‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 107 sur 218 · CYLINDRE ET CONE DES COULEURS · texte numérisé non relu

CYLINDRE ET CONE DES COULEURS

que la précédente. Les deux limites de cette série sont évidemment d’une part les couleurs brillantes du spectre, et de l’autre le noir franc; entre ces limites nous pourrons mettre une série de plusieurs centaines de cartes des couleurs, qui différeront entre elles d’une manière appréciable au point de vue de la luminosité, mais qui, sous les autres rapports, ressembleront autant qu’il est possible au type primitif.

Si nous superposons dans un ordre régulier toute cette série de cartes, en mettant au sommet la plus lumineuse, c’est-à-dire celle d’où nous sommes partis, nous obtiendrons un cylindre qui contiendra une série infinie de couleurs. L’axe de ce cylindre sera blanc au sommet, et, en allant de haut en bas, il passera par une série de gris

de plus en plus foncés, qui aboutiront enfin au noir. Une section verticale de ce cylindre présenterait l’aspect qu’indique grossièrement la figure 95, l’axe ainsi que les cartes devenant de plus en plus foncé en allant vers la base. Or nous savons que, à mesure que des surfaces colorées sont de moins en moins éclairées, le nombre des teintes que nous pouvons y distinguer va en diminuant. Par conséquent, si nous considérons notre pile cylindrique de cartes, nous verrons que des surfaces plus petites suffiront parfaitement pour montrer les teintes les plus sombres, et que nous pouvons sans inconvénient réduire notre cylindre à un cône, comme l’indique la figure 96. Ce cône des couleurs rappelle la pyramide de couleurs décrite par Lambert en 1772.

Fig. 95. — Section verticale d’une pile de cartes des couleurs, les plus lumineuses placées au sommet.

Fig. 96. — Section d’un cône des couleurs .

On n’a pas oublié que nous avons commencé notre carte des couleurs par les couleurs du spectre, qui, soit pures, soit mélangées de blanc, constituent la base de notre cône. Dans ce cas, nous avons attribué aux couleurs, du spectre seulement un éclat modéré, c’est-àdire celui qui conviendrait pour une observation prolongée. Ce sont là les couleurs les plus brillantes que notre cône contienne jusqu’ici, mais ce ne sont en aucune façon les plus brillantes que nous puissions voir; au-dessus se trouve une longue série de teintes que nous pouvons distinguer avec plus ou moins de perfection. Gomme notre capacité de distinguer les couleurs très lumineuses décroît à mesure que leur luminosité s’accroît, les cartes des couleurs de cette nouvelle série peuvent être traitées comme l’ont été celles des couleurs moins brillantes. De cette façon, nous obtiendrons un second cône, que nous pourrons superposer à celui que nous venons de décrire. Au sommet du second cône se trouve le blanc le plus brillant que l’œil puisse percevoir; un peu plus bas et tout autour sont situés une série de couleurs spectrales et un pourpre très lumineux, dont l’éclat est tel qu’à l’œil ils semblent à peine différer d’un blanc brillant; plus bas encore, à la surface du cône se trouvent des couleurs encore très brillantes, et à l’intérieur du cône les mélanges de ces couleurs avec du blanc. Ce double cône contient donc, en résumé, toutes les couleurs que nous sommes capables de percevoir dans toutes les circonstances possibles; elles sont disposées dans un ordre régulier qui permet de voir immédiatement leurs teintes et leurs luminosités, ainsi que la quantité de lumière blanche qui y a été mêlée. D’un sommet à l’autre elles sont arrangées par couples complémentaires, et le double solide que nous venons de décrire indique encore clairement quelques-uns de leurs autres rapports mutuels.

Ajoutons ici un mot sur la possibilité d’exécuter ce cylindre ou ce double cône des couleurs. D’abord, nous n’avons pas de matières colorantes qui nous permettent de bien représenter les couleurs du spectre, même lorsque leur luminosité est très modérée; nos meilleures couleurs réfléchissent toutes plus ou moins de lumière blanche mêlée à leur lumière colorée. Si nous cherchions à construire avec ces éléments une carte des couleurs, non seulement nous serions obligés de descendre dans le cône de la figure 96 assez loin vers son sommet noir, mais encore notre carte serait plus petite que la section du cône en ce point, par suite de la présence de la lumière blanche étrangère réfléchie par les matières colorantes. Il serait presque impossible de

Page 1