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Moyenne et haute enfance.
Les jeunes tribus de moyenne et haute enfance (âges de 5 ft ans et de 9 à 15) sont divisées en deux corporations : les Petites Hordes, vouées aux travaux répugnants pour les sens ou Famour-propre ; les Petites Bandes , que des inclinatipns contraires portent à faire régner partout Télégance et le bon ton. Ces deux corporations emploient utilement les instincts que Toti cherche vainement à comprimer dans chaque sexe , le goût de la saleté chez le plus grand nombre des petits garçons, celui de la parui'e chez la plupart des petites filles \.
La Petite Horde est le corps du dévouement, la milice de Dieu y comme Fourier l'appelle, le soutien de T unité et de la concorde sociale. C'est elle qui s'empare de toute branche d'industrie susceptible d'avilir, de déconsidérer la classe du peuple qui l'exercerait par intérêt et par besoin, et qui serait dès lors dédaignée, rebutée : d'où un obstacle insurmontable à la sociabilité générale, aux bonnes et amicales relations entre toutes les classes ; d'où le maintien forcé , en un mot ^ des casies que présente la Civilisation comme la Barbarie , castes incompatibles non-seuleûierit par préjugé de naissance, mais surtout par préjugé d*état. Voilà ce qui- doit disparaître à jamais par l'intervention des Petites Hordes. Elles sont le foyer de toutes
* D'autres contitetei de go&ts et d'aptitades se font remarquer entre les deux sexes dès l'ftge le pins tendre. Ainsi les petites fiUes , en génénl , saisissent mieu les modifications da coloris qne les différences des Cormes. Elles distingaent très -vite du bleu de plnsienrs nuances, et les petits garçons dislingMBt mieiix «ae losange d'an carr^ , nn hexagone d'un octogone.
les vertus religieuses et civiques; aussi, quoique ehargéM du travail le plus répugnant et. le pkis diflipile, sont-elUr de toutes les Séries la moins rétribuée ,- si ce n^est en gloire et en prérogatives d^honneur. Dans les cérémonies publiques, elles ont le pas sur toutes les autres corporations, et l'on montre par 'là quelle place doit occuper le dévouement sincère dans Testime des hommes. A titre de confrérie religieuse^ lès Petites Hordes se relient au sacerdoce, et, dans Fexercice de leurs fonctions, elles portent sur leurs habits un signe religieux, une croix où autre em* blême. (Fourier, iNowD. Mande ind., p. 348.)
Mais trouvera-4-on les enfants disposés à exécuter par goût, par point d'honneur et esprit de charité, ce qui rentre dans les attributions de la Horde ? — C'est qii &it d'observation qu'il y a, au grand déplaisir des parents, qu'il y a bien les deux tiers des petits ^[arçons qui ne té^ moignent rien moins que de la répugnance pour le maniement des choses sales. Ils aiment- à se vautrer dans la fange, à braver les intempéries, â affronter le danger en dépit de toutes les défenses. Que fait-on par l-inttitatiotl de la Horde, si ce n'est employer dans un but social cessin-* guliers penchants que la nature n'a pas donnés peut* é^re à l'enfance sans quelque motif? Pour ce qui est du point d'honneur, du sentiment de charité , ijs ne sont jannais plus puissants qu'à cet âge, dont la générosité naturelle et le désintéressement irréfléchi sont souvent en lutte avec la prudence défiante et calculatrice des pères. « C'est chez Im enfants, dit Fourier, que l'amitié peut prendre un bel et* sor; elle- n'y est contrariée ni par la cupidité, ni par l'amour, ni par les intérêts de famille. L'amitié, dans \p bas âge, confondrait tous les rangs, si les pèrei^ n'intervenaient pour habituer leurs fils à l'orgueil. »
Je ne parle pas de plusieurs amorces qu'aura, suivipit Fourier, la haute Harmonfe pour attirer les enfants à la corporation du dévouement social, i la Petite H<kl^t};Jf
THÉORIE SOCIÉTAHE. Vf
ne ferai point , comme lui , caracoler et manœuvrer cette troupe enfantine sur ses petits chevaux nains, parée de ses dolmaps éclatants et variés, qui remplaceroqt , la tâche une fois accomplie , le sarreau de travail. J'omets aussi de dire que, parmi les attributions de la Petite Horde, se trouve la police du règne animal ; celui qui maltraiterait un animal quelconque se verrait traduit, quel que fût son âge, devant ce tribunal d'enfants, comme inférieur en rai^ son aux enfiints mêmes.
Cette protection des animaux, qui n*est encore instituée législativement qu-en Angleterre, ne serait pas sans in* fluence sur la conduite et les sentiments des hommes les uns à regard des autres* Celui qui fait souffrir ou qui voit souffrir avec indifférence des êtres vivants est bien pr^ d*en agir de même envers ses semblables.
La Horde est pour les caractères fortement trempés qui ne reculent devant aucune épreuve, pour ces enfants amis du vacarme, rudes d'écorce, au ton rogue et farouche, dont la rebelle indocilité fait souvent aujourd'hui le déses* poir des parents et des maîtres ^ Mais ohet la majorité des petites filles ce sont des dispositions contraires que Ton re«> marque. Elles allient k une humeur douée et pacifique le goût précoce de la parure et des belles manières. Délicats comme' elles, un certain nombre de petits garçons leur ressemblent beaucoup par le caractère : tels sont surtout ceux qui, de bonne heure, u^QQti:ei)( 4^ rinclination pour Tétude et les arts. Cette seconde catégorie d'enfants va former les PetUes Bmndeê, comprenant S^3 de filles et 1/3 de gar-
I Quelqnot ëcrivaini Jodlcietii tvaient lenM ce qu'il y avait de faux dtDi cette lutte do l'éducation contre le naturel de l'enrant. « Pas trop élever , dit avec raiioa Didtrot , eft un* maiime qui convient surtout aux garçons. J'aime qu'ils soient violents . étourdis . capricieux. Une télé ébourirrëe me plaît plus qu'une tête bien peignée. Laissons -les prendre une physionomie qui leur appartienne. Nos petits ours mal Ucbés de province nie plaisent cent fois plus que tMs vos petits épftgneula tl «ftUuftsMinent drMiés. »
68 THÉORIE SOGIËTAIRE.
çons. Les deux corporations sont , quant à leur effiet , caractérisées comme il suit par Fourier :
Les Petites Hordes vont au beau par la route du bon/ Les Petites Bandes vont au bon par la route du beau.
Le» Petites fiandes font ainsi contraste avec les Petites Hordes. Elles sont conservatrices du charme socM, appliquant leurs goûts pour la parure et la recherche, leur sentiment délicat du beau , non dans un but de vanité individuelle, mais au luxe collectif, à Fornement du canton tout entier en matériel et spirituel. Les modèles de costumes corporatifs à offrir au choix des Séries , la décoration des salles de réunion , le soin des espèces animales difficiles à élever, la surveillance des parterres et des serres, la police du règne végétal , regardent les Petites Bandes. Passionnées pour la politesse et Fatticisme , elles ont aussi la censure des mauvaises manières et du mauvais langage, prévenant par là une duplicité de ton et de parler qui s'opposerait à la fusion des classes , œuvre spéciale des Petites Hordes. Mais notre corporation d'enfants serait-elle en mesure d'exercer avec compétence cette seconde partie de sa tâche critique? Ceci nous conduit à parler de Fen* seignement. ^.
Enseignement.
II n'y a qne le plaisir qaa lei hommei pranneat à ce qu'ils font, on k ce qu'ils doivent faire, qui leur donne de l'application ; et il n'y a que l'application qui fasse acquérir du mérite , d'oq vient l'estime et la réputation...
GoLiBRT , Inttr. à son jUt.
Bien des gens seront étonnés sans doute que, traitant de Féducation, nous soyons venu jusqu'ici sans dire un mot de ce qui semble à peu près seul la constituer aujour-
THI^RIË SOCIICTAHie. 69
d*hui. Quoi! penseront-iU, nul souci d'apprendre aux enfants à lire , à écrire et à calculer comme dans nos écoles primaires, ou le latin et le grec conmie dans nos coUéget? — Si fait, vraiment Loin de nous Tidée de sacrifie^ la culture intellectuelle proprement dite, Finstruction scientifique et littéraire , sauf à Tapproprier aux besoins de. la Société. Il s'agit seulement dcrsavoir si, par la marche que nous voulons suivre, nous n'aurons pas rendu F acquisition de ces connaissances beaucoup plus facile, Penfant se trouvant amené par ses occupations industrielles mêmes 4. en sentir le besoin, à en solliciter l'enseignement Indépeadanunent des motifs d'amour-propre qui ne lui permettront pas de rester illettré au milieu d'une réunion instruite, indépendamment de ce qu'un certain degré d'instruction sera pour lui la condition du passage d'une tribu inférieure à la tribu plus élevée, croyez-vous qu'il ira bien loin dans l'exercice d'un art mécanique quelconque sans s'apercevoir de l'avantage qu'auront sur lui ceux de ses collaborateurs qui peuvent s'aider de quelques notions de géométrie, de calcul et de dessin, ou des données théoriques qu'ils puir sent dans les livres qui traitent de ce même art ? C'est donc de l'enfant lui-même que viendront le désir et la demande de l'instruction; il la sollicitera comme une faveur, ce qui est une condition de l'accord affectueux du maitre et do l'élève, et la meilleure garantie des progrès de celui-ci. Je me borde à indiquer le principe, tout à fait méconnu dans l'enseignement actuel, qui se voit obligé de suppléer par la contrainte aux dispositions favorables qull n'a pas su faire naître chez les enfants. L'immobilité , le silence prolongés leur sont impossibles , et c'est justement ce qu'on exige d'eux. L'étourderie et la gaieté, naturelles au jeune âge, leur sont imputées à crime. Renfermés dans une classe sombre et triste, en dépit des instincts et des besoins mêmes de leur âge qui réclame le grand air, le soleil et le mouvement, condamnés à pâlir sur des livres, à marmotter
des choses qui n'pnt aucun rapport avec leur situation présente, avec lés faits de leur vie réelle, de leur vie' de passion , c*esl-à-dire avec leurs jeux ou avec la part qulli peuvent prendre chez leurs parents à quelques trayaux prpduetMi, *r- comment les enfants ne conoevrai^nt-ils pas pour i-étode et pour ceux qui la leur imposent la répugnance et Paversion qu^ils mtetrent généralement?
Voilà le fruit que Téducation civilisée retira de ••§ prétentions à contrarier la nature. Car c'est la nature qui potlHe Tenfant à exercer ses facultés corporelles avant ses facultés intellectuelles ; c'est elle qui veut que Teafant soit attiré par la pratique à la théorie, qu'il remonte des faits aux notions abstraites qui les résument et lea coordonnent En suivant la marche inverse, outre que vous faites de Fenfant un membre pour bien des années inutile à la Société et restant tout ce temps à la charge de oelhed^ vous n'arrivcâi qu'à bourrer sa jeune tête de mots« vous l'hébétez en quelque sorte par; un exercice routinier et quasi mécanique de la mémoire. C'est pitié qu'on ne songe à développer nos facultés intellectuelles qu^à l'aide des U« vres, suivant le procédé scolastique. Aussi consultes les hommes qui se sont trouvés en contact avec des popoia«> tions barbares, telles que les Arabes où les Kabyles de U régence d'Alger ; ils vous diront que là t 9ans avoir jamais fréquenté d'écoles d'aucune espèce, les garçons 4^ dix à quinze ans se montrent en général bien supérieiMT! aux nôtres par la finesse et le jugement. Pour le développement sensitif, il n'est pas besoin de faire remarquer à quel point notre éducation nous laisse en arrière des Bar* bares et dep Sauvages : même infériorité de notre part sqhs le rapport du développement physique, sous le rapport de la vigueur et de la santé, malgré l'avantage que devrait lions donner sur eux une nourriture plus abondante et plus bradée.
Faut-il conclure de ce qui précède que l'enseigneweiit
THKORIE SOClKTAiRË. 71
scientifique et littéraire doive perdre de son imporlance en régime phalanstérien ? Loin de là : il est rendu accessible à tous sans frais, sans déplacement coûteux; il contimie pour chacun durant tout le cours de la vie^ associé qu*H est sans cesse aux diverses occupations et aux réuuiotts même purement de plaisir. Ne croyex pas toutefois que cet enseignement n*aura pas aon organisation régulière. 11 sera, comme toute autre fonction, Tœuvre d'une ou de plusieurs Séries dans lesquelles chacun, suivant sa goûts, pourra s'enrôler et prendre la part qui lui convient dte Ift noble tâche de développer' et d'agrandir rintelligence de aee temUables,' pourvu qu'il faise «es preuves de capacité, pourvu qu'il sache le ikire agréer et de ses collaborateurs du corps enseignant et des élèves appelés à suivre ses leçons ^ Les motifs qui pourraient porter aujourd'hui à écarter un candidat de mérite dont on craindrait la rivalité militeront au contraire en sa faveur, puisque la Série tout entière chargée de l'enseignement sera rétribuée en raison de ses succès d'ensemble; elle aura intérêt par conséquent à s'adjoindre tout individu capable d'y contribuer, enfant, vieillard, homme ou femme. La leçon d'un enXant à d'autres enfants moins avancés profitera souvent beaucoup plus que si elle avait été donnée par une grande personne. C'est un germe qu'ont entrevu les fondateurs de l'enseignement mutuel, mais qu'ils n'ont su employer qu en mode simple, et qu'il fallait allier à tous les autres moyens susceptibles de rendre Tinsiruction attrayante.
Au lieu d'une méthode unique d'enseignement appli-» quée indistinctement à tous les élèves , l'Harmonie en emploie toujours plusieurs qui s'adaptent à la diversité des caractères. La concurrencç qui s'établit entre ces mé« t£odes vivifie les études et devient un nouveau gage de leurs progrès.
> Ka karmdoie , rinstractiott d«it être tûttUUée; il faut qu'il y «it attradioil rM^UvedeU partde l'iUn et du vaitre» accord affectueux cotre l'un et l'autre»
72 THÉORIE SOGllÎTAIRE.
Autant la société actodle fait un sort mesquin aux instituteurs de Tenfance, autant rHarmonie Felève cette fonction par les avantages et les honneurs qu*elle y attache. Sfesi ane des voies qui conduisent aux plus hautes distincttbns dans cet ordre , où la justice distributive n'est pas un vain mot, où les fonctions s'apprécient suivant leur importance réelle et suivant leur concours au bien général. Et quelle mission plus importante et plus noble que celle de préparer, dlnitier la jeune génération à Fœuvre sociale?
Les principes élémentaires de tontes les sciences sont enseignés dans chaque Phalanstère, ainsi que toutes les industries usuelles. Mais chaque Phalanstère, on le sent bien , ne saurait posséder la réunion . d*hommes éminenfs et les collections diverses qu'exige le haut enseignement scientifique, littéraire et artistique. Il y aura donc toujours des points qui seront plus particulièrement le siège de ce haut enseignement et dans lesquels il concentrera ses ressources ; des foyers où se réuniront, 'pour se féconder par une action réciproque, tous les éléments de la vie intellectuelle.
D'un autre côté, il arrivera que telle Phalange, par suite de sa position , du goût de ses habitants , ou bien par l'effet de quelque autre circonstance, aura perfectionné une branche spéciale d'industrie ou d'étude : c'est là qu'on viendra des autres Phalanges compléter son instruction dans cette partie. Mais, en quelque lieu que se 'rende la jeunesse harmonienne dans un pareil but, trouvant partout les industries de base organisées comme dans sa Phalange natale , elle peut s'y employer activement et se dé* frayer par son travail, tout en acquérant les connaissances qu'elle était venue chercher. Une autre excellente école de perfectionnement se rencontrera dans les armées indus^ irielleSy appliquées à l'exécution de tous les grands travaux d'un intérêt ginéral. — Mais j'anticipe ici sur dti
■Mit
THëORIë SOGDSIAIRE. 73
dispositions de TOrdre sociétake ipA ne sont pas encore censées connues du lecteur.
On naura pas manqué de faire cette remarque, qu^à propos d'éducatiop et d'enseignement nous retombons ^. toujours sur le teirain de Tindustrie. G*est, en effet, un des caractères distinctifs de la conception de Fourier en cette matière, d'avoir rattaché à Tinduslrie productive tous les moyens de développement que Féducation peut employer à regard de Fhomme. Facultés de lesprit, de Fâme et du corps, trouvent dans Tindustrie puriGée, ennoblie, agrandie par F Association, le champ dans lequel elles doivent être cultivées parallèlement, conjointement; où elles vont croître , fleurir et fructifier ensemble. £t quoi d'étonnant à cela si , comme Fourier Fadmet , comme les saintes Ecritures elles-mêmes nous Fenseignent, la destinée de Fhomme ici-bas est Vexploitation et la gestion du Globe qui lui a été donné pour domaine? Tout, dès lors, ne doit-il pas se rapporter plus ou moins directement à cette fonction pivolalc cl à Findustrie qui en est Fagent? Le rôle ainsi assigné à Fhomme est, au reste, loin de le rabaisser. Il fait de lui, suivant la belle expression d'Amédée Pagct, '( un fonctionnaire intelligent de Funivers; il le fait participer, en quelque sorte, à la direction suprême du mouvement dont Dieu tient les ressorts entre ses mains ^ »
Dans cette analyse, je suis loin d'avoir indiqué toutes les vues de Fourier sur Féducation. Je n'ai rien dit, par exemple, d'un puissant ressort qu'emploiera, suivant lui, l'Ordre sociétaire pour former Fenfant à Funité mesurée, source de nombreux avantages. L'opéra, cette école de tontes les harmonies matérielles, est le moyen dont il s'agit et que possédera presque sans frais tout Phalansl(M*e , sinon au déhul de l'Assorialion , du moins au houl d'un
' liilrotiiirtiou il l'i'lmle île ht .sViV»r/' ■imiiilr.
ment insfsté, nous pourrions montrer également que, sous tous les autres rapports, pour tout ce qui tient aux sentiments religieux et moraux, Téducalion sociétaire ne remporte pas moins sur l'éducation actuelle. Sans élever de controverses au sujet des croyances religieuses , sans sWmîscer dans les affaires du culte , Fourier cependant n'a laissé , on peut le dire , en dehors du cadre qu'il trace à r éducation, aucune de ces grandes idées relatives à la destinée ultérieure de l'homme : Dieu, l'immortalité de l'âme. Seulement, en sa qualité de réformateur industriel, et procédant du point de vue purement humain, il a dû s'attacher à signaler l'influence heureuse du milieu dans lequel il plaçait l'homme, quant à la religiosité et à la moraUté, quant aux sentiments de celui-ci, en un mot, ^oit envers la Divinité, soit envers ses semblables.
L'influence du milieu civilisé, au contraire, obscurcit ou efface toutes les notioiis du juste qu'on s'efforce d'inculquer à la jeunesse. En présence dés faits que leur met continuellement sous les yeux la Société actuelle, comment pourrait-on faire entrer dans. la tête des enfants et y eoH tretenir, vive et pure, l'idée de la justice? Ils voient d'une part l'oisif dans l'opulence , d'autre part le travailleur utile dans la détresse. Là, oh regorge de tout sans mériter; ici, l'on ne jouit de rien, quoique produisant tout. La i:ichesse est dévolue aux frelons de la ruche sociale. Pour donner aux enfants des leçons fructueuses de morale , il faut d'abord leur offrir le spectacle et l'exemple d'une société où règne la justice distributive (qui est \di justice - mère) y et où les bonnes mœurs soient observées. C'est l'opposé de la pratique d'aujourd'hui; c'est une condition que pourra seul réaliser l'Ordre sociétaire.
Nous avons vu les principales causes , tirées de la méthode d'initiation aux fonctions industrielles et du mode d'exercice du travail , qui enflammeront de zèle et d'ar-
THEORÏK SOCIÉTAIRE. 77
deur les enfants de la Phalange. D'autres causes influeront non moins heureusement pour développer chez eux Tamour et Thabitude de toutes les vertus. Et dans ce but, ce n*est pas aux leçons d'une morale verbeuse qu'on aura recours. On pourra dire des- mœurs phalanstériennes ce que dit, dans un drame de Gesner, une jeune princesse élevée au village où elle se trouve libre et heureuse : « Nos mœurs n sont simples, naturelles et s'apprennent toutes seules. n Parmi nous on ne voit personne en donner des leçons; » on s'en moquerait comme de quelqu'un qui voudrait ap- 7> prendre à un oiseau un autre chant que le sien. »
Ce qui nous rappelle encore ces vers de M. de Lîimartine dans Jocelyn : .
1 J'étais libre avec lui comme l'oiseau des champs , » Et tontes mes vertus n'étaient que mes penchants. >
Au Phalanstère^ on se garde bien de fatiguer l'enfant de sennons, de lui bourrer la tête de préceptes, qui ne servent la plupart du temps qu'à Fhébéter sans profit pour la morale ^ C'est par l'exemple surtout qu'on y parle aux enfants.
Ne rencontrant autour d'eux que bienveillance et affection , ils sont eux-mêmes animés de ces sentiments, soit
' li'instituteur d*Alcxandrc-lo-Grand , Aristote , avait bien remarqué « que a les jeunes gens n'ont point d'aptitude pour la morale et sont de mauvais dis* » ciples en ce genre. « [Mor. \'icom. , liv. I, chap. 1.)
Dans le mémo écrit, ce philosophe disait (liv. H, chap. 1.) , pour montrer que l'habitude ne peut rien contre les penchants naturels : « On a beau jeter n une pierre en haut mille iois de suite , elle n'eu acquiert pas plus de lenn dance à monter d'elle-même. >
Aristote touchait ici du doigt à la découverte de Fourier ( analogie de l'Attraction matérielle et dé l'Attraction passionnelle). Pourquoi ces grands esprits, qui ont brillé dans tous les âges, se sont -ils montrés si timides ou bien ont-ils apporte tant d'insouciance et d'inattention à déduire les conséquences de leurs observations les plus justes, qui auraient pu devenir si fécondes pour le progrès social, pour le bonheur des hommes? Il serait aisé d'en donner la raison principale, raison qui n'est guère à l'honneur des morales et des religions civUùées^ toutes aussi tolérantes à peu près les unes que les autres. Disons toutefois, à leur décharge , que cette intolérance est pour elles une nécessité do posHion . une condition d'existence.
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les uns à l'égard des autres, soit pour tout ce qui les entoure. Si déjà il sufBt, d'être compagnons d'étude, pendant une ou deux années, dans un établissement tel queFÉcole polytechnique, pour contracter des liens qui résistent ensuite dans le ûionde aux divergences d'intérêt, aux rivalités d'ambition , combien ne doit-on pas attendre des liens beaucoup plus forts et plus intimes qui uniront les jeunes Harmoniens , coopérateurs depuis l'enfance dans les mêmes Groupes et dans les mêmes Séries ! Sans cesse encouragés et stimulés à bien faire , n'ayant devant les yeux que des exemples de loyauté, de concorde et de dévouement, sentant l'harmonie en eux-mêmes et hors d'eux par F accord de leurs impulsions entre elles et avec tout ce qu'on exige d'eux, n'ayant jamais aucun intérêt à dissimuler, à feindre ni à mentir, ils seront droits, francs, ouverts, ils parleront toujours selon leur pensée et leur cœur.
C*én est fait de toutes ces qualités morales ; elles feront place à autant de vices , si les impulsions que l'enfant reçoit de ce qui l'environne sont en désaccord les unes avec les autres, comme il arrive dans l'état présent. Sur ce point, laissons parler Fourier lui-même, lorsqu'il analyse avec tant de sagacité et qu'il met en saillie d'une manière si piquante les enseignements contradictoires dont l'éducation civilisée se compose. >c Le tableau en serait plaisant, dit-il , si les résultats n'en étaient déplorables. »