‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 89 sur 99 · EN QUEL SENS CEPENDANT L'AMOUR EST UN DÉLIRE · texte numérisé non relu

EN QUEL SENS CEPENDANT L'AMOUR EST UN DÉLIRE

lîsme qui domine toute sa philosophie ^^^ L'Amour ne peut être à ses yeux qu'un auxiliaire, un crjvspYov, pour parvenir à la connaissance de la vérité. Mais il n'en est point de plus précieux {Banq, 212 B). Est-ce à dire que ce soit encore une méthode rationnelle d'espèce inférieure? Non; car c'est un don divin et c'est un délire. C'est un don divin, puisque son origine est dans une émotion qu'il ne dépend pas de nous d'éprouver ou de ne pas éprouver, puisqu'il n'est pas notre œuvre, mais en quelque façon l'effet d'un hasard (cf. Ménon 99 A et C). D'autre part, c'est bien un délire, puisque c'est une émotion. Toutefois il doit et il peut être discipliné; car sa nature est mixte, et, s'il prend naissance dans le devenir et par un sentiment, en revanche c'est dans la réalité absolue de ridée du Beau qu'il a son principe éternel. Par là l'Amour est kl forme la plus belle du délire divin, comme le dit le Phèdre (245 B, 249 D, 265 AB, 266 B). Les autres formes du délire nous conduisent en effet à la possession précaire et instable de la vérité : tel est le cas pour la vertu qui n'est pas science et qui ne se fonde que sur l'opinion vraie [Ménon, toc. cit.), ou pour l'art des devins et des prophètes. L'Amour, au contraire, est un délire qui, sans nous mener à la contemplation du vrai lui-même, nous conduit du moins jusqu'à quelque chose de réel, puisqu'il nous élève jusqu'au Beau véritable et absolu. Tout l'art de l'amour doit donc être de l'empêcher de se détourner de sa fin naturelle, de l'y conduire au contraire par les voies qui conviennent, de le ramener enfin vers ce Beau absolu qui en est la cause véritable. C'est ainsi que l'Amour, qui dans ses apparences est tout sensible, peut être dans la réalité tout intellectuel ; il aboutit à la contemplation d'une Idée par l'œil de l'âmé, par l'Intelligence.

Un tel auxiliaire ne saurait donc être dédaigné par le Philosophe, l'exemple de Socrate suffit à le prouver, et de la sorte l'Amour devient entre ses mains un moyen de réaliser l'œuvre de la Dialectique, qui est d'orienter l'âme vers les Idées. Nous avons déjà longuement insisté sur ce point

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