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COMPLÉMENT DU JAUNE TERNE

notre rouge. Il est rare que la pratique donne un résultat aussi complet que celui-ci ; car évidemment, si le rouge avait été plus lumineux, il aurait été impossible d’en neutraliser 50 parties avec 50 du bleu et du vert, de quelque façon qu’on leâ combinât : la teinte résultante aurait toujours été un gris rougeâtre . Au contraire, si le rouge avait été moins lumineux, une difficulté analogue se serait présentée : la teinte résultante aurait toujours été d’un vert un peu bleuâtre, au lieu d’être gris pur.

Voici une expérience faite par nous et qui montre la façon dont les choses se passent d’ordinaire, ainsi que la nature du résultat auquel on doit s’attendre. Nous cherchions le complément d’un jaune terne, rappelant un peu la couleur du carton de cette nuance. Nous avons peint un disque de cette couleur, et nous l’avons combiné avec un autre, peint en bleu d’outremer artificiel, en faisant toujours intervenir, bien entendu, les petits disques blanc et noir. En faisant tourner cette combinaison de disques, nous n’avons absolument pas pu obtenir le gris pur, de quelque façon que nous fissions varier les proportions du bleu et du jaune ; le meilleur résultat réalisable a été une teinte gris pourpré. Gela indiquait évidemment la nécessité d’ajouter au bleu un peu de vert ; nous avons donc ajouté aux deux autres un disque vert émeraude, et nous avons constaté que 41 parties de jaune, combinées avec 45 de bleu d’outremer et 14 de vert émeraude, donnaient un gris identique à celui fourni par 24 parties de blanc et 76 de noir. Voici l’équation qui représente cette expérience :

41 jaune + 45 bleu + 14 vert = 24 blanc + 76 noir.

De là il suit que, si nous mélangeons du bleu d’outremer et du vert émeraude dans la proportion de 45 à 14, nous aurons une couleur complémentaire de notre jaune. Nous partageons alors 100 dans ce rapport, ce qui donne 76,3 parties pour le bleu, et 23,7 pour le vert; nous combinons dans ce rapport le disque bleu et le disque vert, et la rotation nous donne la couleur complémentaire, qui est un beau bleu. Toutefois ce bleu est un peu plus foncé que le véritable complément de notre jaune, car dans la première expérience le jaune n’occupait pas tout à fait la moitié du disque, c’est-à-dire 50 parties, mais seulement 41 ; si nous lui avions attribué la moitié du disque, les autres couleurs n’auraient pas été assez lumineuses pour lui faire équilibre, et nous n’aurions pas eu de gris. Il est

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facile de calculer de combien la teinte obtenue comme complément du jaune est trop sombre : si nous représentons par 100 la luminosité du véritable complément, alors celle que nous obtenons réellement est 69,5 l. Par conséquent, lorsque nous nous servirons de ce complément, il faudra toujours tenir compte de ce qu’il est moins lumineux que le complément véritable dans la mesure que nous venons d’indiquer. En outre, il était impossible d’arriver à un meilleur résultat avec les disques bleu et vert dont nous nous sommes servi ; pour obtenir quelque chose de mieux, il aurait fallu modifier les disques de manière à leur faire renvoyer à l’œil plus de lumière bleue et de lumière verte. D’un autre côté, si dans l’origine ils avaient réfléchi trop de lumière verte et de lumière bleue, nous aurions pu corriger ce défaut au moyen d’un disque noir, et obtenir avec exactitude le complément véritable. D’où il suit que nous pouvons obtenir avec exactitude le véritable complément d’une couleur donnée, seulement dans les cas où nous disposons de représentants de cette couleur complémentaire qui soient assez intenses , c’est-à-dire , en même temps lumineux et saturés. Il en résulte pour la pratique qu’il est impossible d’obtenir directement les teintes complémentaires des couleurs chaudes les plus intenses — carmin, vermillon, minium, jaune de chrome, — parce que les couleurs plus froides — vert émeraude, bleu de cobalt, bleu de Prusse, outremer, etc. — sont toutes bien moins intenses que les premières.

Il est souvent fort commode d’avoir une série de disques assortis deux à deux, de manière à représenter les principales couleurs complémentaires. Sans doute, il faudrait beaucoup de temps et de patience pour préparer une série dans laquelle les couleurs fussent tout à fait exactes sous le double rapport de la teinte et de la luminosité ; d’ailleurs dans cette série, avec les matières colorantes dont nous disposons, les teintes rouges et orangées seraient tout à fait ternes, et les jaunes ne seraient guère que des bruns ou des verts olive, par la raison que nous avons déjà exposée. Nous avons nous-même tout récemment préparé une série de disques dont les teintes étaient presque correctes, et les luminosités aussi favorables qu’il était pos-. sible de les obtenir sans une trop grande dépense de temps et de peine. Nous avons également déterminé les intensités relatives des

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