MÉTHODE DE MILE
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mière qui vient du papier bleu est transmise directement à l’œil, et celle qui vient du papier jaune vient frapper l’œil après avoir été réfléchie; leur action est nécessairement simultanée. En rapprochant ou écartant l’un de l’autre les deux carrés de papier, on peut faire varier leur éclat apparent, de manière à régler la proportion de lumière bleue et de lumière jaune qui arrive à l’œil : le jaune dominera quand les papiers seront voisins l’un de l’autre, le bleu quand ils seront plus éloignés. Le jaune de chrome (la teinte pâle) et le bleu d’outremer, lorsqu’on les combine par cet appareil, donnent un blanc bien net, et le vert émeraude et le vermillon donnent une teinte jaunâtre ou orangée, suivant la manière dont on les dispose. Il est difficile de trouver un bon représentant du violet parmi les matières colorantes dont se servent les peintres; il nous a paru que certains échantillons de la couleur d’aniline connue sous le nom de violet d’Hoffmann BB sont plus satisfaisants que toute autre matière colorante ordinaire. Si l’on étend sur du papier une couche foncée de sa dissolution dans l’alcool, et qu’on la combine dans l’appareil avec le vert émeraude, on produira facilement du bleu, du bleu verdâtre ou du bleu violet. Il est évident qu’on peut faire une multitude d’expériences de ce genre, dans lesquelles le nombre des couleurs qu’on peut unir à la fois ne doit pas dépasser deux. Il va sans dire que les résultats ainsi obtenus sont d’accord avec la théorie de Young.
Une autre méthode pour mélanger les lumières colorées semble avoir été conçue pour la première fois d’une manière définie par Mile en 1839, bien que les peintres la pratiquassent depuis longtemps. Nous voulons parler de l’habitude de disposer très près l’un de l’autre un grand nombre de petits points de deux couleurs, et de les faire mélanger par l’œil maintenu à une distance convenable. Mile traçait des lignes colorées très fines parallèles entre elles, en alternant les teintes. Les résultats ainsi obtenus sont de véritables mélanges de lumières colorées, et concordent avec ceux que nous avons déjà indiqués. Par exemple, des raies de bleu de cobalt et de jaune de chrome donnent du blanc ou du blanc jaunâtre, mais sans la moindre trace de vert; le vert émeraude et le vermillon, traités de cette façon, donnent un jaune terne; l’outremer et le vermillon, un beau pourpre rouge, etc. Cette méthode est presque la seule manière pratique pour le peintre de mêler réellement, non pas des matières colorantes, mais des faisceaux de lumière colorée. A ce propos, nous nous rappelons une opinion intéressante exprimée par Ruskin, et qui se rattache indirec-
DU MÉLANGE DES COULEURS
tement à notre sujet. Dans ses admirables Eléments de dessin , Fauteur des Peintres modernes s’exprime ainsi : « Diviser une couleur en petits points à travers ou par-dessus une autre, voilà le plus important de tous les procédés dans la bonne peinture à l’huile ou à l’aquarelle de notre époque. ... Dans les effets éloignés produits par des objets vivement colorés, — bois, eau en mouvement, ou nuages brisés, — on peut faire beaucoup en accumulant les touches de couleurs un peu sèches, et en ajoutant ensuite habilement d’autres couleurs dans les
interstices Et notez, en remplissant ainsi de petits interstices, que,
si vous voulez que la couleur ainsi ajoutée paraisse brillante, il vaut mieux en mettre dans l’interstice un point bien marqué, en laissant un peu de blanc à côté ou autour, que de mettre sur la totalité de ■celui-ci une teinte pâle de la couleur. Le jaune ou l’orangé paraît à peine, lorsqu’il est pâle, dans les petits espaces ; mais il brille beaucoup en touches fines, quelque petites qu’elles soient, lorsqu’ily a du blanc à côté. »
Cette dernière manière de mélanger les lumières colorées se présente souvent dans la nature ; les teintes des objets éloignés dans un paysage sont souvent fondues ainsi, et produisent une douceur de nuances qui n’existait pas tout d’abord. Même les objets voisins, lorsqu’ils sont nombreux et de petites dimensions, agissent de même. Par exemple, les couleurs de l’herbe rare d’un coteau se mêlent souvent de cette façon avec les teintes gris verdâtre des mousses et le brun des feuilles mortes ; le brun rougeâtre ou pourpré des tiges des petits arbrisseaux se fond, à une certaine distance, avec le vert ombragé de leur feuillage; on retrouve le même principe dans bien ■d’autres cas encore, pour- les parties supérieures et les parties inférieures des mousses, pour les tiges d’herbe éclairées par le soleil et celles qui sont dans l’ombre, pour toutes les taches colorées que présentent les roches et les troncs d’arbres.
Il existe une autre manière de mélanger les lumières colorées, peu employée par les physiciens, bien qu’elle se présente sans cesse dans la nature. Nous voulons parler du cas où deux faisceaux de lumière colorée tombent à la fois sur le même objet. Ce sont les couchers de soleil qui nous fournissent les exemples les plus frappants de ces effets, les objets qui forment le paysage se trouvant éclairés en même temps par le ciel bleu et par les rayons orangés ou rouges du soleil qui descend vers l’horizon. Des exemples moins frappants du même phénomène s’offrent sans cesse à nos regards ; le plus ordinaire est