Lit. Fehden I, 125 sq.; cf
143. Op. cit, II, 307-309, cf. I, p. xiv [Zeittafel] n. *; comp. Grote II, 227 sq. avec référence à Schleiërmacber Einleit. z, Gastm. p. 359 sq.
144. Je suppose que Natorp, bien qu'il ne le dise pas, fonde cette conjecture sur rautorité de Gicbron, qui {De Fin. V, 29, 87), dans une amplification d'ailleurs purement littéraire, le nomme parmi les Pythagoriciens que Platon aurait rencontrés à Locres.
dans toute sa pureté domine toute l'exposition. Bref le Phédon^ antérieur au Banquet, se placerait en 387, Tannée même du retour de Platon à Athènes. — Ces raisons, il faut en convenir, sont bien vagues et ne suffisent pas à faire voir dans le Phédon un effet « immédiat » de la rencontre de Platon avec les Pythagoriciens d'Italie. Au fond la preuve décisive aux yeux de Natorp, c'est sans doute celle qui se fonde sur sa conception du Platonisme; mais cette conception, pour nous, n'est qu'une hypothèse, elle ne peut servir à prouver d'autres hypothèses, et d'ailleurs l'interprétation qu'elle donne au sujet du Banquet est des plus contestables. On tiendra donc pour certaine l'étroite connexité des deux dialogues, avec une probabilité assez forte en faveur de l'antériorité du Banquet sur le Phédon.
§ 109. En résumé, en ce qui concerne le développement de la théorie de TAmour, l'ordre des dialogues me paraît bien être décidément : Lysis, Banquet, Phèdre, Relativement à la théorie de l'âme, je considère le Phédon, qui serait à peu près de la même date que le Banquet, comme antérieur à la Bépublique, antérieure elle-même au Timée et enfin au Phèdre. Si l'on envisage enfin les rapports de la théorie de l'Amour avec la méthode dialectique, le Phèdre apparaît comme contemporain des grands dialogues dialectiques, qui sont sans doute parmi les dernières œuvres de Platon, Sophiste, Politique, Philèbe : il les prépare ; peut-être même les suppose-til. En un mot, le Phèdre, bien loin d'appartenir à la jeunesse de Platon, serait un des ouvrages de sa vieillesse, et les points de contact qu'il y a entre ce dialogue et les Lois seraient ainsi moins faits pour nous surprendre. Je ne me dissimule pas ce qu'il y a de révolutionnaire dans une telle conclusion : dans les discussions et dans les inductions qui m'y ont conduit, je me suis efforcé cependant d'être scrupuleux et prudent. A présent que nous avons déterminé le rapport dans lequel nous utiliserons les diverses idées que nous fournissent les dialogues, sur la nature et sur la portée de la théorie de l'Amour, nous pouvons tenter de donner une interprétation de cette théorie.
§ 110. — Dans les deux chapitres qui précèdent, après avoir fait une analyse des parties du Lysis, du Banquet et du Phèdre où il est question de l'Amour, j'ai essayé de déterininer l'ordre de succession de ces trois dialogues et leur rapport avec quelques autres, dont nous aurons souvent à nous servir. Le moment est venu, en nous appuyant sur les inférences chronologiques, de travailler à dégager de nos analyses la théorie de l'Amour et à montrer quelle place elle occupe dans la philosophie platonicienne.
§ 111. — Une des idées les plus saillantes du Banquet, c'est que la nature de l'Amour est essentiellement synthé- / tique ; cette idée appartient déjà au Lysis, et, comme nous le verrons, le Phèdre ne la contredit pas. — L'amitié, lisonsnous dans le Lysis, apparaît dans ce qui n'est ni beau, ni bon, sans être cependant tout à fait laid, ni tout à fait mauvais : aimer la sagesse, être philosophe est possible pour celuMà seulement qui, bien qu'il en soit dépourvu, en a cependant quelque idée. Dans toute amitié, à défaut d'un mal dont on souffrirait positivement, il y a toujours, tout au moins, le désir d'un bien dont on a besoin, et ce désir n'est jamais complètement satisfait, à moins qu'on n'atteigne le principe suprême de tout bien et l'objet dernier de tout amour. (216 C-222 B) — Dans le Banquet nous trouvons une doctrine tout à fait analogue, mais l'analyse psycholo-
gique y prend la forme du mythe. L'Amour est un être dont il s'agit d'expliquer la nature : or il n'est pas absolument beau, ni bon, mais il n'est pas pour cela absolument laid et mauvais : il participe de l'immortel et du mortel, car c'est un démon. Il aime la beauté, dont il est dépourvu. En lui le besoin, sans cesse renaissant, s'accompagne d'une ingénieuse ardeur, toujours en éveil, en vue de l'acquisition de ce qui lui manque; il est dans un devenir incessant; toujours avide et jamais satisfait, il manifeste principalement la complexité de son essence, en même temps que son goût pour le beau, en ce qu'il est philosophe, c'est-à-dire désireux de posséder une belle chose dont il est privé ; car il est de ces ignorantij qui n'ignorent pas leur ignorance. (201 A-204 B) — Enfin le Phèdre reproduit la même idée sous une autre forme. Chacun de nous s'efforce d'imiter, autant qu'il est en lui, le dieu dont il a suivi le cortège, ce qui est participer, en quelque mesure, à l'immortalité. Or c'est l'amour qui nous donne l'occasion de faire cet effort, en tant que l'amant s'applique à trouver en lui-même un type de perfection auquel il voudrait amener son bien-aimé (252 D-253 C). L'Amour apparaît donc, ici encore, comme une synthèse de la nature mortelle avec celle de l'immortel.
§ 112. — Le mythe de la naissance de l'Amour est, dans le Banquet même, une autre expression figurée de cette doctrine : il traduit ce qu'il y a de contradictoire dans la complexité de la nature de l'Amour. — L'Amour est le fils de Pénia, la pauvreté, et de Poros, l'esprit du gain, dont la mère est Métis, la sagesse. Il a été conçu le jour de la naissance d'Aphrodite, à la suite du banquet que les dieux donnèrent à cette occasion. Poros, s'y étant enivré de nectar, s'endort dans le Jardin de Zeus; Pénia, qui est venue à la porte pour mendier les miettes du festin, s'avisant qu'elle mettrait fin à sa détresse si elle avait un enfant de Poros, s'unit à lui (203 A-C). — Il n'est pas douteux que ce mythe est une allégorie : il représente, sous une forme figurée et avec les procédés de la Fable, la doctrine même dont nous trouvions tout à l'heure l'expression entièrement positive