Cf. Raeder op. cit. 167, 2 ; voir aussi
54. Op. cit. tr. fr. (410 sq.). Cf. Téigamueller Lit. F. I, i20-122.
55. Cf. IsoGR. Busiris, 5; le Busiris est probablement postérieur à 391,
un sentiment de honte que je lui fais ma confession. » (2Uj A-C) Le morceau, que j'ai cru devoir traduire en entier, paraît en effet avoir un objet précis ; tout y tend à montrer en Alcibiade le disciple iudocile, et, par suite, à dégager la responsabilité de Socrate.
Cependant le pamphlet de Polycrate est de 393 ou du début de 392. Dès lors, si Ton place le Banquet en 385/384, n'est-on pas en droit de trouver la réponse de Platon bien tardive? Peut-on accorder à Gomperz (p. 410) que Platon eût trouvé dans une attaque déjà vieille de huit ans « un motif très précis » de faire un nouveau plaidoyer en faveur de son maître et de placer ce plaidoyer dans la bouche d' Alcibiade? Gomperz prétend, à vrai dire, que « Teffet (de cette attaque! n'était pas encore épuisé ». C'est une hypothèse toute gratuite, et qui ne se justifie que par le besoin d'étayer une autre hypothèse. En réalité, si celle-ci était bien fondée, elle nous conduirait bien plutôt à rapprocher le Banquet de 392 et, par conséquent, à abandonner l'interprétation traditionnelle du passage de 193 A. On en reviendrait donc aux hypothèses de HoMMEL ou de Wilamowitz, dont nous avons montré toutes les difficultés. Aussi me semble-t-il que, si le Banquet est considéré (ce qui, sans être son but essentiel, est peutêtre bien sa cause occasionnelle) comme une réponse aux détracteurs de Socrate, il y a tout avantage à adopter une autre hypothèse relativement au discours d' Alcibiade. M. Bro- CHARD {loc, cit. p. 25 sq., 27-32) a supposé qu'Aristophane était, plus qu'aucun autre, visé par Platon et il a donné, pour le prouver, d'excellentes raisons. Au surplus Aristophane écrivait encore au moment où on peut croire que fut composé le Banquet : le second PliUus est de 388 et, bien que dans la suite le poète n'ait plus rien fait représenter sous son nom, son activité littéraire paraît avoir persisté jusqu'à l'époque de sa mort, en 380. Sans doute les comédies de cette dernière période étaient bien différentes de celles qu'il avait composées au temps où il poursuivait Socrate de ses railleries. Mais le souvenir en demeurait incontestablement très vivace, entretenu d^ailleurs, sans doute, par les repré-
sentations qu'on en donnait encore, peut-être, il est vrai, sous une forme plus adoucie. Aristophane était donc, entre tous les adversaires de Socrate, le seul vraisemblablement dont rinfluence valût encore la peine d'être combattue, et, si Platon a pensé au pamphlet de Polycrate, ce ne dut être que à Toccasion de sa réponse à Aristophane. Ainsi en résumé le problème chronologique du Banquet reste entièrement indépendant du rapprochement signalé par Gomperz et ce rapprochement n'aide en rien à le résoudre.
§ 81. — Une autre hypothèse de Gomperz nous fournirait, si elle était vérifiée, une indication plus précise sur la date probable du Banquet. Il rappelle que Platon avait consacré à la mémoire de Dion « une épitaplie tout empreinte du souvenir d'un sentiment passionné » et qui se termine par ces mots : (( toi qui, par l'amour, fis naître le délire en mon cœur, ô Dion! ))*®. Or le Banquet contiendrait des traces de cette ardente affection. Rien ne plaît davantage, proclame Diotime, au mortel divin, auquel appartient la fécondité selon l'esprit, que la rencontre en un même homme d'une belle âme et d'un beau corps (209 B) : Dion était en effet « aussi beau de corps que bien doué du côté de l'esprit )). C'était un jeune homme d'à peu près vingt ans lorsque Platon, âgé de plus de trente-cinq ans, le rencontra à Syracuse. Or ce sont de telles amitiés que, selon Gomperz, prescrit justement Diotime. Enfin, avec ce prince, « l'élève de Socrate n'a pas seulement philosophé; de concert avec lui, il a aussi formé des projets de rénovation politique et sociale et espéré les réaliser par son appui. Par là, l'allusion étrange en elle-même et nullement exigée par le contexte à des faits de législation issus d'une liaison amoureuse devient compréhensible et acquiert même un certain piquant ^^ »
Remarquons cependant, tout d'abord, que, si le passage auquel Gomperz fait allusion en dernier lieu et qui lui semble
56. Bergk Boet. lyr. gr, 11^, 301 ; cf. Gomperz op. cU, tr. fr. p. 412 et la note.
57. Natorp {Platos Jieenlehre p. 166, 1) a accueilli avec faveur la conjecture de Gomperz.
si étrange, est bien, comme il paraît, le morceau de 209 DE, il n'est pas si malaisé qu'il le dit de le rattacher à rensemblc du développement. Diotime parle de l'invention comme d'un moyen de nous perpétuer par une sorte de génération selou l'esprit : on ne voit donc rien de surprenant à ce que les lois lui apparaissent comme une des manifestations les plus remarquables de cette fécondité intellectuelle (voir le début du développement, 209 A). Au reste l'analyse même de GoMPEia (cf. p. 407) suffirait à montrer combien est peu justifié le jugement que iious discutons. En second lieu, on peut sf demander où il voit que Diotime recommande de préférer l'amour d'un jeune homme sorti de l'adolescence à celui d'un adolescent. Qu'on puisse l'inférer de l'ensemble de ses conseils, je ne le nie pas. Il n'en est pas moins vrai cependant que, partout où elle pourrait, au contraire, préciser sa pensée : ur ce point, elle parle, sans distinction, d'amour pour les enfants, les jeunes gens, les hommes '^\ Enfin, que Dion fui bien doué du côté de l'âme comme du côté du corps, il n'y a peut-être pas là une raison suffisante de supposer que c'est à lui que dut penser Platon en vantant le bonheur de l'amant qui a pu rencontrer dans son bien-aimé une pareille réunion des qualités physiques et morales. Bref l'hypothèse de Go.m- PERZ, qu'il présente d'ailleurs comme une témérité à laquelle il ne se résout pas sans hésitation, me paraît assez fragile : n'aurait-elle pas été inspirée à son auteur, quoi que celui-ci n'en dise rien, tout simplement par la ressemblance du nom de Diotime avec celui de Dion? — Cependant, il faut reconnaître que tout le développement 209 BC respire un enthousiasme si chaleureux qu'on ne peut s'empêcher, même si on se refuse à le rapporter à la personne de Dion, de supposer que l'objet n'en est pas tout imaginaire. C'est le point de départ de l'hypothèse de Gomperz. « 11 faut, dit-il excellemment, avoir éprouvé une chose soi-même pour la présenter sous des couleurs aussi chaudes, aussi vives, aussi éclatantes...
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