XVI
Conclusion sur V accord en répartition.
Pour en revenir à eette redoutable épreuve de la répartition des bénéfices, disons, en terminant, que chaque associé phalanstérien s'y présente sous l'empire de plusieurs affections généreuses et avec des dispositions qu'il est permis de présumer fort conciliantes.
D'ailleurs le charme de la vie sociétaire produira des accords intentionnels très-puissants, u En combinant avec toutes les jouissances de la vie matérielle l'absence de soins dont les pères et mères seront déhvrés , le contentement des pères dégagés des frais de méilÉge, éducation et dotation; le conteateoient des femmes délivrées de Tennuyeux ménage sans argent; le contentement des en* fants abandonnés à T Attraction, excités aux raffinements
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de plaisir, intime eu gourmandise; enfin le contentement des riches, tant sur Taccroissement de la fortune que sur la disparition de tous les risques et pièges dont un Civilisé opulent est entouré; il est aisé de pressentir que la Phalange n'aura d'autre sollicitude que de maintenir un si bel ordre, et sachant que son maintien va dépendre de Taccord en répartition, elle s'inquiétera des moyens d'opérer cet accord ; on verra les séries , les groupes , les individus se concerter dans ce but , prendre à l'envi les résolutions les plus généreuses. Chacun, à l'idée de retomber en Civilisation , sera effrayé comme à l'idée de tomber dans les bra^ siers de l'enfer. Dès lors le vœu d'unité, l'accord intention-* nel sur le maintien de l'unité , s'élèvera au plus haut degré. » (A/otiv. Monde industriel, p. 323.)
Dans ces aperçus sur .la répartition, nous sommes loin d'avoir fait connaître toutes les précautions infinies dont Fourier a pris soin d'entourer cette opération capitale^ afin qu'elle ne pût donner lieu ni à la moindre injustice, ni à des mécontentements et à des dissensions quelconques entre les membres de l'Association, mais qu'elle devint, au contraire, un nouveau gage d'union et de prospérité. Nous avons t^égligé de puissants moyens d'accord , tels que ï adoption industrielle, la participation d^hoirie, Yabandon de lots de travail aux enfants pauvres» etc. ; nous n'a vont pas mentionné l'intervention généreuse de la Petite Horde, soit pour prévenir les réclamations, soit pour satisfaire les exigences de telle ou telle Série, qiii pourrait se croire lésée sur sa part de dividende , et qui témoignerait du mécontentement. Ce que noiis avons dit doit cependant suffire , il nous semble , pour faire concevoir la possibilité d'une répartition équitable et satisfaisante pour chacun. L'on ne saurait, en tout cas, imputer à une doctrine qui proclame les droits du Capital aussi bien que ceux du Travail et du Talent, qui fait de l'inégalité des fortunes un des éléments essentiels de l'harmonie sociale, on ne
saurait, dis-je, imputer sans mauvaise foi à cette doctrine de méconnaître le principe de la Propriété , et d*être une sorte de loi agraire, aboutissant à la communauté des biens. C'est un point sur lequel les personnes mêmes les moins favorables à la Théorie sociétaire sont obligées désormais de lui rendre justice.
Un écrivain qui a jugé les fondateurs des trois Ecoles socialistes contemporaines, en vue de suffrages qu'il savait leur être hostiles, beaucoup plutôt que d'après les inspirations d'une raison impartiale et éclairée , M. Louis Reybaud, qui, dans son livre sur Saint-Simon, Fouricr et Oviren , semble s'être proposé pour but de caresser les préjugés d'un certain monde, plutôt que de faire connaître le fond sérieux des doctrines de ces trois novateurs; M. Reybaud, si léger et souvent si injuste dans ses imputations h leur égard, n'a pu cependant refuser à Foucier le témoignage suivant :
a Fourier, dit-il , a fort ingénieusement analysé les éléments de l'activité humaine et les instruments de la production sociale. Il accorde une place au capital... ; puis, ajoutant à cet^ élément indispensable de la production l'action des bras et Taction des intelligences, il propose d'associer les hommes en capital, travail et talent. Comme point de départ, c'est là évidemment ce que l'on a trouvé de mieux, et ne dût-on à Charles Fourier que cette définition simple et précise, il aurait encore la gloire d'avoir fourni le premier mot concluant pour l'organisation ^de l'avenir industriel. » (Louis Reybaud, Etudes sur les Réformateurs contemporains, 3* édition, pag. 335, 336.)