Voyez le chapitre XIV
LE CONTRASTE
se rehausser entre elles par contraste qu’à condition d’être séparées par un intervalle considérable sur le cercle chromatique ; et c’est vrai en effet à un point de vue purement physiologique. Mais il faut tenir compte d’autres influences d’un caractère plus intellectuel, qui modifient et quelquefois même renversent cette loi inférieure. Par exemple, la présence dans un tableau d’une couleur plus pâle près d’une autre plus vive passe souvent inaperçue, et produit simplement l’impression d’une lumière plus vive. Nous reconnaissons la représentation d’un flot de lumière, et nous l’admirons, sans trouver à redire aux teintes pâles, pourvu qu’elles soient employées d’une manière habile et décidée. Une couleur pâle peut encore représenter le lointain dans un paysage; il ne nous vient jamais à l’idée d’établir de comparaison jalouse entre les gris verdâtres ou bleuâtres pâles et les faibles teintes pourprées qui composent les arrière-plans, d’une part, et les vives couleurs intenses du premier plan, de l’autre; mais nous jouissons séparément de chaque catégorie de couleurs, et nous prenons plaisir à voir les effets d’atmosphère et de lointain que ni l’une ni l’autre ne pourrait rendre seule d’une manière satisfaisante. Cela signifie que l’amour de la lumière et de l’atmosphère ou du lointain nous fait sacrifier sans peine une grande partie des teintes vives dont nous disposons, et croire que nous y gagnons encore. Le même fait est encore vrai sous un autre rapport : nous sommes toujours prêts à faire le même sacrifice pour éviter la monotonie et arriver à la variété, pourvu que nous ayons une bonne raison à alléguer pour nous justifier. Ce cas se présente souvent dans la représentation des grandes masses de feuillage : si l’on donne à ces masses la même couleur générale, elles paraissent monotones et ternes dans un tableau, à moins qu’on n’arrive à force de travail à rendre les lumières et les ombres, avec toutes les petites différences de teintes qui existent en réalité dans la nature. En pareil cas, celui qui regarde le tableau aime à y trouver quelques parties de feuillage d’une couleur notablement plus pâle que celle des masses environnantes, pourvu qu’il existe un motif plausible pour les y introduire. Des saules agités par le vent, et montrant le dessous de leurs feuilles, d’une teinte vert pâle, nous offrent un exemple familier de cette manière de varier les effets. D’un autre côté, le simple contraste des teintes sombres ou ternes suffit pour rehausser la couleur et la luminosité de celles qui sont brillantes, et celui qui regarde le tableau s’imagine voir des couleurs vives et belles, sans presque tenir compte de la présence des teintes bien plus