XII
Conditions préalables de l'accord en répartition.
Nous avons tracé les dispositions primordiales du ré- Ime sociétaire : transformation du ménage conjugal en rands ménages combinés de 1,800 personnes environ; cercices des travaux en séances courtes et variées par des îunions nombreuses, organisées en Groupes et Séries, de lanière à développer chez les travailleurs Témulation et enthousiasme. 11' reste à nous occuper des moyens qui evront assurer Faccord au sein de ces masses associées, iccord, par exemple, sur la question capitale de la rrartition des bénéfices.
La première condition de cet accord, c^est Fabondance, c'est une quantité de produits telle que chacun ait lieu d'être satisfait de la part qui lui reviendra. Ceux qui ont prétendu établir le règne de la fraternité parmi les hommes là où régnait en même temps la misère, misère toujours imminente sinon toujours présente pour le grand nombre, ceux-là méconnaissaient le premier principe dé la concorde sociale. Il y a, dans les besoins qui manquent de moyens de satisfaction, un germe de discorde plus puissant que toutes les motrales, plus fort que toutes les bonnes résolutions dès individus. Pour n^éprouver ni envie ni inimitié à regard d'autrui, il faut (ce n'est pas la clause unique, mais c'en est une essentielle):, il faut que chacun soit largement pourvu , il faut le bien-être général.
L'augmentation de richesse susceptible de procurer les moyens de ce bien-être général résulte du fait seul de l'Association. Les économies que celle-ci réalise et les changementi avantageux qu'elle apporte dans les conditions d'exploitation du sol, suffisent, sans même qu'il soit besoin de spéculer sur les prodiges du travail devenu ATTRAYANT, pour garantir cet accroissement de richesse. Il est admis par des agronomes d'une grande autorité (l'Ecossais Patullo et François de Neufchâteau entre autres), qu'un meilleur arrangement des propriétés, qui remédierait aux inconvénients de leur morcellement et de leur en* clayement réciproque, qui réunirait, autant que possible, en un seul tenant, les portions de terre possédées par un même homme ou cultivées par u& même chef d'exploita-^ tion agricole, doublerait, et même quadruplerait dans bien des contrées, le produit qu'on retire du sol. Tout ce que nous avonf d'hommes compétents en cette matière âe pro* fessent-ils pas, d'un autre côté, que la culture alterne gé* néralisée aurait une influence non moins heureuse sur la production? Eh bien ! la combinaison phalanslérienne procure immédiatement ces deux avantages.
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Les terres de \i\ Phalange, avons -nous dit précédemment, seront exploitées comme si elles étaient le domaine d'un seul homme. Mais à quelles conditions ? SeraH^ que la propriété individuelle aura dû venir s'abîmer et se perdre dans une communauté inique autant qu'impossible?. Non assuré^ ment. Nous apportons au contraire à cette propriété des garanties nouvelles, en même temps que nous faisons dis« paraître tous les obstacles que sa forme actuelle oppose au progrès, obstacles plus grands pour l'agriculture que pour les autres industries. Aussi, de toutes, l'agriculture est-elle relativement la plus arriérée. Dans une entreprise socié* taire, l'apport de chacun en capital quelconque, terre ou argent, est représenté par des actions qui lui donnent un droit proportionnel sur l'avoir total de la société. Un champ n*est plus dès lors celui de Pierre ou de Paul qui en tire parti comme il peut et comme il sait, mais une partie du grand domaine, à la gestion duquel la société applique les moyens de tous, sauf à répartir ensuite le produit à chacun suivant son droit de propriétaire et de trtvailleur.
Mais pourra-t-on décider le capital et le travail ^ dont l'hostilité et les défiances réciproques sont si vives aujourd'hui, à former le pacte d'alliance qui est la condition sine quâ non de l'Association? Oui, du moment que les droits du capital comme ceux du travail auront leur garantie, l'union s'opérera. Elle ne sera -peut-être dans le principe qu'una alliance de raison, de nécessité, plutôt que d'inclination. Mais il arrivera ensuite ce qui arrive dans certains mariages de raison où, par une exception heureuse, outre les avantages positifs qu'on avait en vue, on rencontre tous les charmes inespérés d'une sympathie de cœur et de caractère.
La substitution de l'exploitation sociétaire à l'exploitation morcelée aurait sur les progrès de l'agriculture une influence tout à fait décisive. La routine, si bien cantonnée aujourd'hui chez le petit propriétaire et le petit fermier
aussi pauvres qu^ignoraiits, ne survivrait pas un jour à celte transformation de la propriété terrienne en propriété actionnaire. Pour la direction de. ses travaux de culture, chaque Phalange appellerait des agronomes expérimentés. Supposez la France couverte d'Associations agricoles dii genre de celle que nous proposons, quel avenir pour les élèves de nos écoles de Grignon et de Roville, qui, avec le morcellement, trouvent à grand'peine l'occasion d'appliquer d'une manière tant soit peu large et fructueuse les théories qu'on leur a enseignées! L'agriculture est trop pauvre aujourd'hui pour entretenir son état major, pour payer décemment les officiers que lui formeraient des étahlissements du genre -de ceux que je viens de citer.
Voilà donc, grâce à l'association, l'accroissement du produit assuré par des causes dont l'influence a pu, même daAs l'ordre actuel, être appréciée expérimentalement en plus d'une circonstance. Mais où se trouve le véritable trésor de l'ordre futur, où il y a pour lui une mine d'or inépuisable, c'est dans l'attraction industrielle , qui fera de chaque individu, du riche comme du pauvre, un coopérateur passionné à l'œuvre delà production. Aussi, faire naître cette attraction qui lève d'un seul et même coup toutes les difficultés sociales, voilà, non sans raison, l'objet dont Fourier se préoccupe le plus. N'a-t-il poursuivi qu'un but chimérique? Le travail attrayant ne serait-il qu'un beau rêve?... Mais songez que ce qui donne en général au travail ce ealMCtère pénible et répugnant qu'il présente, ne consiste essentiellement ni dans l'action physique ni dans l'action intellectuelle que le travail exige. N'y a-t-il pas des plaisirs, — la chasse, la danse, l'escrime, — qui donnent lieu à autant d'effort musculaire que la plupart des œuvres de métiers? des jeux, tels que celui d'échecs et quelques autres, qui exigent non moins de contention d'esprit que la plupart des occupations de cabinet? Pourtant ni les uns ni les autres de ces exercices ne cessent pour cela d'être
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des amusements, des plaisirs. Quclic différence présententils donc avec ces autres choses qui , sans demander plus d^effort de la part de celui qui les exécute, ont cependant ce caractère pénible, attribut du travail dans nos Sociétés civilisées, et inspirent de la répugnance, à tel point qu*on est convaincu généralement qu*il ne se trouverait personne pour les accomplir, si des nécessités impérieuses, les premiers besoins de Texistence, la faim en un mot, n^ contraignaient le grand nombre? Pourquoi là plaisir, et ici peine ? Ce n^est point apparemment parce que de ces occupations les unes procurent un résultat utile, et que les autres sont purement futiles. La raison de cette différence de manière dont elles nous affectent, la voici :
Dans les jeux ou plaisirs , il y a liberté : liberté de s'y livrer ou de s'en abstenir, liberté d'option sur le genre d'amusement , sur les personnes en compagnie desquelles on le prendra, sur la durée de chaque séance qu'on se gardera bien de prolonger depuis le malin jusqu'au soir, comme une séance d'atelier ou de labour ; il y a enfin des rivalités actives qui vous tiennent constamment en éveil. — Dans le travail, toutes ces causes d'attrait sont remplacées par autant de causes de répugnance : la contrainte à fous égards au lieu de la liberté ; une monotonie mortelle au lieu de cette variété qui renouvelle les forces de l'homme; l'isolement , au lieu de ces rapports soit d'affection , soit d'émulation, dont il a besoin. Mais transportez dans les travaux productifs, au moyen de l'organisation sériaire, tout ce qui peut y être transporté des dispositions auxquelles les jeux et les parties de plaisir doivent leur charme, et vous aurez rendu les premiers attrayants comme les seconds, vous leur aurez. donné la môme puissance de séduction et d'entraînement; vous aurez assuré l'application de toutes les forcés humaines à l'œuvre créatrice de la richesse sociale, et déterminé un prodigieux accroissement de celle-ci.
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Nous appuyons sur les garanties diverses de cet accrois^ sèment de la richesse , car il est un préliminaire indispensable à raccord sur la répartition.