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LES COUCHES MINCES SONT RELATIVEMENT PLUS SATURÉES

entre les teintes que donnent ces deux méthodes. Nous avons, par exemple, laissé sécher sur du papier blanc une teinte faible de carmin, puis nous avons cherché à la reproduire en combinant par voie de rotation un disque carmin foncé avec un autre de carte blanche. Nous avons bientôt reconnu que la teinte d’aquarelle était bien plus saturée ou plus intense qu’une teinte de même luminosité produite par les disques tournants ; la première était aussi plus pourprée que la seconde. Quand nous rendions les deux teintes également lumineuses, l’aquarelle était bien plus vive que le simple mélange de lumière rouge et de lumière blanche. Soumise à la même épreuve, une teinte faible de vermillon était plus orangée qu’un mélange de lumière vermillon et de lumière blanche ; une teinte faible de gommegutte paraissait jaune, tandis que le mélange par rotation était plutôt jaune orangé. La raison de ces changements est évidente, et résulte de ce fait bien connu que les couches minces de substances colorées exercent en général sur la lumière blanche une action absorbante autre que les couches épaisses des mêmes substances. Ainsi une couche mince de vermillon laisse passer plus de rayons orangés ; aussi les peintres se servent-ils quelquefois de couches très minces de cette couleur pour représenter les teintes très pâles d’orangé ou même de jaune orangé. L’autre fait que nous avons signalé plus haut, celui de la plus grande saturation relative des couches minces que des couches épaisses, s’explique d’une manière différente. Nous avons vu au chapitre X que, lorsqu’à une couleur donnée on en mêle une autre, non seulement on change la teinte de la première, mais encore on produit le même effet que si l’on y ajoutait en même temps du noir. Or on produit un changement analogue si à une couleur donnée on ajoute une plus grande quantité de la même couleur pour la rendre plus foncée : la teinte plus foncée de la couleur pure agit comme si l’on y avait mêlé du noir. Dans l’expérience sur la teinte faible de carmin que nous venons d’exposer, il a fallu combiner réellement par rotation une certaine quantité de noir avec la teinte d’aquarelle pour la rendre moins vive, avant de pouvoir l’appareiller avec un disque composé de blanc et d’une teinte foncée de carmin.

Le fait en question sera peut-être mieux compris si nous l’énonçons différemment. On sait que le carmin absorbe énergiquement presque tous les rayons lumineux colorés, sauf les rayons rouges ; quant à ceux-ci, il les réfléchit en quantité considérable, et c’est à cette circonstance qu’est due sa couleur rouge. Mais les expériences

CHANGEMENT DE LUMINOSITÉ

que nous venons de décrire indiquent que le carmin absorbe aussi une proportion assez grande des rayons rouges eux-mêmes, de sorte qu’une teinte foncée de carmin renvoie à l’œil moins de lumière rouge qu’on ne pourrait s’y attendre. Nous avons constaté que le verre jaune présente un phénomène analogue. Le verre jaune transmet en abondance les rayons jaune orangé, jaunes et jaune verdâtre, et doit sa couleur jaune surtout à cette propriété. Mais ces rayons eux-mêmes, ! il est loin de les transmettre avec autant de perfection que le verre à vitres ordinaire. Dans une expérience, nous avons constaté qu’une plaque de verre jaune absorbait environ 25 pour 100 de ces rayons mêmes. ïl est probable que la plupart des substances colorées exercent une action semblable.

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