‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 34 sur 99 · LA MÉTHODE DIALECTIQUE DANS LE PHÈDRE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE DIALECTIQUE DANS LE PHÈDRE

mîer de ces dialogues, le dialecticien, c'est celui qui sait tirer parti des recherches de l'arithméticien ou du géomètre ; dans la second, c'est, en un sens presque socratique, par suite déjà connu, celui qui sait interroger et répondre (cf. 398 D). D'autre part, il est faux que chose et nom soient présentés dans le PJièdre comme des nouveautés. En ce qui concerne le nom, Platon se borne à dire qu'il ignore s'il a raison d'appeler dialecticiens ceux qui usent du procédé dont il a parlé, mais que, jusqu'à présent ([xéxpt touSs), il les nomme ainsi (266 BC) : cela ne veut-il pas dire qu'il s'est déjà servi du même mot dans le même sens? Or, s'il y a uh outrage auquel puisse s'appliquer une telle référence, c'est bien la République où le mot (( dialectique » est employé pour décrire une opération tout à fait semblable à celle dont nous parle le Phèdre : cette opération consiste en effet à découvrir d'abord, en partant de la multiplicité sensible, une notion générale, objet de la définition, principe ferme (ôvuicoôstov) qui pourra servir de base à la démonstration ; — puis, partant de là, à déduire toutes les conséquences de ce principe au moyen d'une méthode purement logique, qui ne tient compte que de l'essence et qui, par conséquent, développe tout ce que l'essence comprend en elle {Rép. VI, 509 D 511 C; VII, 531 D-534 E). Il me paraît bien difficile de nier l'étroite parenté de cette méthode avec celle du Phèdre, et, d'autre part, l'indication dans ce dialogue d'un emploi antérieur du mot « dialectique » pour désigner les procédés en question prouve suffisamment que ce n'est pas la description de la République qui est la deuxième. Si l'on prétend, à vrai dire, que la description du Phèdre est annoncée comme relative à une récente et merveilleuse découverte, c'est qu'on force singulièrement le sens de la formule par laquelle elle est introduite : Socrate dit simplement que la question vraiment importante, c'est la question de méthode, et il se félicite que les hasards de son entretien avec Phèdre, entretien dont l'objet primitif n'offre plus désormais qu'un intérêt secondaire, l'aient conduit à se servir des deux procédés dont il va maintenant parler (cf. § 69, n. 37 et n. 38). Ce n'est pas à dire pourtant qu'il n'y ait dans la méthode

du Phèdre quelque chose de plus que dans celle de la République : cette dernière en effet ne contient pas l'idée d'une division du concept en ses articulations naturelles. On a voulu, il est vrai, la trouver dans le Cratyle (387 A) *®^. Mais le sens de la proposition mentionnée est absolument général : l'action de couper doit être accomplie ainsi qu'il convient à la nature de la chose qu'il s'agit de couper et à la nature de cette action même, comme aussi l'action de brûler et de même enfin, par assimilation, l'action de parler. Si Ton cherche le principe de la méthode de division, ce serait d'ailleurs plus loin encore que dans le Cratyle qu'on le rencontrerait; il est, semble-t-il, déjà dans cet axiome du Protagoras (332 CD), que chaque contraire a un contraire et un seul *®^. Au surplus la nécessité même de la division du concept est impliquée par la description que donne la République du second procédé de la méthode dialectique : dire qu'il consiste à développer l'Idée et à découvrir, progressivement, par ce moyen toutes les Idées qui se subordonnent à l'Idée qui a été prise pour principe (voir en particulier VI, 511 BC), c'est dire qu'il faut procéder à une analyse rationnelle de l'essence, grâce à laquelle on pourra ensuite la diviser en toutes les espèces qu'elle comporte naturellement. Mais, dans le Phèdre, du moins, l'opération dont il s'agit est caractérisée expressément comme une méthode de division rationnelle et, par là même, naturelle.

Or cette méthode tient justement la plus grande place dans les grands dialogues dialectiques, que presque tout le monde s'accorde aujourd'hui à placer à la fin de la carrière littéraire de Platon : Sophiste, Politique et Philèbe. Il est impossible, quand on considère les expressions par lesquelles Platon décrit dans le Phèdre la division du délire, de ne pas penser aux célèbres divisions du Sophiste, division de l'Idée d'art qui conduit à l'Idée de pêche à la ligne (218 E-221 C), divisions successives de l'Idée d'art en général (221 C-226 A, 235

106. Cf. RoDiER Évolution de la dial. de Platon Ann. phil. XVI 1905, p. 57 .

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