DIFFÉRENCE ENTRE LE MÉLANGE ET L ABSORPTION
impossible de deviner la nature d’une des séries de teintes d’après la connaissance de l’autre. Ces expériences prouvent donc l’énorme différence qui existe entre les effets produits par le mélange de deux lumières et l’absorption de la lumière; mais, nous l’avons déjà dit, lorsqu’on mélange des couleurs sur une palette, la teinte résultante dépend en partie de la loi des mélanges et en partie de celle de l’absorption, celle-ci l’emportant, bien entendu, sur l’autre. Aussi les résultats présentés par le dernier tableau, bien qu’instructifs, ne sont-ils pas nécessairement applicables d’une façon rigoureuse à la palette du peintre, qu’il vaut mieux étudier par une autre méthode.
Voici comment nous avons procédé pour ce cas particulier : nous avons d’abord préparé deux teintes assez foncées de couleurs d’aquarelle, du vermillon, par exemple, et du bleu d ’outremer, que nous
Fig. 61. — Disque servant à montrer la différence qui existe entre le mélange de deux lumières^ colorées et celui des matières colorantes. Le disque extérieur est peint avec les couleurs pures, et le petit disque avec leur mélange.
avons étendues chacune sur un disque de Maxwell. Prenant ensuite un nombre égal de gouttes des mêmes teintes, nous les avons mêlées sur une palette, et nous nous sommes servi du mélange pour peindre un troisième disque, plus petit que les deux autres. Nous avons placé les disques sur un appareil de rotation, en les disposant comme l’indique la figure 61 , le vermillon et l’outremer couvrant chacun la moitié du grand disque, tandis qu’au centre se trouve le petit, colorié avec le mélange fait sur la palette. Quand ce disque composé tourne rapidement, les couleurs de la couronne vermillon et bleue subissent un véritable mélange, et il est facile de comparer la teinte qui en résulte avec celle qu’a donnée la palette. Voici les résultats auxquels nous sommes ainsi arrivé : le grand disque présente une teinte pourpre rouge, auprès de laquelle celle du petit disque semble grise, tant sa couleur est terne et inférieure à l’autre. En réalité, le petit disque
DU MÉLANGE DES COULEURS
est pourpre violet terne. Nous pouvons donc remarquer, non seulement que la couleur de celui-ci est bien plus sombre et moins saturée, mais encore qu’elle a passé du pourpre rouge au pourpre violet. Ensuite, pour reconnaître dans quelle mesure les couleurs ont été rendues plus foncées et altérées par le mélange sur la palette, nous avons combiné un disque noir avec les disques vermillon et outremer, de manière à introduire dans le mélange pourpre rouge différentes proportions de noir, au moyen d’une rotation rapide. Nous n’avons pu réussir par ce procédé à ramener la couleur du grand disque à celle du petit : la teinte du premier était toujours trop saturée. Enfin nous avons ajouté du blanc au grand disque, et nous sommes arrivé à appareiller les deux. Nous avons alors constaté que vingt et une parties de vermillon et vingt d’outremer, avec cinquante et une de noir et neuf de blanc, donnaient par rotation une teinte identique à celle que nous obtenions en mélangeant sur la palette le vermillon et l’outremer. La grande quantité de noir qu’il a fallu ajouter prouve d’une manière frappante que tout mélange de couleurs sur la palette du peintre est un acheminement vers le noir. Le tableau suivant contient les résultats des autres expériences :
TABLEAU COMPARATIF DES EFFETS DU MÉLANGE DES COULEURS PAR VOIE DE ROTATION
ET