Cf. Raeder op. cit
pour transmettre aux dieux les prières et les offrandes des hommes et pour apporter aux hommes les ordres des dieux et la rémunération des offrandes reçues. Ils remplissent Tintervalle entre la sphère divine et la sphère mortelle et ainsi ils donnent à l'Univers Tunité et la liaison. A tel homme ces génies donnent des connaissances, grâce auxquelles il est un être génial (8at[jL6vtoç). L'inspiration géniale fait, au contraire, défaut à toute autre connaissance et l'homme qui ne possède que cette dernière est un artisan vulgaire (gâvauffoç). Ces démons sont en grand nombre et de bien des sortes, et l'Amour est l'un d'eux. (202 B-203 A)
§ 18. — 2) Quelle est l'origine de ce démon? Il est utile de le savoir, pour déterminer les qualités qui sont propres à sa nature, en raison même de cette origine. — Le jour de la naissance d'Aphrodite, les dieux firent un grand festin. Parmi les convives se trouvait Poros (« l'Expédient », « l'Esprit du gain ))^), fils de Métis (« la Sagesse »). A la fin du repas, Pénia (« la Pauvreté ») vint à la porte pour mendier quelque chose. Elle aperçut Poros qui, s'étant enivré de nectar, s'était endormi dans le jardin de Zeus, et elle s'avisa, dans sa misère, d avoir un enfant de lui\ Elle se coucha donc auprès de Poros et ainsi conçut l'Amour. (203 A-C)
§ 19. — 3) Toutes les qualités de l'Amour s'expliquent par son origine. — A) Comme il a été engendré pendant les fêtes de la naissance d'Aphrodite, il est devenu son suivant et son serviteur. Au reste Aphrodite est belle et c'est de la beauté que, par nature (cf. 201 AB et infra 204 B), l'Amour
7. Et non « TAbondance », comme traduit Cousin. Renouvier Manuel II, 103, 5 est plus exact en traduisant par « Gain ». Grote Plato 11, 215 rend par « resource »; Sdsemihl Genêt, Entw. I, r^93, par « Erwerbsmitlel »; Zeller Plato's Gastmaht, 49, 107 et Ph. d. Gr. II, 1*, 611, 7 [612], par « Erwerb » et « Betriebsamkeit »; Uun Études sur le Banquet 61, 1, par a habileté », « savoir-faire ». Il faut, semble-t-il, traduire Poros par un nom masculin.
8. Il y a ici dans le texte, 203 B G, un jeu de mots intraduisible : 6tà TT)V aÙTYic ànoptav icacStov icociQffaffBai £x xoO Ilâpou; Le sens littéral est : a Etant elle-même dépourvue de ressources, elle voulut avoir un enfant de la Ressource. »
est amoureux. — B) En tant que fils de Pénia (la Pauvreté), il est toujours pauvre; il n'est ni délicat, ni beau, comme on le croit ^ mais rude et malpropre; il va nu-pieds; il n'a pas de logis, jamais d'autre lit que la dure, couchant à la belle étoile sur les portes ou dans les chemins, bref toujours logé à la même enseigne que l'indigence. -^ C) D'un autre côté, par ce qu'il tient de son père, il est toujours à l'affût de ce qui est beau et bon; il est hardi, allant de l'avant, plein d'ardeur, chasseur habile, sans cesse combinant quelque artifice, désireux de savoir et adroit à trouver les moyens d'y parvenir {%6pi\jLoç, de TCopoç), employant toute son existence en efforts philosophiques, c'est-à-dire en vue d'acquérir la sagesse *^, merveilleusement habile comme charmeur, comme magicien, comme sophiste. (203 C-E) — Dj Cette énumération, sous forme successive, des qualités opposées de l'Amour, en tant que fils de Poros et fils de Pénia, conduit à une détermination synthétique de sa nature, de telle sorte que l'analyse générale, entreprise dans la première partie, se trouve ainsi achevée. Sa nature, dirons-nous donc, n'est ni d'un immortel, ni d'un mortel (cf. plus haut 202 B-203 A et, pour l'explication de cette union, plus bas 206 B-207 A, 208 B); mais, tour à tour, dans la même journée, il est dans toute sa fleur et plein de vie, puis il s'en va mourant, puis il revit encore. Tout ce qu'il trouve moyen d'acquérir s'écoule entre ses mains, de sorte qu'il n'est jamais sans ressources (ojte «TcopeT . . ., Tuoré) et que jamais non plus il n'est dans l'abondance. De même, à l'égard de la science et de l'ignorance, il est dans un état intermédiaire *^ La raison en est que qui-
9. Allusion au discours d*Agathoa. La plupart de ces déterminatioDS sont le contre-pied de celles qu'il a aUribuées à l'Amour : il est, disait-il, beau, délicat, tendre et bien soigné (195 D-196 D ; 197 B, C, E). L'erreur vient de ce que, dans TAoïour, on ne considère pas TAmant, mais seulement l'Aimé auquel on accorde tous les charmes (204 G).
10. 9i>offoçfi>v 8tà navtb; toO péou 203 D. t- 9(Xoaoq)a>v et, de môme, pluS
bas 204 AB, (pùoao^&Tv, (piXoaoq^oc doivent être entendus dans «leur §ens étvmologique, alors même qu'on rend ces mots par leur décalque français,