MÉTHODE DE DOVE
d’une manière générale par tous les peintres intelligents; mais il en est probablement peu qui, sans avoir fait d’expériences à ce sujet, se rendent bien compte de toute l’étendue du désaccord qui existe entre les résultats donnés par les deux modes de mélange. Il y a quelques années, Dove a décrit une méthode pour étudier cette question à l’aide de verres colorés; et, comme il serait difficile d’imaginer une manière plus simple ou plus frappante de faire ces expériences, nous allons donner son procédé tout au long.
On découpe dans une carte noircie deux ouvertures d’environ 8 millimètres de large, comme l’indique la figure 58. Sur ces ouvertures on adapte deux morceaux de verre coloré, par exemple l’un rouge et l’autre vert ; puis on fait passer à travers ces verres la lumière qui vient d’un nuage blanc. En P (fig. 59) se trouve un prisme
Fig. 5^. — Manière de se servir de l’appareil de Dove. RV, carte portant un verre rouge et un verre vert ; P, prisme de spath d’Islande.
achromatique de spath d’Islande, qui double chacune des petites plaques de lumière colorée, de sorte que l’observateur qui regarde à
Fig. 60. — Résultat obtenu lorsque la lumière rouge et la lumière verte sont mélangées par l’appareil de Dove.
travers le prisme voit deux images rouges d’un éclat exactement égal, et aussi deux images vertes semblables. Or, en faisant tourner le
DU MÉLANGE DES COULEURS
prisme de spath d’Islande, l’opérateur peut amener une des images rouges à recouvrir une des vertes, ce qui permet de mélanger la lumière rouge et la lumière verte que donnent les verres colorés. Dans une expérience que nous avons faite, la couleur de ce mélange était orangée (fig. 60). Nous avons ôté les verres de l’instrument, nous les avons superposés, et nous les avons fait traverser par de la lumière blanche, de sorte que l’effet de la double absorption s’est manifesté; mais alors la couleur de la lumière transmise n’était pas orangée, ni même brune, mais vert foncé. Si ces deux verres avaient été réduits en poudre, et qu’après les avoir mélangés d’huile on eût peint une toile avec ce mélange, elle aurait présenté non pas une teinte orangée, mais une teinte vert foncé. Nous donnons ici les résultats d’une série d’expériences que nous avons faites tout récemment, et qui montrent bien les différences produites par les deux procédés :
Résultats fournis par l’appareil de Dove.
Couleurs des verres.
Rouge et vert
Rouge 1 et vert. . . .
Jaune et bleu
Jaune 1 et bleu
Rouge et bleu
Jaune et pourpre foncé. . .
Jaune 1 et pourpre foncé..
Pourpre et vert
Jaune et rouge
Jaune 1 et rouge
Jaune et vert bleuâtre
Jaune 1 et vert bleu
Jaune 2 et vert bleu
Pourpre et vert bleu
Violet pourpre et vert. . . .
Résultat fourni par le mélange des lumières.
Orangé.
Jaune pâle.
Rlanc.
Rlanc rosé.
Pourpre violet.
Jaune.
Orangé pâle.
Blanc.
Jaune légèrement orangé.
Orangé.
Jaune.
Blanc jaunâtre.
Jaune verdâtre pâle.
Vert bleu pâle.
Bleu violet pâle.
Résultat donné par l’absorption.
Vert foncé.
Noir.
Beau vert.
Beau vert olive.
Rouge foncé.
Orangé foncé.
Brun foncé.
Vert foncé.
Rouge orangé foncé.
Rouge.
Vert jaunâtre.
Beau vert jaunâtre.
Vert olive.
Violet foncé.
Noir.
Ce ne sont pas là des expériences choisies tout exprès pour montrer de grandes différences; nous avons fait entrer dans ce tableau toute la série des expériences faites à la fois sur ce sujet, et nous les transcrivons simplement d’après notre carnet de notes. Malgré cela, on voit que dans aucun cas les deux méthodes ne fournissent le même résultat; en général, les différences sont telles qu’il serait absolument