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COULEURS DES PLAQUES DE SÉLÉNITE

proportion de lumière blanche augmente, et efface peu à peu la couleur jusqu’à n’en plus laisser qu’une faible réminiscence. Cependant les teintes les plus fortes égalent tout au moins, si elles ne surpassent, les teintes les plus vigoureuses du soleil couchant, sous le rapport de la pureté, c’est-à-dire de l’absence de lumière blanche. Parmi ces couleurs, nous trouvons bien des nuances de rouge et de rouge-pourpre ; tous les orangés rouges y sont représentés, ainsi que les autres couleurs du spectre. En outre, on y voit une série de pourpres qui comblent le vide existant entre les violets et les rouges ; il y a aussi un grand nombre de teintes rosées faibles, ainsi que de verts pâles et de verts bleuâtres. De plus, les plaques très minces donnent une série de teintes d’un aspect tout particulier et que l’on n’oublie jamais quand une fois on les a vues; on remarque un jaune fauve singulier uni à un gris bleuâtre; ce jaune se transforme peu à peu en un orangé de même nature, qui devient à son tour rouge brique ; le blanc et le noir s’associent souvent à ces teintes peu intenses, et l’impression générale produite par ces combinaisons est sombre, pour ne pas dire lugubre.

Les plaques de sélénite donnent des dessins qui ne sont ni beaux ni compliqués : le plus souvent, les teintes sont disposées en bandes parallèles, présentant çà et là quelques angles dont les nuances contrastent souvent d’une manière marquée avec celles des autres masses de couleur. Rien ne semble indiquer un essai de composition chromatique, si ce n’est peut-être un peu sur les cassures des bords, où l’on voit souvent le gris pâle ou le blanc devenir plus foncé, se transformer en jaune renard, puis en violet rouge, et passer au vert de mer avec une nuance d’outremer pur, ou bien encore se changer brusquement en jaune orangé bien net, suivi quelquefois d’un large espace pourpre. Mais il est aussi ordinaire de trouver toutes les teintes pâles, comme celles dont on se sert pour les cartes, avec une frange étroite de belles teintes diaprées. Les combinaisons de couleurs arrivent rarement à une grande beauté, bien qu’elles étonnent et éblouissent souvent l’observateur par leur hardiesse et par leur mépris complet de toutes les lois connues de la composition chromatique. L’éclat et la pureté de ces teintes sont si grands, et elles sont jetées par une main si habile, que ces jeux capricieux réussissent pour ainsi dire toujours ; et c’est seulement lorsque nous voulons copier ces modèles étranges que nous nous rendons bien compte de leur bizarrerie, et de leurs défauts réels au point de vue de l’art.

Rood.

Les cristaux d’acide tartrique présentent des phénomènes tout à . fait différents : ici les dessins sont riches et souvent très beaux ; les couleurs sont bien graduées, touchées et retouchées; elles forment des figures délicates et compliquées qui semblent l’œuvre d’une main patiente, et répètent ou contrarient les motifs dominants de la composition générale. Quelquefois nous avons une masse d’une forme merveilleuse, rayonnant en lignes courbes dans tout le champ visuel, avec une teinte gris tendre et jaune pâle, et présentant çà et là des taches comme celles qui ornent la queue du paon, mais aussi brillantes que des charbons ardents, le tout rehaussé de nuances très sombres de vert-olive, de brun foncé et de gris. Telle est l’apparence que présentent les cristaux minces; mais, si leur épaisseur augmente, on voit augmenter aussi l’éclat des couleurs, toujours rehaussées par de grandes masses de teintes foncées. Gradations bien ménagées, contrastes énergiques, couleurs brillantes et couleurs pâles, ombres noires et formes merveilleuses, tout s’unit pour donner à ces tableaux un charme tout particulier qui ne se perd pas tout entier, même dans les copies qu’on en fait avec les couleurs ordinaires.

Le sucre ordinaire, lorsqu’on lui laisse le temps de cristalliser lentement, donne des figures assez semblables à celles que nous venons de décrire, mais dont le dessin est plus régulier et moins intéressant. Les cristaux de nitrate de potasse présentent encore des images différentes de celles qui précèdent : c’est une multitude de fils lumineux de teintes délicates, ce sont des pourpres et des verts dorés ou des verts olive mats et des carmins dont le tissu est si serré qu’ils produisent presque une teinte neutre, laquelle devient tout à coup brillante et montre des combinaisons de rouge pourpré et de vert, mouchetées çà et là d’outremer pur. Ces fils lumineux teintés sont souvent disposés avec autant de régularité que si un ouvrier avait voulu en faire un tissu merveilleux semblable au cachemire, puis avait tout à coup laissé là et oublié à la fois la trame et la chaîne.

Il serait inutile de multiplier ici ces descriptions ; chaque sel a ses caractères particuliers et présente des tableaux différents : l’un brille comme une collection de pierres précieuses colorées à facettes polies ; l’autre semble hérissé de piques d’or comme les bataillons de deux armées sur le point d’en venir aux mains ; un troisième fait penser à une végétation abondante faite d’or et de pierreries, et noyée dans les teintes du soleil couchant. Les peintres qui voient ces tableaux pour la première fois sont généralement frappés de leur beauté

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