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Platons Phaedr., erste Schr, Platons

LE PHÈDRE œuVRE DE PREMIÈRE JEUNESSE 67

ment, par Bonitz^*, par Usener^^ et par Immisch^^ Ast allait jusqu'à vouloir placer le Phèdre avant 406, sous prétexte qu'il y est question (268 CD, 269 A) de Sophocle et d'Euripide comme de personnages encore vivants. Usener et Immisce ne demandent pas à reculer le dialogue aussi loin : ils estiment néanmoins que Platon ne devait pas avoir beaucoup plus de vingt-cinq ans, lorsqu'il l'écrivit, et qu'il est, par conséquent, de 403 ou 402. A l'appui de cette opinion Usener a fait valoir trois raisons principales. En premier lieu, le Phèdre est certainement antérieur au discours d'Isocrate contre les Sophistes, dont un passage (§ 14-18) est inspiré du Phèdre (269 D, cf. 272 A; sur ce point,- voir plus bas § 99 5. m.); or ce discours ne peut avoir été composé après 390; il faut donc que le Phèdre ait été écrit avant que Platon parte d'Athènes pour entreprendre ses grands voyages, et, par conséquent, alors que Socrate vivait encore. En outre, Cicéron nous apprend dans le Brutus (XII, 48), s'appuyant peut-être sur l'autorité d'AniSTOTE (cf. ibid. 46), que Lysias avait enseigné la rhétorique avant de devenir logographe; or ce changement d'occupation se produisit sans doute après la chute des Trente, et au moment de la restauration de 403 ; longtemps après cette date, Platon n'aurait pu prendre en effet pour sujet de sa critique un discours d'apparat de Lysias, appartenant à un genre que celui-ci avait désormais complètement abandonné. D'autre part, Isocrate, au témoignage de Cicéron (au même endroit), aurait inversement renoncé au métier de logographe pour se consacrer à l'enseignement de la rhétorique (394/390, cf. § 99 in,) ; or Isocrate, qui avait été jusqu'alors, comme le prouve la confiance que Platon met en lui dans le passage déjà cité du Phèdre , un ami de l'école socratique, s'en éloigne au contraire et Platon brise avec lui. Il faut donc que le Phèdre soit antérieur, à la fois, à ce double changement de profession, ou, s'il est

8i. Fiat. St. : Zur Erkldr, d. BiaL Phâdros 270-272, éd. II 1875.

82. Ahfassungsz. d. platon. Phaedr. Rh. Mus. XXXV, 1880, p. 131-151.

83. Zum gegenvûàrtigen Stande d. platon. Frage N. Jahrb. f. d. Klass. Alterth. III, 1899, p. 549 sqq.).

postérieur au premier, que ce soit de très peu. Enfin il nous est dit dans le Phèdre (257 C, cf. 258 C) qu'un homme politique avait appliqué à Lysias le nom outrageant de « logographe »; or, peu de temps après la chute des Trente, ud politicien nommé Archinos, du parti d'Anytus, avait combattu une motion ayant pour objet d'accorder le droit de cité dans Athènes à Lysias et à tous ceux qui étaient revenus du Pirée avec les démocrates (Arist. Rep. Ath, 34, 40; Ps. Plut. Vit. X. Orat. 835 F) ^*. Ainsi, en résumé, le Phèdre aurait été écrit avant la mort de Socrate, près de vingt ans avant Tépoque probable du Banquet, et alors que Platon avait à peine vingt-cinq ans.

§ 86. — Le crédit que cette opinion, après une assez longue période de défaveur, a trouvé auprès de critiques aussi bien informés et aussi judicieux que le sont Usener et Immisce, nous impose ^obligation de l'examiner sérieusement; il faut bien nous garder en effet de toute hostilité préconçue, déterminée par les résultats de l'analyse interne, à regard d'une théorie qui leur est si violemment opposée. Au surplus il ne manque pas de bonnes raisons à faire valoir.

Tout d'abord, en admettant que toutes les allusions qu'on prétend trouver dans le Phèdre à tels ou tels événements, dont on connaît d'autre part la date, soient exactement interprétées, que prouvent-elles quant à la date du dialogue? Platon, mettant Socrate en scène, se trouve tout naturellement amené à parler de faits déjà anciens, comme s'ils étaient contemporains : autrement, l'anachronisme serait la. loi, et ce serait, en vérité, bien étrange. Il n'y a non plus aucune conclusion à tirer de la mention qui est faite de Polémarque, car nous retrouvons le même personnage dans le premier livre de la République. Or, quelque raison qu'on puisse avoir de considérer ce premier livre comme beaucoup plus ancien que le reste de l'ouvrage, personne n'a eu l'idée de soutenir qu'il ait été écrit du vivant de Socrate. Tout au contraire,

84. On a voulu voir également une allusion à ce même Archinos dans Phèdre 244 CD, où il est peut-être question de la réforme de Torthographe proposée par Archinos en 403 ; cf. Raeder op. cit. 269.

on a pensé ®^ que, en attribuant, dans le Phèdre, à Polémarque des dispositions pour la philosophie, Platon avait voulu faire allusion à la docilité avec laquelle le jeune interlocuteur de Socrate se laisse convaincre dans la République (1, 335 DE). De plus, il semble qu'on s'exagère la valeur du témoignage de CicÉRON et même, à le supposer exact, qu'on en force singulièrement le sens. Il ne signifie pas en effet que Lysias ait cessé de professer, lorsqu'il commença d'écrire des plaidoyers. D'autre part, comme on va le voir, Lysias était riche avant la tyrannie des Trente : est-il croyable, demande GoMPERZ {op, cit. tr. fr. 441, 1), que, dans sa situation de fortune, il se fût abaissé à exercer une profession salariée? Il serait donc faux que, comme le dit l'auteur du Brutiis, Lysias eût une longue pratique de l'enseignement, lorsqu'il devint logographe. En supposant même mal fondée l'opinion de GoMPERZ^^, il n'en resterait pas moins que, en 403, Lysias n'aurait pu être appelé par Platon ^zm-^xzoq twv viîv ypà- <peiv {Phèdre 228 A). C'est en effet à cette date même que se place le discours de Lysias contre Eratosthène, le principal auteur de la mort dé son frère Polémarque. Au début de ce discours, Lysias déclare que, sans être absolument sans expérience, il n'a cependant jamais plaidé ni pour lui, ni pour d'autres ; il y raconte en outre la mort de son frère et comment il fut lui-même (2, 10 sq., 20) dépouillé de sa fortune par les Trente ^^ Mais rien n'y montre qu'il fût alors un avocat connu, ni même, ajouterai-je, qu'il eût déjà enseigné la rhétorique. A aucun titre par conséquent il ne justifiait alors le jugement de Platon^®. Au reste, l'opinion de Usener suppose, ainsi que l'a bien vu Zeller {op, cit. II, I*, 538, 4), que le discours épidictique de Lysias est considéré par Platon en lui-même et pour lui-même, indépendamment de toute relation interne et réelle avec l'objet du dialogue, et autrement que comme un exemple, choisi entre beaucoup d'autres, de

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