PLAISIR QUE CAUSE UN CONTRASTE INATTENDU
abondantes qui sont assombries, parce qu’elles sont tout à fait dans l’ombre. Ges teintes assombries pour marquer l’ombre ne sont pas ordinairement des nuances de la même couleur que les teintes brillantes. mais elles sont plus bleuâtres ; ainsi, au point de vue technique, ces combinaisons nous offriraient souvent des cas de contraste défavorable, si les teintes brillantes et les teintes ternes n’appartenaient pas, je ne dis pas seulement à des cercles chromatiques différents, mais même à des plans différents, comme nous l’avons expliqué dans le chapitre précédent. Pour exprimer ce fait en langage ordinaire, nous dirions simplement que la vivacité du contraste entre la lumière et l’ombre masque les effets de contraste défavorable qui existent dans le tableau. Mais il est un autre cas où nous ne sommes ni si indifférents ni si indulgents. Lorsque deux objets sont voisins dans un tableau, et qu’il y a de bonnes raisons pour que tous deux présentent la même couleur avec une intensité égale, s’ils ne le font pas, alors le plus pâle des doux paraîtra effacé ou sale, et l’effet produit sera désagréable. Comme exemple familier de ce genre d’effet, nous pouvons citer le cas où dans la même toilette on voit figurer deux rubans de la même teinte générale, mais de nuances assez éloignées.
Il existe une autre raison encore plus générale dont dépend le plaisir que le contraste nous fait éprouver. Après avoir contemplé de grandes surfaces couvertes de nombreuses variétés de couleurs chaudes habilement fondues ensemble, nous éprouvons un plaisir particulier à rencontrer quelques teintes légèrement opposées; elles nous préservent de la satiété que produirait sans cela l’opulence des couleurs prodiguées à nos yeux, et leur opposition, qui n’a rien de dur. nous fait doublement jouir de l’harmonie et de la richesse du reste du tableau. De même aussi, lorsqu’un tableau est surtout composé de teintes fraîches et bleuâtres, quelques touches d’une couleur chaude lui donnent une vigueur et un éclat extraordinaires. Le même principe s’applique encore aux simples dessins au crayon, dans lesquels il n’entre aucune couleur : si le dessin se compose principalement de lignes doucement ondulées, quelques lignes droites qui les coupent obliquement paraîtront charmantes ; ou, s’il nous est permis de chercher une comparaison dans un art différent, lorsque dans un discours dont le ton général est grave l’orateur introduit quelques traits légèrement plaisants, il est bien rare qu’il ne charme pas l’auditoire, dont il réveille ainsi l’attention. Si les teintes brillantes et les teintes sombres sont à peu près en proportions égales, l’effet pro-
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duit est moins bon, et il devient tout à fait mauvais lorsque le tableau se partage en un certain nombre de groupes dans chacun desquels les couleurs vives et les couleurs pâles ou sombres ont été réparties d’une main impartiale.
Avant de terminer ce chapitre, nous devons ajouter quelques mots sur le simple contraste de la lumière et de l’ombre, c’est-à-dire celui dont les seuls éléments sont le blanc, le noir et les nuances de gris intermédiaires. Gomme on doit le penser d’après ce qui a été dit plus haut, lorsqu’un gris clair se trouve placé auprès d’un gris plus foncé, la nuance claire semble plus claire encore, et la nuance foncée paraît plus sombre. Ce fait est très-facile à démontrer au moyen des disques tournants, qui nous ont déjà rendu tant de services. Prenons un disque blanc et noir, tel que le représente la figure 128. Lorsqu’on fait
Fig1. 128. — Expérience de contraste avec Fig. 129. — Résultat de la rotation rapide un disque noir et blanc. du disque de la figure 128.
tourner ce disque, le mélange du blanc et du noir produit une série d’anneaux gris de plus en plus foncés à mesure qu’on se rapproche du centre. Chaque anneau a en réalité une teinte grise absolument uniforme, et cependant l’observateur n’en jugera pas ainsi. Les différents anneaux lui feront l’effet d’être nuancés, la nuance la plus claire se trouvant toujours en dedans, c’est-à-dire tournée vers le centre, comme le représente imparfaitement la figure 129. Sur la ligne qui sépare un anneau donné d’un autre plus clair, le premier paraît plus foncé; sur celle qui le sépare d’un autre plus foncé, il paraîtra plus clair. On obtiendra le même effet en peignant des bandes de papier de différentes 'teintes plates grises, et en les disposant ensuite de manière à imiter l’expérience du disque : elles présenteront un aspect semblable à celui qu’indique la figure 130. Il est à peine nécessaire d’ajouter que dans les dessins qui représentent des contrastes entre
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l’ombre et la lumière, de même que dans la nature, des effets de ce genre, plus ou moins modifies , se présentent sans cesse. Un des exemples les plus ordinaires de ce phénomène est celui de plusieurs chaînes de montagnes 's’élevant en étages l’une derrière l’autre : les parties inférieures des chaînes les plus éloignées semblent toujours plus claires que leurs contours supérieurs. Lorsqu’il pleut, des chaînes de collines présentent souvent cet aspect avec une netteté étonnante. Même quand les teintes claires et les teintes sombres sont fort éloignées les unes des autres, les phénomènes de contraste se produisent s’il existe une différence considérable entre les nuances des deux séries d’ombres. Tous ceux qui ont manié le crayon savent que dans un dessin de paysage le ciel parait toujours trop pâle lorsque le reste
Fig. 130. — Bandes grises que le contraste fait paraître de plus en plus ombrées.
est achevé. Comparé au papier blanc de l’esquisse inachevée, le ciel pourra sembler d’une teinte correcte; mais, une fois que les tons plus foncés des arrière-plans et du premier plan ont été ajoutés, il paraît souvent tout à fait insuffisant. Réciproquement, quelques coups de crayon bien noirs dans un dessin suffisent souvent pour éclaircir par contraste des parties qui semblaient d’abord beaucoup trop sombres; ou encore quelques traits blancs peuvent rendre foncés des espaces qui paraissaient pâles et faibles. Dans l’un et l’autre cas, les objets extérieurs fournissent à l’observateur pour mesurer la nuance de 1 ombre des termes de comparaison dont il doit se servir plutôt que de se fier à sa mémoire. Un habile emploi du contraste peut faire paraître lumineux et brillants, colorés et intenses de simples dessins au crayon où l’ombre et la lumière sont seuls marqués; si au contraire on néglige cet élément, les dessins paraissent plats et sans vi-
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gueur. Le contraste entre les nuances claires et les nuances foncées ne le cède en rien au point de vue de la puissance à celui entre les couleurs chaudes et les couleurs froides, et en réalité le contraste entre le blanc et le noir est, après tout, le contraste le plus marqué qui puisse exister. D’une part, en effet, nous avons la présence de toutes les couleurs, et de l’autre leur absence totale; aussi, comme nous l’avons déjà fait observer, le contraste qui a lieu entre la lumière et l’ombre peut-il quelquefois masquer ou même renverser les effets du contraste entre des couleurs différentes. Nous sommes peutêtre plus disposés à supporter un défaut dans le contraste entre le& couleurs que dans celui entre la lumière et l’ombre, et, si ce dernier est juste et puissant, nous pardonnons une petite infériorité dans le premier, et nous nous contentons de dire qu’un tableau est un peu pâle ou vaporeux, sans le condamner entièrement pour cela. Au contraire, si les couleurs sont justes en elles-mêmes, mais que le ton général des différentes teintes soit défectueux, alors l’ensemble est gâté, et nous regardons sans aucun plaisir des couleurs qui, prises isolément, sont cependant belles. Ainsi nous pardonnons plus facilement une faute partielle contre les règles du coloris qu’un manquement aux règles de la lumière et de l’ombre, et cette indulgence est sans doute le résultat de l’éducation optique de la race. Jusqu’ici, en effet, la lumière et l’ombre ont été pour la race humaine l’élément le plus important pour reconnaître les objets extérieurs; au contraire, la couleur n’a joué dans cette reconnaissance qu’un rôle secondaire, et a été plutôt une source de plaisir qu’un élément indispensable.
Tout ce que nous avons dit des contrastes entre le blanc, le noir et le gris peut , avec de très légères modifications, s’appliquer à une couleur quelconque prise isolément; par exemple, aux dessins faits avec une seule couleur, telle que le bleu ou le brun. De là il suit que chaque couleur peut présenter deux sortes de contraste : celui qui résulte de son opposition à d’autres couleurs, et celui qui vient de lalumière et de l’ombre.
Il nous reste à parler du contraste entre le blanc, le noir et le gris,, d’une part, et toute la série des couleurs proprement dites, de l’autre. Si nous prenons ces dernières dans leur ordre naturel, nous voyons que le rouge, mis sur un fond blanc, paraît plus foncé et un peu plusintense ; sur un fond noir, il prend une légère teinte rouge orangé, et paraît naturellement plus lumineux. Ces deux effets sont probablement dus en dernier ressort à un simple contraste de lumière et