P. 382, ap. Rakdkr op. cit
artistiques. Tout au contraire 17ow, YBippiasminor, le Lâches, le Charmide^ que Ton s'accorde très généralement à considérer comme étant des premières productions de Platon, sont des ouvrages très bien composés {op. ciL p. 267; cf. p. 57). Pour expliquer', d'autre part, le tour poétique d'une partie du Phèdre, est-il besoin de supposer qu'il a été écrit par Platon sous l'influence encore récente de sa vocation poétique? C'est, je crois, une suite immédiate de la Action par laquelle il introduit la palinodie de Socrate, en expiation de son premier discours : Socrate, après l'impiété qu'il a commise envers l'Amour, redoute un sort pareil à celui de Stésichore d'Himère, après qu'il eut médit de la belle Hélène (242 E-243 B). 11 va donc, comme lui, composer une palinodie, et, laissant plaisamment à Phèdre la responsabilité de son premier discours, il suppose que le second est de Stésichore d'Himère, fils d'Euphémos (244 A). L'ayant mis ainsi sous le patronage du grand lyrique, il se trouve engagé par cette plaisanterie même à donner un tour lyrique à sa composition. Au reste, déclare-t-il en terminant sa palinodie (257 A), si les expressions poétiques y abondent, là faute en est à Phèdre. Il y a donc évidemment quelque ironie dans la poésie débordante de ce second discours (cf. aussi 262 D)^^ On allègue encore que le mépris de la composition écrite, qui s'affiche avec tant d'éclat dans le Phèdre (274 B-277 A),^ serait incroyable de la part d'un homme qui a déjà beaucoup écrit. Ne seraitil pas beaucoup plus incroyable, au contraire, que dans son premier ouvrage Platon se fût exprimé en termes si sévères à l'égard de l'art de l'écrivain? Raeder, à qui j'emprunte cette remarque, pense qu'il serait bien plus naturel de supposer que Platon s'exprimait ainsi en un temps où, fatigué de la composition écrite, déjà occupé par son enseignè-
90. Selon Natorp Archiv XH, 45 et Hermès XXXV, 387 (ap. Raeder op, du 267, 2), si le Fhèdre n'était pas antérieur à la Républ., le ton poétique du premier de ces dialogues serait incompréhensible, venant après la condamnation des poètes dans le second. Mais, réplique justement Raeder 267 sq., la poésie du Phèdre satisfait à la condition qui est indispensable aux yeux de Platon : elle est fondée sur la théorie des Idées.
ment oral, il songeait à consacrer à celui-ci, où il trouvait sans doute des satisfactions plus immédiates, son activité tout entière (op. cit. 263 sq.). Enfin, sans nous arrêter davantage à souligner toutes les invraisemblances de la théorie en question ou à montrer la faiblesse de ses inductions, remarquons combien serait étrange cette façon de tout juger du haut de la doctrine des Idées, si cette doctrine n'avait pas été antérieurement exposée. C'est cependant cette thèse singulière qui est à la base de la méthode de Schleiermacher et qui lui a sans doute suggéré son opinion sur la date du Phèdre, 11 faut donc renoncer, semble-t-il, à voir dans ce dialogue le premier écrit, ni même l'un des premiers écrits de Platon.
§ 88. — Entre la théorie plus modérée, qui cependant fait encore du Phèdre un ouvrage antérieur au Banquet, et la théorie opposée qui le range parmi les derniers dialogues, il y a, avons-nous dit, une théorie moyenne, qui accorde à chacune des deux autres ce qu'elle demande. Elle peut néanmoins, comme la précédente, être étudiée en ce qu'elle a de propre et indépendamment des deux opinions qu'elle se propose de concilier. Le Phèdre^ d'après cette hypothèse, aurait été complètement élaboré, peut-être même composé avant le Banquet et avant le Phédon; il n'aurait été écrit ou publié qu'après, et non sans que la forme primitive eût subi bien des retouches. Cette hypothèse d'une seconde rédaction ou édition du Phèdre est, on le sait, celle de Gomperz {op. cit. tr. fr. 443-445^'). D'une part, en effet, les résultats de la stylométrie et quelques autres raisons conduisent nécessairement, suivant lui, à placer le Phèdre après les deux autres. En revanche, l'étude interne conduit à renverser ce rapport : ainsi, il y a dans le Banquet un « raffinement », un « ennoblissement de l'erotique » ; la théorie des Idées, présentée comme une nouveauté dans le Phèdre, est traitée dans le Phédon comme une doctrine déjà connue, et, « en conséquence, l'ex-
91. Hypothèse exposée antérieurement dans les Platon. Aufsàtze I, du même auteur (1887) — acceptée par Blass dans la 2» éd. de VAtt. Beredsamh, Ul, 392.