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LES DIFFICULTÉS DE LA PEINTURE

prennent toutes les teintes d’un tableau dans lequel les effets de clair obscur sont bien ménagés. Un élève peut toujours se convaincre sans peine de la grande influence que les effets de clair obscur exercent sur la couleur, en reproduisant quelque gravure d’un grand maître sur un sujet simple avec les couleurs qui lui semblent les plus convenables, et en comparant ensuite le coloris ainsi obtenu avec celui de ses études d’après nature. Dans les deux cas, les couleurs ont été choisies par la même main, mais on reconnaît toujours que le clair obscur du maître a donné aux couleurs elles-mêmes une valeur qu’elles n’auraient pas eue sans ce petit plagiat de l’élève.

En peinture, le choix des sujets en vue de leurs qualités chromatiques est un élément de succès fort important. L’expérience seule peut apprendre peu à peu aux peintres à choisir de mieux en mieux leurs sujets, et les erreurs des commençants sur ce point sont souvent pour eux une cause de découragement. Les paysages qui contiennent beaucoup de vert sont toujours difficiles à traiter, et il faut autant que possible les éviter au début; des champs verts, des arbres verts, des montagnes vertes exigent tous une grande habileté pour que la couleur en soit bien rendue. Voilà pourquoi les anciens paysagistes ramenaient le ton de leurs arbres au vert olive terne et même au brun. Les combinaisons/ de vert, de bleu et de gris ou de blanc sont très fréquentes dans la nature, mais difficiles à manier, et exigent l’emploi de gradations infinies. Au point de vue de la couleur, cette combinaison est médiocre; mais, vue dans la nature, elle ne nous déplaît pas pour cela, bien au contraire. Et combien on peut faire avec des éléments d’une valeur si douteuse! D’un autre côté, les effets dont la beauté dépend d’une grande luminosité sont difficiles aussi, parce que leurs couleurs pâles, une fois mises sur la toile et privées fie leur luminosité naturelle, paraissent souvent assez ternes. Il faut ranger encore dans la même catégorie les lointains avec leurs teintes si pâles et si délicates. Le coloris de la nature semble très brillant, mais en réalité cet effet est produit en partie par la luminosité et en partie par des nuances si peu différentes entre elles et si voisines du gris, que l’imitation exacte ou libre en est bien difficile.

Nous pourrions pousser plus loin cette énumération des difficultés de la peinture; mais, nous demandera-t-on peut-être, quels sujets sont réellement faciles? A dire vrai, tous sont difficiles, même si l’on se contente d’une perfection relative. Le peintre qui veut exceller dans le coloris consacre sa vie à l’art et accumule les études d’après nature

de tous les sujets possibles, les unes approfondies, les autres moins détaillées et comme de simples notes de couleur. Très souvent il arrive que certains beaux effets de couleur dans la nature ne durent que quelques minutes ; le peintre les garde dans sa mémoire pour les jeter le lendemain sur le papier ou sur la toile, sans porter cette ébauche plus loin qu’il ne faut pour fixer les faits dans sa mémoire. Souvent il fait des esquisses expérimentales, non d’après nature, mais pour deviner en quelque sorte les éléments dont dépendent certains effets de couleur difficiles ou fugitifs, et aussi pour découvrir leurs rapports avec l’ombre et la lumière. Toutes ces études sur les couleurs seront accompagnées d’exercices constants au crayon pour les effets d’ombre et de lumière, et d’esquisses au trait pour l’étude de la forme, puisque l’imperfection du dessin est désastreuse pour la couleur. En même temps, le peintre étudiera avec ardeur les œuvres des bons coloristes, anciens et modernes; et après un travail persévérant et énergique de bien des années, s’il est bien doué, il deviendra coloriste.

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