‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 104 sur 218 · IMAGES SECONDAIRES POSITIVES · texte numérisé non relu

IMAGES SECONDAIRES POSITIVES

servation donnerait avec exactitude l’intervalle pendant lequel l’impression d’une lumière d’une couleur donnée persiste dans l’œil avec une force constante.

Si l’on présente à l’œil une lumière très brillante, comme celle qui vient d’une fenêtre, l’impression de cette lumière persiste pendant plusieurs secondes, — bien entendu avec une force décroissante. G’est là une expérience facile à faire, et l’on trouvera qu’après avoir fermé les yeux on a le temps de reconnaître un grand nombre de détails avant que l’image disparaisse. Avec une lumière d’un éclat très vif, comme celle du soleil, l’image dure plusieurs minutes, et finit par s’évanouir après avoir passé par une série de changements de couleur assez compliqués. Il n’est peut-être pas hors de propos d’indiquer ici un fait dont il faut nous souvenir si nous voulons étudier les sensations qui succèdent à l’action sur l’œil d’une lumière blanche ou colorée. Si la lumière agit sur l’œil pendant un peu de temps, lorsqu’elle s’évanouit, comme nous venons de le dire, la sensation persiste pendant une fraction de seconde, en restant tout à fait identique à elle-même, sauf un affaiblissement graduel : par exemple, si la sensation primitive est rouge, la sensation secondaire sera exactement de la même couleur. Cette image secondaire, la seule dont nous ayons parlé jusqu’ici dans ce chapitre, a reçu le nom d’image positive. Mais au bout de quelques instants, l’image positive s’évanouit et est remplacée par une image de nature différente, connue sous le nom d’image négative ; par exemple, si la lumière qui a d’abord agi sur l’œil est rouge, l’image négative est colorée en bleu verdâtre, c’est-àdire qu’elle offre la couleur complémentaire du rouge. Ces images négatives ont une grande importance par leurs rapports avec un grand nombre de questions qui se rattachent à la théorie des contrastes ; aussi nous en occuperons-nous en détail au chapitre XY.

Nous avons vu que les images secondaires positives sont utiles, parce qu’elles nous fournissent, dans le cas des disques tournants, un moyen de mêler ensemble des faisceaux de lumière colorée en proportions définies; mais ce n’est pas là la seule circonstance où ces images jouent un rôle important. Elles entrent pour une grande part dans les apparences que présente l’eau en mouvement. Par exemple, si nous étudions les vagues de l’Océan éclairées directement parle soleil, nous reconnaîtrons qu’une grande partie de leur caractère dépend de raies lumineuses allongées, qui définissent non seulement les formes des grandes masses d’eau, mais aussi celles des petites ondes qui les di- Rood. 12

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versifient. Si maintenant nous examinons ces raies brillantes, si bien connues des peintres, en nous servant d’un disque à rotation lente avec un secteur ouvert, nous reconnaîtrons qu’en réalité il n’existe point du tout de raies; mais qu’il y a simplement des images rondes du soleil que le mouvement de l’eau allonge ainsi. Les photographies instantanées donnent le même résultat exact, et par cette raison même paraissent inexactes. Une action analogue a lieu même quand le ciel est couvert, et il se produit sur les vagues des raies lumineuses qui donnent aux ondes une apparence différente de celle qu’elles auraient si elles étaient tout à coup solidifiées, tout en conservant leur apparence vitrée. C’est encore pour la même raison que les vagues qui se brisent sur une plage nous semblent différentes de leurs photographies instantanées : lorsque nous regardons les vagues ellesmêmes, nous avons une impression composée des différents aspects qui se présentent rapidement pendant plusieurs moments successifs extrêmement courts, tandis que la photographie nous donne seulement l’aspect qui correspond à un seul de ces moments très courts. Tout cela s’applique aussi plus ou moins aux chutes d’eau, et explique la transparence des roues qui tournent rapidement. Par la même cause, les membres des animaux en mouvement rapide ne sont visibles que d’une manière périodique ou aux moments où le mouvement change de sens ; pendant le reste du temps, ils sont pratiquement invisibles. Ces moments de repos relatif sont ceux que les peintres choisissent pour les représenter, tandis que la photographie, qui ne sait pas choisir, reproduit souvent les positions intermédiaires, et donne ainsi un effet qui, malgré sa complète exactitude, paraît cependant absurde 1 .

1. Pour la liste complète de ce qui a été publié sur cette question, voyea le mémoire de M. J. Plateau, publié en 1877 par l’Académie des sciences de Belgique.

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