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PARENTÉ DU PHÈDRE AVEC LE TIMÉE ET LES LOIS

il faudra croire que Platon, après avoir pris soin, dans le premier dialogue, de désavouer cette conception avec une solennité significative, y serait ensuite revenu, sans juger pourtant utile de justifier en rien ce changement de vues ! (cf. Raeder 249) — En résumé, il semble bien que la République, postérieure au Banquet, est antérieure elle-même au Phèdre.

§ 94. — On peut trouver d'autres arguments dans Tétude des rapports qui existent entre le Phèdre d'une part et, d'autre part, le Timée et les Lois. La preuve de l'immortalité de l'âme par le mouvement {Phèdre 245 C-246 A) est seule retenue dans les Lois et elle y est présentée de la même manière que dans le Phèdre {Lois X, 894 E-895 C, 896 AB). Nous ne pouvons entrer dans le détail de la question, sur laquelle d'ailleurs nous aurons à revenir à propos du Phédon (cf; § 163 5. ïw.) Remarquons cependant à quelles étranges conséquences le rapprochement signalé nous conduirait dans l'hypothèse où le Phèdre serait antérieur au Phédon et à la République : les preuves du Phédon, qui sont rappelées dans la République (X, 611 B), et qui y sont complétées par une preuve nouvelle (608 D-611 B), seraient abandonnées pour revenir à une preuve unique bien antérieure, alors que cette preuve aurait été elle-même négligée dans toutes les démonstrations qui lui seraient postérieures. Sur ce point encore, la fluctuation constante serait donc la loi de la pensée de Platon. De plus, n'est-il pas étrange que cette preuve ancienne se trouve justement d'accord, par son caractère physique, avec les tendances qui se développent dans le Timée, dont le dialogue des Lois, qui la reprend, n'est sans doute pas très éloigné? Au surplus, les analogies du Phèdre avec le Timée sont nombreuses et remarquables : nous en mettrons plusieurs en lumière en parlant des rapports du Phèdre avec le Phédon et dans notre interprétation de la théorie de l'amour*^*. Il suffira, pour le moment, d'appeler l'attention sur un curieux passage du Phèdre (269 E-270 C), qui, en dépit

104. Voir § 128 et 129, § 130, § 137 et surtout 138, §163 s. in.; cf. LuTOSLAWSKi 332-335.

d'une ironie apparente, me paraît devoir être considéré comme très sérieux. Platon y affirme la nécessité d'une étude de la Nature universelle (tîJç toï> oXou çiîaswç) pour connaître la nature de l'âme, comme pour connaître la nature du corps : sans cette étude, il n'y a pas d'art digne de ce nom. Une telle affirmation, si elle ne suppose pas le Timée, ce que je n'oserais à vrai dire conjecturer dès à présent (cf. § 106 /Sn et 107 fin), semble du moins en être l'annonce presque immédiate; je n'insiste pas, il n'y aurait pas d'intérêt pour notre sujet à tenter d'élucider complètement ce problème. J'ajouterai seulement que nous aurons encore l'occasion un peu plus tard de signaler d'autres points de contact du Phèdre avec les Lois (cf. § 95, p. 89 sq.) et même d'apercevoir (cf. § 163 s. med.) certains rapports entre le Phèdre et la dernière philosophie de Platon telle qu'Aristote nous l'a fait connaître,

§ 95. — Mais ce n'est pas seulement l'étude de la Physique qui est ainsi reconnue indispensable dans le Phèdre, c'est aussi l'étude de la Dialectique. S'il y a en effet une circonstance qui soit propre à faire croire que le Phèdre est un des derniers dialogues de Platon, postérieur tout au moins à la République, c'est bien la façon dont il y est parlé de la méthode dialectique (265 C-266 C; cf. 272 D, 276 E). — On allègue sans doute que la Dialectique n'y est encore envisagée que comme un procédé purement logique et tout formel, bien différent de la méthode du Sophiste; que les procédés de la méthode dialectique y sont présentés avec une solennité remarquable, et comme le fruit d'une récente découverte (265 CD) ; que le nom même de dialecticien y est employé (266 C) comme un terme nouveau, et dont l'usage pourrait être contesté, tandis que, dans VEuthydème (290 C), Platon s'en sert sans aucune explication, et, dans le Cratyle (390 C) en paraissant se référer à une explication déjà donnée *^^.

Mais, ni dans VEuthydème, ni dans le Cratyle le mot n'est employé avec le sens pçirticulier qu'il a ici : dans le pre-

105. Zeller op. cit, 537-539, n. 2 et 3 de la p. 538; cf. 526. Ueberweg

Unters, 278,

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