CHAPITRE X
DU MÉLANGE DES COULEURS
Ceux qui ont regardé travailler un peintre sont étonnés du nombre et de la variété considérables des teintes que l’on peut obtenir en mélangeant en diverses proportions un très petit nombre de couleurs : le rouge et le jaune donnent une longue série de teintes orangées ; le jaune et le bleu fournissent une multitude de teintes vertes; le bleu et le rouge, toute une série de pourpres. Les résultats que le peintre obtient semblent presque magiques, et nous admirons avec raison l’habileté et l'expérience qui lui permettent de produire avec exactitude, en quelques secondes, n’importe laquelle des couleurs que peut donner sa palette. Si nous poursuivons nos observations, nous reconnaîtrons bientôt que la question est plus compliquée que nous ne l'avons cru au premier abord, chaque couleur ayant ses propriétés particulières, qu’elle communique aux mélanges dont elle fait partie, propriétés que la couleur elle-même ne suffit pas pour indiquer complètement. Par exemple, certaines couleurs bleues fournissent de belles séries de verts, tandis que d’autres, qui ne leur cèdent ni en éclat ni en intensité, ne donnent que des verts olive ternes ; certains rouges donnent des pourpres éclatants, tandis que d’autres non moins brillants ne produisent que des pourpres ternes et ardoisés. Avant de traiter ces cas compliqués, nous ferons bien d’étudier la question sous ses aspects les plus simples, et nous nous contenterons pour le moment d’examiner les effets que produit le mélange de lumières de différentes couleurs. Cette étude ne peut se faire en mélangeant des matières colorantes, comme on l’a cru fort longtemps. Dans certains cas, le mélange des matières colorantes donne des résultats plus ou moins semblables à ceux que produit le mélange des lumières colorées; mais en général les résultats diffèrent, et quelquefois même
DU MÉLANGE DES COULEURS
à un point extrême. Ainsi, dans le chapitre précédent, nous avons fait voir que, tandis que le mélange d’une couleur jaune avec une couleur bleue donne invariablement une teinte verte d’une intensité variable, le mélange de la lumière bleue avec la lumière jaune donne un blanc plus ou moins pur, mais ne donne jamais rien qui approche du vert. Il est facile de mélanger ensemble deux faisceaux de lumière colorée de manière à montrer l’expérience à un nombreux auditoire. Pour cela, il faut se servir de deux lanternes magiques, comme l’indique la figure 45, en remplaçant les plaques de verre ordinaire par des plaques de verre de couleur, comme le montre la figure. Chaque
Fig. 45. — Deux lanternes magiques projetant de la lumière jaune et de la lumière bleue sur le même écran, où elles forment de la lumière blanche.
lanterne fournira alors un grand cercle brillant de lumière colorée, que l’on peut projeter sur un écran blanc, après avoir rendu obscure la salle dans laquelle on fait l’expérience. On pourra reconnaître ainsi que la lumière bleu violet mélangée avec la lumière verte donne une lumière bleue ou bleu verdâtre, selon les proportions des deux éléments; que la lumière verte combinée avec la lumière rouge donne diverses nuances d’orangé ou de jaune blanchâtre , au lieu d’une série de nuances ternes et indescriptibles d’un gris verdâtre, rougeâtre ou brunâtre, comme le font les matières colorantes. On peut facilement faire ces belles expériences sur le mélange des lumières colorées, et bien d’autres encore ; on peut même étudier sans peine les effets que donnent les variations d’intensité de l’un ou de l’autre faisceau de lumière colorée, en diminuant graduellement l’éclat de l’un des cercles colorés, tandis que l’autre demeure constant.