‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 60 sur 99 · LA DÉMONOLOGIE PLATONICIENNE · texte numérisé non relu

LA DÉMONOLOGIE PLATONICIENNE

(38 E /hi)^^^. Ils paraissent être les dieux des astres ou, du moins, ceux des étoiles fixes (40 AB). C'est en effet, semblet-il, dans les étoiles fixes que le reste des éléments de Tâme du monde, une fois mélangé par le Démiurge, a été déposé par lui, pour être semé ensuite dans les planètes, instruments du temps, afin de donner enfin la vie au plus religieux des êtres animés (41 D-42 DE)*^*. Ces dieux inférieurs ont pour fonction de recevoir après la mort cette portion de Tâme dont le Démiurge s'est réservé la constitution (41 D), et, de même, il promet, pour les âmes des justes, un retour à l'astre qui leur est propre (42 B). Or c'est à ces dieux créés qui,. dans leur corps astral, ont reçu les âmes humaines créées par leur propre créateur et qui les recevront de nouveau après la mort, c'est à eux qu'il appartient, d'abord, de joindre à ces âmes des corps mortels et de leur donner tous les compléments qui doivent résulter pour elles de cette union (comp. 41 D [fin du ch. 13] avec 42 A et D [s. fin.] ; cf. 43 A et 69 BC) ; mais leur tâche ne s'arrête pas là, elle consiste encore à pourvoir aux besoins des êtres mortels, à les guider et à les gouverner (apxetv ... Btaxuôepvav 42 E). N'est-ce donc pas là, en défïnîtive, la fonction propre des démons?

§ 122. — Il semble toutefois que le Politique abandonne cette idée, dont nous venons de suivre le progrès jusqu'au Timée, d'une sorte de communication, constamment assurée par des intermédiaires, du divin avec l'humain. Nous y voyons en effet non seulement que, sous le règne de Cronos, les démons étaient les pasteurs et les nourriciers des espèces animales et Dieu lui-même celui des hommes (271 DE; cf. aussi Tim, 23 CD, 24 D, 26 D; Critias 109 B sqq.), mais que, dans un état contraire à celui-là et dont notre état actuel est l'image, les hommes n'ont à compter que sur eux-mêmes pour se gouverner et pour se protéger (274 B-D). Il serait superflu d'aborder à ce sujet la question délicate de savoir s'il convient

153. Sur les âmes des Astres, cf. Lois, X, 897 C, 898C-899D; XIÏ, 967 AB, DE.

154. Cf. sur tout ceci Zellër 819, 2, qui me paraît avoir raison contre Martin II, 151.

d'expliquer cette différence en supposant, comme on le fàil d'ordinaire, que le Politique est antérieur au Timée. On re marquera seulement que, la doctrine du Timée étant le développement naturel des doctrines antérieures, l'abandon de cette doctrine, avant ou après le Timée, ne serait pas moins surprenant. D'autre part, les Lois, comme nous allons le voir, nous ramènent à la doctrine du Timée, sans renoncer cependant, pour l'essentiel, à celle du Politique^^^ .

En effet, de ce que la protection, en quelque sorte spécifique, exercée sur les hommes par les dieux a disparu^ il ne s'ensuit pas que toute providence particulière de la part des démons ait été abolie, ni qu'elle soit devenue impossible. Or tel est précisément le point de vue des Lois, Nous y voyons en effet que, sous le règne de Cronos, les cités des hommes (suivant le Politique 271 E, elles n'existaient pas alors) étaient administrées par des démons. D'autre part, si maintenant il n'en est plus ainsi, du moins faut-il s'efforcer d'imiter de toute manière ce qui se passait sous le règne de Cronos, et, « obéissant, dans notre conduite publique et privée, à ce qu'il y a en nous d'immortel, d'administrer nos maisons et nos cités en donnant le nom de loi à ce qui est le lot de la Raison. » (IV, 7130-714 A) La conciliation de la doctrine du Politique avec celle de Timée est manifeste : la croyance aux démons n'est donc pas abandonnée. D'autres exemples le prouvent. Platon veut-il montrer implicitement que la science des nombres est le moyen de lier l'opinion à la Dialectique, c'est-à-dire les hommes aux dieux (V, 747 B; VII,

155. L^exposition du Politique est, en ce qui concerne la question qui nous occupe, assez flottante. C'est, dit d'abord Platon (271 E}, Dieu luimême qui est le pasteur des hommes ; les démons sont ceux des animaux Mais un peu plus bas (274 B) le pasteur des premiers hommes est appelé démon; puis (274 D) ce n*est plus d'un démon qu'il est question, comme tout à rbeure, ni du Dieu suprême, comme auparavant, mais d'une pluralité de dieux (to (làv èx Oc&v). Au surplus, il y a toujours ceci de commun entre le Timée et le Politique, c'est que l'espèce humaine, dans son ensemble et comparativement aux autres espèces animales, est essentiellement dans un rapport plus direct et plus immédiat avec ce qu'il y a de plus haut dans la divinité.

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