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MÉLANGE DES MATIÈRES COLORANTES

celui où un objet coloré réfléchit une lumière de sa propre teinte sur les objets voisins, de manière à modifier leurs couleurs, tandis que lui-même subit à son tour leur influence. Les murs blancs ou gris d’une chambre prennent souvent des teintes merveilleuses, grâce à la lumière colorée que leur renvoient un tapis, des rideaux, ou d’autres objets colorés qui se trouvent dans le voisinage. Toutes les fois que la surface sur laquelle tombent les couleurs multiples est blanche ou grise, ou d’une nuance pâle, les lois du mélange des lumières colorées, que nous avons expliquées ci-dessus, se vérifient; mais, si cette surface a par elle-même une couleur bien tranchée, les phénomènes sont modifiés d’une manière que nous exposerons plus loin.

Comparons maintenant les résultats que donne le mélange des lumières colorées à ceux que donne le mélange des matières colorantes. On a longtemps admis que ces résultats étaient identiques, et que les expériences sur les mélanges de lumières colorées pouvaient très bien se faire au moyen de la palette du peintre. Lambert semble avoir été le premier à montrer que les résultats obtenus dans les deux cas ne sont pas toujours les mêmes. Ainsi la célèbre expérience dans laquelle en combinant de la lumière bleue avec de la lumière jaune on obtient, non pas du vert, mais du blanc, a été faite d’abord par lui avec l’appareil que représente la figure 39 (p. 91). Le même fait a été plus tard découvert d’une manière indépendante par Plateau, et enfin par Helmholtz, qui l’a pris pour point de départ d’une étude générale de toute la question. Quand nous examinons ce sujet avec attention, nous reconnaissons que le mélange des matières colorantes produit deux effets distincts. Supposons qu’il s’agisse de mélanger du jaune de chrome et du bleu d’outremer, tous deux en poudre sèche. Si nous frottons un papier avec ce mélange, nous obtiendrons un vert uniforme et un peu terne. L’examen, même avec un microscope de puissance moyenne, ne nous montrera pas les particules séparées des deux matières colorantes. Cependant nous savons qu’il doit y avoir une couche superficielle formant une véritable mosaïque de molécules bleues et de molécules jaunes placées côte à côte. Ces deux sortes de molécules envoient à l’œil de l’observateur chacune de la lumière de sa propre couleur, et c’est dans l’œil que se fait un véritable mélange qui donne pour teinte résultante un gris jaunâtre. Jusque-là, le résultat est tout à fait d’accord avec celui que donne le mélange de deux faisceaux de lumière colorée. Le second effet, qui est plus important, est produit par la lumière qui traverse deux couches de molécules

DU MÉLANGE DES COULEURS

colorées, ou même davantage. Ici, la lumière est absorbée de la façon que nous avons expliquée au chapitre VII : les molécules jaunes absorbent les rayons bleus et les rayons violets ; les molécules bleues absorbent les rayons rouges , les orangés et les jaunes. La lumière verte aussi est absorbée par les deux sortes de molécules, mais bien moins que les autres rayons. De tout cela il résulte que le jaune de chrome et le bleu d’outremer réunis absorbent toutes les couleurs que contient la lumière blanche, sauf le vert; par conséquent, en définitive, de la lumière verte est réfléchie par la surface et arrive à l’œil de l’observateur. Enfin cette lumière verte se mélange avec la lumière gris jaunâtre dont nous avons parlé plus haut. Lorsqu’on se sert de couleurs sèches, les deux effets que nous venons de décrire se produisent toujours. S’il s’agit de couleurs délayées dans l’eau, la quantité

Fig. 58. — Ouvertures découpées dans une carte noire, et recouvertes de verres l’un rouge et l’autre vert (grandeur naturelle).

de lumière renvoyée par la surface diminue, et avec elle le premier effet décrit ; il diminue bien plus encore si les couleurs sont broyées à l’huile. De tout cela il ressort que, si nous mélangeons deux matières colorantes , nous obtenons l’effet qui résulte des deux absorptions qu’opèrent les deux couleurs : la lumière blanche subit deux soustractions différentes, et ce qui reste ensuite est la lumière colorée qui revient de la surface peinte. D’un autre côté, le mélange de deux lumières colorées est essentiellement un procédé d’addition; et par suite nous trouvons tout naturel que les résultats fournis par ces deux méthodes ne soient jamais identiques, et soient même souvent très différents. Il en résulte que, dans bien des cas, les peintres ne peuvent appliquer directement ce que leur palette leur a enseigné à l’interprétation des effets chromatiques produits par la nature, puisque ceux-ci dépendent souvent en grande partie du mélange de faisceaux de lumières de couleurs différentes. Ce fait est maintenant admis

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