‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 40 sur 99 · RAPPORTS D'ISOCRATE ET DE PLATON 9Ô · texte numérisé non relu

RAPPORTS D'ISOCRATE ET DE PLATON 9Ô

Or, dans ce discours, se trouve un développement (§ 14-18), sur la nécessité de compléter par l'étude et l'exercice les dispositions naturelles, qui rappelle de très près et jusque dans la forme les idées analogues exposées dans le Phèdre (269 D, 272 A). Mais quel est l'emprunteur? On n'hésite pas à déclarer que c'est Isocrate, qui répond par une politesse à celle que Platon lui a faite dans le PA^rfr^. Comment, au contraire, après le discours contre les Sophistes, où se manifestaient, d'autre part, des divergences si graves entre son point de vue et celui d'Isocrate, après l'ouverture d'une école où était enseignée la mauvaise rhétorique, Platon eût-il pu encore se faire des illusions sur ce qu'il avait à attendre d'Isocrate? Sans doute, auparavant, Isocrate n'était qu'un logographe, comme Lysias ; mais Platon pouvait avoir des raisons personnelles de se montrer plus indulgent pour l'un que pour l'autre. Sa haine contre Lysias, dont les motifs sont pour nous obscurs, est incontestable : sans doute abhorrait-il en lui non seulement l'orateur familier, mais aussi le démocrate (cf. GoMPERz op. cit. tr. fr. II, 437). Il devait donc être disposé à flatter Isocrate, le rival de Lysias. D'autre part, on croit voir dans le début du discours d'Isocrate contre les Sophistes (1-8) des attaques contre Antisthène : il y avait donc rivalité entre ces deux hommes (cf. Diog. L. VI, 15). Or Platon déteste Antisthène. Il y a là pour lui, par conséquent, une nouvelle raison de témoigner sa sympathie à Isocrate***. En ré-

p. 41, p. 24, n. 43 ; 392/390 d'après Zeller op. cit. II !♦, 536, 2; 394, d'après Natorp Platos Phaedr. Philol. XLVIII 1889; un peu après 390. d'après Gohperz op. cit. tr. fr. 442.

118. Cf. Zeller II, 1*, 540, 1 avec référence à Usener die Abfassungsz, d, platon. Phaedr. 139 sqq. — Signalons en passant l'hypothèse de Raeder op. cit. 249, d'après laquelle le premier discours de Socrate dans le Phèdre serait une critique des idées d' Antisthène sur rAmour. Diog. L. VI, 15 sqq. rapporte qu'il avait composé un èpcoTix6ç et, d'après Clem. Alex. Strom. II, 20, 107, il disait qu' « il aurait tué Aphrodite s'il avait pu s'emparer d'elle ». De même Dueumler Akademika 37 et K. Joël d. echte und œenophont. Sokr. U, 912 sq. (ap. Raeder 159; 2, 5) avaient considéré les théories de Socrate sur l'Amour comme une réponse à celles d'Antisthène.

sumé, il faut que le Phèdre soit antérieur au k. tôv aoç to-Tûv d'Isocrate, car les éloges et les espérances de Platon n'ont plus ensuite aucune raison d'être. Ce fut précisément le discours en question, et l'ouverture consécutive de Técole de rhétorique qui dessillèrent les yeux de Platon au sujet dlsocrate : celui-ci prenait nettement position contre ou, du moins, en face de l'École de Platon. Le philosophe ne s'y trompa pas et c'est la trace de ses désillusions, l'abandon de ses espérances que nous trouvons sans doute dans VEuthydème (304 E-306 D, surtout 305 B-D, 306 C). Il y est question d'un personnage qui compose pour les autres d'excellents plaidoyers, qui se croit supérieur aux politiques et aux philosophes, et qui pourtant, demi-politique et demi-philosophe, ne vaut ni les uns ni les autres. Or ce personnage pour l'orgueil duquel on devra se montrer indulgent, mais qu'il faut pourtant juger tel qu'il est, c'est précisément un homme qui est capable de prendre sérieusement l'enseignement d'Euthydème et de Dionysodore pour la philosophie et de s'imaginer que, en décriant les philosophes, il répond aux attaques d'Euthydème et de ses partisans. Toutes ces allusions ne s'appliquent exactement qu'à Isocrate : Platon se reproche maintenant de l'avoir jugé dans le Phèdre mieux qu'il ne vaut, et il lui apprend que, s'il veut combattre Antisthène (Euthydème), il ne doit pas s'imaginer qu'il réfute en même temps les théories de Platon**®. On sait au reste que l'animosité d'Isocrate contre Platon ne cessa dans la suite de se manifester jusqu'après la mort du philosophe *^^. Si le Phèdre est un des derniers dialogues, comment concilier les éloges qu'il contient à l'adresse d'Isocrate avec l'hostilité tenace d'Isocrate à l'égard de Platon et avec le fait que, du temps où parut VEuthydème, Platon avait déjà cru devoir se défendre contre cette hostilité de son ancien ami?

§ 100. — On ne saurait nier la solidité ni la richesse de

119. Voir Zeller II, 1^, 295 sq. [296, 2]; 301, 3; 477, 4; 478, 1; 531, 1; 536, 3; BoNiTz Fiat, Stud,* 125 sq., 129-131, 141 sq.; Grote I, 560- 562 ; Blass n2, 31 sq. ; Susemihl N. PL JP. / 40 ; Natorp PL IdeenL 117 sq.

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