RAPPORTS DU PHÉDON ET DU BANQUET H
Platon, se proposant de répondre au pamphlet de Polycrate (cf. § 80) et de corriger la maladroite réponse d'Isocrate dans son Busiris, aurait voulu refaire au vrai le portrait de son maître : il aurait commencé par répondre, en ce qui concerne les relations de Socrate avec Alcibiade et, ainsi qu'il était naturel, il aurait d'abord montré le philosophe dans la plénitude de la vie avant de le montrer sur le point de mourir*". L'autre raison, qui se rattache à celle-ci, c'est que l'allusion du Banquet (223 D), que le même homme doit être poète tragique et poète comique, serait entièrement inexplicable si elle ne se rapportait au Phédon, lequel est en effet la tragédie de la mort de Socrate après la comédie du Banquet **3. Ces vues sont ingénieuses et pourraient bien être vraies : il faut reconnaître qu'elles présentent sous un jour très satisfaisant une incontestable corrélation.
La thèse opposée a été soutenue par Natorp (Platos Ideenl. 128, 163). Le Phédon lui apparaît comme étant « le réflexe tout à fait immédiat du voyage d'Italie et de Sicile. » Il en donne comme preuves principales : le choix, pour interlocuteur de Phédon, d'Echécrate, affilié aux doctrines pythagoriciennes {Phédon 88 D), disciple des Pythagoriciens Philolaûs (le maître de Simmias et de Cébès, 61 D) ;, Platon l'aurait connu à Athènes et rencontré de nouveau au cours de son voyage en Italie ***; la comparaison avec l'Etna (111 DE); la nécessité de nombreux voyages à l'étranger pour former le philosophe (78 A) etc. En outre, dit-il, tandis que, dans le Phédon, Platon est encore hésitant, en ce qui concerne le rapport de l'Idée à l'apparence, entre la doctrine de l'immanence et celle de la transcendance, dans le Banquet au contraire son parti est pris : le point de vue de l'immanence