est capable ici-bas de quelque vertu et de quelque savoir, ce ne peut être que en tant qu'elle se ressouvient de la Justice réelle, de la Tempérance réelle, de la Science réelle et de toutes les réalités qu'il lui a été donné de contempler autrefois (247 DE, 254 BC; cf. 248 D début et 250 AB). Or ces réminiscences n'appartiennent qu'aux âmes humaines, seules capables de ramener la multiplicité des sensations à l'unité de la pensée ou, en d'autres termes, de penser le général (249 BC, E). Mais, entre toutes les réalités supérieures, la Beauté possède une splendeur particulière : aussi communique-t-elle un incomparable éclat à ses images terrestres. Il en résulte que le beau est, non pas seul capable (250 D), mais du moins ce qu'il y a de plus capable de provoquer en nous une émotion qui puisse favoriser notre retour vers ce monde divin dont nous sommes déchus (250 AB; D-251 B, D; 252 C-253 C), en nous faisant ressouvenir des réalités qui y résident à côté du Beau en soi (254 B, début du ch. 35). Cette émotion, c'est le délire de l'amour (244 A; 245 B; 248 D; 249 DE; 250 A; 251 A, D). Grâce à lui, notre âme recouvre ses ailes; elle peut s'élever au-dessus du Sensible (249 C-E; 251 B-E; 256 B) et recouvrer l'immortalité qui lui appartient en vertu de sa nature propre : car l'âme est essentiellement ce qui se meut soi-même et elle est le principe impérissable de tout mouvement et de toute génération (245 C-246 A, C). Sans doute il y a d'impures amours, parce que les autres parties de notre âme ne sont pas soumises, comme cela a lieu pour les âmes des dieux, à la discipline de la Raison (246 AB; 247 B; 256 A^C). Mais, même dans un amour non philosophique, pourvu qu'il ne

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soit pas perverti par Tinjustice et le désordre (comp. 256 C et 248 C, 250 E), il y a plus de garanties d'un retour vers le divin que dans une viô sans amour, réduite à cette sag-esse mortelle, à laquelle l'inspiration fait défaut. (256 B-257 A)

§ 74. — Ainsi le Phèdre nous fait voir que le désir de V\mmortalité a son principe dans la nature même de notre âme ; que la beauté a en elle ce qu'il faut pour réveiller ce désir ; que les semences d'immortalité qui sont en nous sont des survivances d'une participation effective à la vie immortelle et divine; que, par l'amour, nous trouvons le moyen de libérer notre âme de ses entraves sensibles, de lui donner l'essor et, en la ramenant ainsi à ses destinées primitives, de lui rouvrir, par la réminiscence de la beauté absolue, l'accès de ce monde où sont les réalités supérieures. Sans doute toutes ces idées sont présentées dans le Phèdre sous une forme mythique. Mais un mythe n'est pas un simple jeu; c'est ou bien une façon symbolique de représenter sous une forme concrète des idées abstraites antérieurement exposées, ou bien c'est une explication relativement à des choses que les sciences ou la dialectique ne permettent pas d'exposer sous une forme rigoureuse (246 A, CD; cf. 265 C : [xuôixov xtva ujavov). Or le mythe du Phèdre répond bien à cette conception : il se fonde sur les inductions que le Banquet avait dégagées, il les coordonne et en éclaire le résultat. — Ainsi l'analyse du contenu des. trois dialogues nous conduit à voir dans la pensée du Banquet une continuation de celle du Lysis, dans la pensée du Phèdre un approfondissement de celle du Banquet. Nous allons maintenant étudier la question au point de vue purement historique et nous rechercherons si l'examen du problème chronologique nous conduit au même résultat.

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