‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 151 sur 218 · CAUSES QUI RENDENT UNE COMBINAISON MAUVAISE · texte numérisé non relu

CAUSES QUI RENDENT UNE COMBINAISON MAUVAISE

grand pouvoir réflecteur, tandis que les mêmes couleurs, appliquées à la laine ou au coton, font un effet très-médiocre.

Lorsque nous voulons juger de la valeur de certaines combinaisons de couleurs, il ne faut pas accorder une confiance entière aux conclusions que nous pourrions tirer même d’observations faites directement sur nature, parce que, dans ce cas, nous pouvons nous laisser séduire par la beauté des formes, la bonne composition, la gradation délicate et la luminosité des couleurs. Le vert et le bleu, par exemple, donnent une combinaison médiocre, et cependant cette combinaison se présente constamment dans la nature; par exemple, lorsqu’on voit le ciel bleu à travers un feuillage vert. Cet effet est souvent fort bon; mais, si l’on y regarde de près, on reconnaîtra que, dans la plupart des cas, le bleu et le vert ne se trouvent pas réellement en contact; en effet, si les rayons du soleil traversent les feuilles qui semblent en contact avec le ciel, ces feuilles ne paraissent plus vertes, mais bien jaune verdâtre, et cette dernière couleur donne une combinaison passable, surtout avec le bleu d’outremer. Cependant le plus souvent les feuilles en contact avec le ciel sont dans l’ombre, ou du moins ne renvoient pas à l’œil une lumière brillante, et nous avons en réalité un gris verdâtre ou un vert brunâtre combiné avec le bleu du ciel. Quand le vert est réellement en contact avec le bleu du ciel, lorsqu’il s’agit, par exemple, d’une ppaisse forêt de jeunes arbres, le vert est ordinairement bien plus foncé que le ciel bleu, comme on le reconnaîtra en fermant à demi les yeux. Dans ce cas, l’effet de contraste du clair obscur est favorable à la combinaison ; mais si, par une cause quelconque, le bleu du ciel se trouve assez obscurci pour n’avoir pas plus de luminosité que le vert du feuillage, alors tout artiste sent que la combinaison des deux couleurs est mauvaise. Les formes des arbres sont si belles, la variété, les gradations qu’ils présentent sont si infinies, les idées qu’elles éveillent sont si agréables, que nous pouvons nous faire illusion sur cette combinaison de couleurs ; mais, lorsque nous voulons la faire passer sur la toile, notre insuccès nous avertit que la nature se plaît quelquefois à produire les plus beaux effets avec des couleurs d’une valeur douteuse, et sait en dissimuler habilement la pauvreté par des moyens qui ne sont pas toujours faciles à découvrir ou à imiter.

Plusieurs causes peuvent rendre mauvaise une combinaison de deux couleurs. En premier lieu, il faut citer l’influence du contraste; un contraste défavorable peut faire paraître les couleurs ternes et médio-

COMBINAISONS DES COULEURS

cres, ou bien encore un excès de contraste favorable peut leur donner une apparence dure et criarde. Nous avons réuni sous forme de diagramme les résultats de nos observations sur la manière dont le contraste diminue ou accroît la saturation ou l’éclat des couleurs. Ce diagramme (fig. 131) et la manière de s’en servir ont été expliqués au chapitre XV, et nous nous contenterons de rappeler ici au lecteur que des couleurs séparées par un angle inférieur à 80 ou 90° se nuisent mutuellement par contraste, tandis que celles dont la distance

Fig. 131. — Diagramme des contrastes.

angulaire est plus considérable se rehaussent entre elles. Pour les couleurs éloignées d’environ 80°, le résultat est un peu douteux : elles peuvent ou se rehausser ou se nuire mutuellement. Si l’on compare ce diagramme avec les résultats fournis par l’expérience et donnés dans les tableaux précédents, on verra que dans les bonnes combinaisons les deux couleurs sont toujours à plus de 90° l’une de l’autre, de sorte que l’effet du contraste est favorable à l’une et à l’autre. Par exemple, le rouge donne de bonnes combinaisons avec le bleu et le bleu cyané, qui sont situés à bien plus de 90° du rouge, tandis que sa

Page 1