L'ÉLOGE D'ISOCRATE DANS LE PHÈDRE EST IRONIQUE
r homme qu'était Isoerate^^^. Il faut aller plus loin et reconnaître que, dans ce morceau, il n'y a pas d'approbation du tout, mais bien au contraire une raillerie mordante et cruelle. Cette idée, déjà indiquée par Teichmueller {op. cit. I, 72), a été développée de la façon la plus ingénieuse par Raeder*^^ : je me servirai librement de son argumentation, sans m'astreÎTidre à en suivre l'ordonnance et en la modifiant légèrement sur quelques points. Tout d'abord, qu'est-ce que Platon loue en Isocrate? Son heureux naturel (<ci 'rtjç çiiaecoç, çûast) : il insiste sur cette idée (cf. ^^ei YÊvvtxwTépo) X6xpaa6at) ; ce qu'il espère pour lui, c'est une inspiration divine (ôppiY) OeioT£pa). Or, pour Platon, le naturel et l'inspiration divine n'ont pas de valeur sans la philosophie, c'est là une doctrine constante. A vrai dire, il y a bien en lui une certaine philosophie (sveati Tiç (ptXoaotpfa) ; c'est justement la sienne, car Isocrate décorait son art du nom de philosophie {Soph. 18, Paneg, 10) ; pauvre philosophie qui n'est fondée que sur le naturel! Certes le naturel est bien une des conditions requises pour devenir un orateur illustre; mais il y faut aussi la science et l'exercice (è7ci(rr^lJLY)v Te xal [k^kérq^ 269 D): louer Isocrate de posséder l'une seulement de ces trois conditions, c'est une façon malicieuse de lui dire que, faute des deux autres, il n'est pas un orateur illustre, et la malice apparaît plus piquante encore, si l'on suppose que le xatà twv aoçiaTûv est antérieur au Phèdre; car cette énumération des qualités de l'orateur parfait, c'est précisément Isocrate qui l'a formulée dans son discours (17- 18). Au surplus, Isocrate eût-il même, en outre du naturel, l'exercice (toùç Xoyouç oTç vOv èictxetpsî), le manque d'une seule des trois qualités nécessaires suffît pour rendre l'orateur imparfait (269 D : Stou 8' Sv sXXitoqç toùtwv, TaùtY) à'ziXriq laei). Or il semble bien qu'Isocrate n'ait pas la science : n'est-ce pas à lui en effet qu'il faut rapporter le morceau dans lequel Pla-