REPRODUCTION DES COULEURS PAR LA PHOTOGRAPHIE
teinte qui se produit dans tous ces cas vient d’une interférence de lumière causée par la couche mince, et est tout à fait distincte de la couleur réelle du métal (voy. chap. IY).
Tous les métaux, tant colorés que blancs, sont surtout remarquables par les grandes quantités de lumière qu’ils peuvent réfléchir. Les mesurages faits par Lambert ont démontré que la quantité totale de lumière réfléchie par le papier blanc est d’environ 40 0/0 de la lumière qu’il reçoit. Mais l’argent peut réfléchir jusqu’à 92 0/0 de la lumière reçue ; l’acier, 60 0/0, etc.
Les surfaces polies, particulièrement celles des métaux, jouissent d’une autre propriété, qui ajoute à leur éclat apparent et en accroît l’effet. Les portions de la surface qui ne sont pas tournées vers la lumière n’en réfléchissent souvent que très peu, et semblent presque noires. Ce contraste bien marqué rehausse l’aspect brillant et étincelant des parties éclairées, et les met bien au-dessus des surfaces peintes. Aussi, dans la peinture sérieuse ou réaliste, ne peut-on employer les métaux à côté des couleurs ; ils manquent absolument d’harmonie, et font penser que le peintre a eu recours à un expédient médiocre au lieu de profiter des véritables ressources de l’art. Dans les tableaux du moyen âge, où l’or était prodigué sans réserve pour le fond des portraits de saints personnages, ou même pour l’ornement de leur costume, le but du peintre était de produire des représentations plutôt symboliques que réalistes, et, s’il employait l’or, c’était pour rappeler aux spectateurs que son tableau n’était pas le portrait d’un mortel ordinaire,, mais plutôt une tentative enfantine pour représenter et orner avec prodigalité l’image idéale d’un être saint et vénéré. D’un autre côté, l’éclat de l’or et la richesse de sa couleur le rendent éminemment propre à encadrer les peintures et à les isoler des objets voisins. Un cadre peint ou en bois, possédant une couleur de la même catégorie que celles du tableau, en devient en quelque sorte l’extension et pourrait nuire à l’harmonie de son coloris ; en outre, son pouvoir isolant est inférieur à celui de l’or, parce qu’il ressemble plus aux objets ordinaires qui l’entourent.
Après avoir ainsi étudié en détail les couleurs produites par l’absorption, il ne sera pas hors de propos de dire ici quelques mots des essais qui ont été faits pour reproduire les couleurs par la photographie. Les photographies rendent avec exactitude la lumière et l’ombre ; pourquoi ne reproduiraient-elles pas aussi les couleurs des objets? En 1848, M. E. Becquerel annonça qu’il avait réussi à photographier
les couleurs d’un spectre prismatique, reçues sur une plaque d’argent qui avait été soumise à l’action du chlore. Ces couleurs étaient malheureusement fugitives et ne duraient que quelques minutes. En 1850 Niepce de Saint-Victor, et en 1852 J. Campbell affirmèrent qu’ils avaient rendu ces couleurs plus durables. En 1862, le premier de ces deux savants, par le lavage des plaques terminées dans une dissolution de dextrine contenant du chlorure de plomb, obtint des photographies colorées qui durèrent douze heures. L’année suivante, il perfectionna encore son procédé, et les couleurs, quoiqu’exposées à une lumière naturelle assez vive, résistèrent trois ou quatre jours. L’étude des détails des mémoires relatifs à ces expériences indique que les couleurs ainsi obtenues sont dues à une réduction plus ou moins considérable de la pellicule de chlorure d’argent, et ne sont, en réalité, produites que par l’interférence de la lumière; par conséquent, elles n’ont aucune liaison nécessaire avec les teintes des objets naturels auxquelles elles semblent devoir leur origine. Aussi devonsnous regarder ce problème comme non encore résolu, et l’état actuel de la science ne donne aucune raison de supposer qu’il doive l’être jamais. Pourquoi l’action des rayons rouges sur une certaine substance produirait-elle un composé rouge, celle des rayons verts et violets des composés verts et violets, et ainsi de suite pour tous les autres rayons colorés? C’est pourtant là ce que suppose la reproduction des couleurs par la photographie.
De nos jours, ce problème a été repris d’une manière tout à fait différente, et qui a donné des résultats plus favorables au point de vue de la pratique. Supposons que nous mettions un verre rouge devant un appareil photographique, et qu’ensuite nous fassions la photographie de quelque objet offrant des couleurs brillantes, d’un tapis, par exemple. Nous obtiendrons une image négative ordinaire, qui sera «lue uniquement à la lumière rouge envoyée par le tapis dans la direction de l’instrument. Les parties du tapis qui ont une autre couleur ne seront pas photographiées du tout. Mettons ensuite devant la chambre obscure un verre qui ne transmette que les rayons jaunes (s’il est possible de trouver un tel verre), et nous aurons la reproduction des éléments jaunes du tapis; puis nous ferons la même chose avec un verre bleu. Avec ces trois négatifs ordinaires on fait trois positifs sur gélatine, le premier coloré avec une matière rouge transparente, le second avec une matière jaune et le troisième avec une matière bleue. La première plaque de gélatine contiendra une