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BULLES DE SAVON ET PLUMES DE PAON

comme si on les agitait sans cesse. A mesure que la bulle de savon grossit et que ses parois s’amincissent, les couleurs deviennent plus brillantes, et une série de magnifiques teintes bleues et orangées, pourpres, jaunes et vertes remplacent les couleurs pâles qui ont marqué les premières phases du phénomène, et, par leurs changements et leur mouvement perpétuel, fascinent l’observateur. Si la bulle de savon a le rare bonheur de durer assez longtemps, sa partie supérieure commence à montrer une série différente de teintes; le jaune fauve, dont nous avons déjà eu occasion de parler, apparaît en plaques irrégulières qui tournoient au milieu des teintes plus brillantes ; ceci indique que l’amincissement des parois a presque atteint ses limites extrêmes. Enfin, si par une chance tout à fait extraordinaire la bulle atteint la vieillesse la plus avancée, elle présente des teintes blanches et grises assez pâles, et alors elle ne manque pas de crever. Une bulle de savon qui a fourni toute sa carrière offre toutes les couleurs que peut donner la polarisation. Sa pellicule mince tamise la lumière blanche, et son action donne les mêmes résultats que la polarisation : certains rayons sont supprimés, et, nous l’avons déjà vu, la lumière blanche privée d’un de ses éléments donne de la lumière colorée. Cette élimination s’opère par l’interférence des ondes lumineuses; aussi les couleurs produites de cette façon sont-elles appelées couleurs d’interférence. Les couleurs de polarisation sont également en réalité des couleurs d’interférence, mais on ne leur donne pas ordinairement ce nom. De tout ce que nous avons dit il résulte que les couleurs produites par des couches très minces de quelque substance, ou par des molécules très divisées, contiennent toujours une certaine quantité de lumière blanche, et par conséquent ne peuvent tout à fait rivaliser sous le rapport de la pureté ou de l’intensité avec les couleurs du spectre.

Nous l’avons déjà dit, les couleurs de polarisation ne se trouvent que dans les laboratoires de physique. D’un autre côté, la nature ne montre les couleurs d’interférence que d’une main avare, en petites quantités et comme des raretés. Elle s’en sert comme de bijoux merveilleux pour orner le plumage de certains oiseaux; elle les prodigue au paon ordinaire, dont la gorge et la queue, exposées à la lumière du soleil, déploient des teintes d’un éclat et d’un effet éblouissants qui font paraître pâles et ternes tous nos bijoux. En contemplant ces couleurs merveilleuses, ou encore celles du petit bijou ailé que l’on appelle l’oiseau-mouche, une chose nous frappe : c’est qu’elles ont un éclat

vraiment métallique , que nous essayons en vain de reproduire au moyen de nos couleurs les plus brillantes. Pour lutter contre elles .avec succès, nous sommes forcés de remplacer le papier blanc par une feuille d’argent, et de la recouvrir des vernis les plus purs et les plus transparents. Cette apparence d’éclat métallique vient de ce qu’une grande quantité de lumière colorée n’est mêlée que d’une faible proportion de lumière blanche, la plus grande partie de celle-ci se trouvant absorbée par la couleur foncée contenue dans l’intérieur des plumes. Lorsque cette matière vient à manquer, nous avons toujours ■de la couleur; mais, comme elle est mêlée d’une quantité considérable de lumière blanche réfléchie, elle présente simplement un aspect semblable à celui de la nacre de perle.

Les couleurs dont nous nous occupons en ce moment offrent encore un autre caractère particulier, qui les distingue d’une façon plus complète de celles fournies par les matières colorantes : je veux parler -de leur variabilité. Comme nous l’avons déjà dit, ces couleurs sont produites par l’interférence des rayons lumineux que réfléchissent les pellicules minces ; la nature de cette interférence dépend en partie de l’angle sous lequel s’opère la réflexion, de sorte que, si nous faisons tourner dans notre main une plume de paon, nous en verrons la couleur changer sans cesse. Il en est de même des teintes d’une bulle de savon et de toutes les couleurs d’interférence en général : les teintes ■changent selon la position de l’œil ; à mesure qu’on les regarde sdus une incidence plus oblique, elles varient dans le même ordre que les couleurs du spectre, et passent du rouge à l’orangé, au jaune, et ainsi ■de suite.

Les brillantes couleurs métalliques que présentent un grand nombre d’insectes, et particulièrement les coléoptères, appartiennent encore à cette catégorie, ainsi que les nuances bleu d’acier et vert bouteille, moins éclatantes que les précédentes, que nous offrent bien des espèces de mouches. Ce fait est si général qu’il nous fait penser que ces insectes ne sont pas dépourvus d’un sens de la couleur que les teintes ■éclatantes peuvent satisfaire. Si nous pénétrons dans le domaine des eaux, nous en trouvons les habitants revêtus de belles couleurs qui ont en général la même origine, car les belles teintes nacrées qu’ils -étalent aux yeux dépendent toutes de l’interférence de la lumière. Il en est encore de même des teintes irisées qui ornent si souvent l’extérieur et même l’intérieur des coquillages. Mais il faut avouer franchement que dans ce cas les couleurs, malgré toute leur beauté, peu-

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