‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 14 sur 99 · I. — Lysis · texte numérisé non relu

I. — Lysis

§ 76'. — En ce qui concerne le Lysis, il n'y a pas de difficulté sérieuse**, et la plupart des critiques s'accordent à voir

42. L'authenticité du Lyùs est généralement admise : elle a été contestée cependant par Ast, par Socher (d'après Gomperz Fens, de la Grèce

.dans ce dialogue une œuvre antérieure au moins au Banquet. DiTTENBERGER Cependant, se fondant sur des considérations stylistiques, a voulu placer le Lysis après le Phédon et le Banquet, avant le Phèdre*^. De même le Phèdre est regardé

, ordinairement comme postérieur au Lysis, sauf par ceux qui veulent voir dans le Phèdre le premier ou Tun des premiers écrits de Platon. C'est ainsi que Immisce^* a rangé le L7/sfs bien après le Phèdre, Tandis que ce dernier serait tout à fait un ouvrage de jeunesse, le Lysis appartiendrait à ce qu'lM- MiscH appelle le « groupe pédagogique » des dialogues, qui se place entre la date de l'ouverture de TÉcole dans l'Académie et la date du second voyage en Sicile, c'est-à-dire entre 387/386 et 367. Il serait d'ailleurs de la première partie de cette période, avec Lâchés, Euthydème, Ménéxène et Charmide. D'autres mettent au contraire le Lysis très près du Banquet, ainsi Gomperz {les Penseurs de la Grèce tr. fr. II, 399, 1; cf. aussi 301) et Raeder {op, cit. 154-158). Ce dernier fait observer que le caractère négatif de la discussion ne prouve nullement que le Lysis soit une œuvre de jeunesse : le Théétète ne conduit-il pas, lui aussi, à une conclusion négative? De plus, les premiers dialogues de Platon contiennent très peu d'allusions aux philosophes qui l'ont précédé et encore moins de discussions analogues à celles que nous trouvons dans le Lysis (213 C-216 B). Le Gorgias, VEu-

tr. fr. 399, 1), par Schaarschmidt Samml, d, plat. Schr» p. 382 sqq. et par Madvig Adversaria critica I, 402 (cf. Ueberweg Untersuch, 171-173 ; Zeller Ph. d, Gr. II, 1*, 479, 5; Raeder op. cit, 91, 2). Ldtoslawski, sans se prononcer expressément, semble assez disposé à considérer le Lysis comme inauthentique (^Orig. and growth of Flato's Logic p. 75, note et p. 194; cf. Ind, s. v.). Il semble pourtant bien difficile de tenir pour apocryphe un dialogue auquel Aristote a fait de nombreuses allusions, cf. Ueberweg op, cit. 172 sq. — Je crois inutile d'insister sur l'anecdote connue (ap. Diog. III, 35), d'après laquelle le Lysis aurait été écrit du vivant de Socrate; cf. Grote I^ 196 m et Gomperz tr. fr. II, 301.

43. Sprachliche Kriterien Hermès XVI (1881), d'après Lltoslawski op, cit. 105.

44. Zum gegenwàrtigen Stande d. platon, Frage, d'après Ueberweg- Heinze Grundr. I», 175.

thydème et le Cratyle lui paraissent antérieurs au Banquet Zeller représente une opinion moyenne, en attribuant le Lysù à ce qu'on est convenu d'appeler la « période socratique » de lactivité littéraire de Platon et il propose de le placer entre la mort de Socrate et le* début des voyages à Cyrène et en Egypte {op, cit. 529 sq., cf. 525).

Nous nous contenterons de remarquer tout d'abord que c'est en grande partie à la critique interne que les érudits demandent la justification de leurs opinions sur la chronologie du dialogue. Aussi ne se fera-t-on pas scrupule, à l'égard de la seconde thèse, de s'appuyer sur des raisons de cet ordre pour refuser de placer le Lysis aussi près du Banquet. Ce dernier dialogue nous a paru marquer un important progrès par rapport au premier, et, vraisemblablement, ce progrès ne s'est pas fait sans préparation. Comment supposer dès lors que le temps, où s'élaboraient sans doute dans la pensée de Platon les idées qui devaient faire le fond du Banquet, ait été celui-là même où il écrivait le Lysis"} Admet-on, d'autre part, que l'hypothèse qui a été adoptée relativement au sens des premiers discours du Banquet (cf , § 71) est exacte? On est alors en droit de penser que, si le Lysis était immédiatement antérieur au Banquet, Platon n'eût pas senti le besoin d'en reprendre les thèses avec autant de développement. Au surplus, c'est là pour nous une question secondaire. Ce qui nous intéresse surtout, c'est qu'il est de la plus haute probabilité que le Lysis est antérieur au Banquet. Quant à décider s'il faut le mettre après le Phèdre comme le veut Immisch, c'est une question qui dépend entièrement de celle de savoir quelle place il faut assigner à ce dernier dialogue.

IL — Le Banquet.

§ 77. — Pour déterminer la date du Banquet, nous possédons un indice auquel la plupart des critiques ont fait la plus large confiance. C'est l'allusion bien connue qui est faite dans le discours d'Aristophane (193 A) à la dispersion des

Mantinéens (5tctxtff[ji.6ç) par les Spci,rtiates. Cet événement s'étant produit en 385 (cf. Xenoph. Hellen, V, 2; Diod. XV, 12), on pourrait dire avec certitude, si toutefois l'allusion est exactement interprétée, que le Banquet n'est pas antérieur à cette date. D'autre part, selon l'opinion la plus communément admise, il ne lui serait pas de beaucoup postérieur. Car ce qui explique ici l'anachronisme*^, c'est précisément, diton, la vivacité non encore atténuée de l'impression produite sur les esprits par un événement tout récent. — Toutefois on a soutenu, non san^ quelque apparence de raison, une opinion différente. Comment Aristophane plaisanterait-il sur un événement aussi triste, si l'émotion qu'il dut causer*^ était encore récente? Rien ne servirait d'invoquer, avec Stallbaum, l'assertion de Xénophon, que les Mantinéens furent enchantés d'échapper à leurs démagogues et de passer sous un régime aristocratique : qui ne voit à quel point un tel témoignage est suspect? Mais, en revanche, il est permis de remarquer que Platon est lui-même assez disposé à juger sans tendresse les gouvernements démocratiques. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, qu'il ait vu là une occasion de montrer en Aristophane le railleur qui ne respecte rien et contre les injustes moqueries duquel il semble vouloir défendre dans le Banquet^'^ la personnalité de son maître. Des raisons plausibles peuvent être alléguées, on le voit, en faveur de l'une et l'autre hypothèse et sans doute serait-il téméraire de chercher dans cette indication rien de plus qu'un moyen de savoir au-delà de quelle date on ne peut reculer la composition du Banquet, — Aussi est-ce prétendre à une précision chimérique que de vouloir, avec Schleiermacher (II, 2, 370) et DuEMMLER {Chronol. Beitraege zu einiffeti Plat, Dialogen ans den Reden des Isokr,), déterminer exactement à quelle date le souvenir de la dispersion des Mantinéens pouvait revenir à l'esprit de Platon. Ce serait, à leur avis, au

45. La scène du Banquet se place en eiïet en 416. Cf. Arn. Hug Platons Sympos, 2« Aufl. XL.

46. Voir G. Fougères Mantinée et t'Arcadie orientale, p. 425.

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