‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 36 sur 218 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les couleurs produites par la dispersion, l'interférence et la polarisation de la lumière offrent un grand intérêt à un point dé vue purement scientifique, et sont encore précieuses parce qu’elles nous aident à former une théorie exacte de la couleur ; mais c’est aux phénomènes de l’absorption que sont presque entièrement dues les couleurs des objets ordinaires. Les couleurs dont les peintres se servent, les teintures qu’emploient les fabricants, la matière colorante des fleurs, des arbres, des rochers et de l’eau, se rattachent toutes à l’absorption. Commençons l’étude de ce sujet par celle d’un fragment de verre coloré. Quand nous posons ce verre à plat sur un morceau de drap noir, en l’exposant à la lumière ordinaire du jour, nous voyons qu’il réfléchit la lumière vers l’œil tout comme un morceau de verre à vitre ordinaire le ferait dans les mêmes circonstances, et que cette lumière n’est pas colorée, mais blanche. Dans cette expérience, les rayons lumineux qui arrivent à l’œil ont été réfléchis uniquement par la surface de la plaque de verre, les rayons qui pénètrent dans l’intérieur de la substance se trouvant absorbés par le drap noir placé dessous, et n’arrivant pas à l’œil. Si nous soulevons alors le verre, de manière à permettre à la lumière du jour de le traverser et de venir frapper l’œil, nous trouvons qu’elle s’est colorée en rouge rubis. La lumière donnée par la flamme d’une bougie ou d’un bec de gaz est modifiée de la même façon, et un rayon de soleil qui traverse la plaque de verre va tomber sur la muraille opposée en y formant un point lumineux d’un rouge intense. Notre première impression, qui est toute naturelle, c’est que le verre coloré a la propriété d’altérer la qualité de la lumière ; que la lumière blanche est, de façon ou d’autre, réellement transmutée en lumière rouge. Telle

semble être l’impression générale de tous ceux qui n’ont pas examiné la question à fond. Nous avons vu, dans le chapitre II, qu’avec un prisme nous pouvons analyser la lumière blanche et assortir d’après leur longueur les ondes dont elle se compose ; nous savons que la sensation produite sur l’œil par ces ondes varie avec leur longueur, et que les plus longues donnent du rouge, tandis que les plus courtes donnent du violet. Le prisme va encore nous servir à étudier la ques-

Fig. 14. — Verre rouge mis sur une fente découpée dans une carte noire.

tion qui nous occupe en ce moment. Préparons un écran de carton noir, et pratiquons une fente étroite en son centre ; fixons sur cette fente un morceau de verre coloré, comme le montre la figure 14. Si maintenant nous mettons ce petit appareil devant une fenêtre, il ne sera pas difficile de faire en sorte que de la lumière blanche venant d’un nuage tombe sur la fente et traverse le verre coloré ; de là.

Fig. 15. — Spectre transmis à travers un verre rouge.

cette lumière arrivera sur le prisme qui doit l’analyser. Lorsque nous faisons cette expérience, nous reconnaissons qu’elle donne le résultat représenté par la figure 15 : le prisme nous avertit que le rayon transmis se compose principalement de lumière rouge ; il contient aussi un peu de lumière orangée. Mais cette expérience peut être rendue plus instructive, si nous ne couvrons avec la plaque de verre que la moitié de la fente. En la répétant avec cette modification, nous,

Page 1