LA DÉM0N0L06IE PLATONICIENNE
doctrine dans la philosophie de Platon, il est du moins incontestable qu'elle est chez lui très sérieuse et qu'elle se maintient, prei^que ^sans changement, des premiers aux derniers dialogues. D'après V^Apôlogie] les démons, enfants bâtards que les dieux ont eus de nymphes, ^ Sx tivcov oXXwv (27 G-E), sont bien des êtres intermédiaires entre les immortels et les mortels. Dans le Gorgias, il n'est pas question, à proprement parler, des démons ; mais Platon y attribue à l'homme sage et tempérant un rôle analogue à celui qu'il donne aux démons dans le Banquet, et presque dans les mêmes termes : seul il peut être ami des hommes et des dieux, parce que seul il participe des uns et des autres; le ciel et la terre, poursuit Socrate, les dieux et les hommes sont, au dire des sages, mis en communication par l'amitié, par l'ordre (xoa- ^iàrctç), par la tempérance (awçpoativYj) et par la justice, et c'est pour cela que l'Univers a reçu d'eux le nom d'Ordre des choses ou de Cosmos (507 E-508 A; comp. Théet, 173 E- 174 A). Ainsi la vertu est un principe de synthèse et d'harmonie analogue au principe ordonnateur qui unit et harmonise les éléments de l'Univers. Le rapprochement, qui s'impose, de la conception des démons et des facultés démoniaques dans le Banquet avec ce passage du Gorgias semble en partie confirmé par le Cratyle; car Platon y rattache le mot « démon » à l'étymologie Sa-^ixwv : l'homme sage est vraiment démon pendant sa vie et après sa mort (398 BC).
Les démons tiennent une grande place dans les expositions eschatologiques du Phédon : chacun de nous, pendant sa vie, est conduit par un démon, et, lorsque la vie est terminée, c'est ce démon qui mène l'âme au lieu où l'on juge les morts; un autre la ramène dans cette vie, après qu'elle a fait son temps dans les enfers (107 D-108B, 113 D). Lemêmepoint de vue reparaît dans le X® livre de la République. Au moment de recommencer leur nouvelle existence terrestre, les âmes sont appelées à choisir elles-mêmes leur démon, qui, après
lear doctrine des démons, que suivre '' les anciens théologiens *' {De is. et 0$ir. 25. p. 360 E).
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les avoir guidées dans les opérations qui précèdent le retour, les accompagne ensuite sur la terre (X, 617 E, 620 D-621 B). Mais nous retrouvons également dans la République Tassimilation de Thomme sage, vertueux, vaillant, avec les démons, dont il mérite les honneurs après la mort (V, 468 E- 469B; VII, 540BC).
§ 121. — Avec le Timee, les indications précédentes paraissent s'éclairer d'un jour tout nouveau et la démonologie se coordonne d'une façon précise aux idée^ essentielles de la philosophie platonicienne. Si l'homme sage est démon, ou tout au moins démoniaque, cela tient sans doute à la prédominance en lui de l'âme raisonnable; car cette sorte d'âme, la seule parfaite, la seule qui soit, en somme, véritablement âme. Dieu nous l'a donnée comme un démon; elle réside au sommet du corps, et, grâce à sa parenté avec le ciel, elle nous élève au-dessus de la terre comme une plante, non pas terrestre, mais céleste. Celui qui, appliquant son esprit à la recherche de la vérité, donne tous ses soins à la partie divine de lui-même et honore de son culte le démon qui habite en lui et avec lui, celui-là participe à l'immortalité dans la mesure où cela est possible à la nature humaine (90 A-C). Quant aux dieux créés, aux dieux fils de dieux, à ces dieux qui, sans être immortels ni indissolubles, ne souffriront cependant ni la dissolution ni la mort (41 AB), ne ressemblent-ils pas euxmêmes d'une façon surprenante à des démons ? Sans doute Platon les appelle expressément des dieux. Mais il n'en est pas moins vrai qu'ils servent, tout comme les démons, de lien entre le Dieu suprême, le Démiurge, et les mortels : ils ont une nature synthétique et constituent des intermédiaires indispensables. C'est à eux en effet qu'est confiée la mission de créer des hommes, parce que, si le Démiurge s'en chargeait lui-même, il créerait en réalité d'autres dieux (41 C). Or, d'un autre côté, la partie démoniaque de notre nature, ce nr*est pas par ces dieux qu'elle a été faite : leur père s'est réservé de la préparer et ensuite de la semer ; il la leur donne donc toute faite (41 B-D; cf. 90 A : (oç apa aûxo Sa([Jiova 6eàç Ixaarcj) [i^iJLo)v] SéS(i)xe). Ces dieux inférieurs ont un corps et une âme