B ET P
Le B est une consonne de la troisième classe. Il est au nombre des consonnes vocales, parce qu'il donne un son avant qu'on entende la voyelle qui l'accompagne, quoique ce son ne soit qu'un murmure sourd.
Pour la prononciation de cette lettre, les organes fonctionnent ainsi : l° La voix sonne ; 2° le nez est
fermé (1); 3° la langue est couchée; 4° les dents ne concourent pas à ce travail ; 5° les lèvres sont fermées.
Cette lettre a beaucoup d'affinité avec le P. Tous les physiologistes qui ont écrit sur le mécanisme de la parole, sont de cet avis et ne trouvent qu'une différence entre ces deux lettres, c'est que la prononciation du B s'exécute avec mollesse et que le P ne peut être articulé que durement. Les Allemands disent un B doux, un P dur.
Mais il ne faut pas se dissimuler que cette explication est loin d'être complète. En effet, si Ton avait à enseigner la prononciation du B à une personne qui, par suite d'un vice de langue, ne l'aurait jamais articulé, et qu'on se bornât à lui prescrire de le prononcer plus mollement que le P, elle exécuterait ce travail en prononçant le P un peu plus haut, pour toute modification.
Quelques physiologistes ont cm qu'en ajoutant un M au P, ils obtenaient une douceur d'émission qui changeait cette lettre en B. On pourrait supposer, en effet, qu'il se prononce comme s'il était précédé d'un M bref; mais une attention suffisante fait reconnaître cette erreur dont le motif est facile à saisir. En faisant cette expérience, on est assez naturellement amené à prolonger le B pendant quelques secondes, et on est conséquemment porté à laisser sortir la voix par le nez
(1) Le nez se ferme si imperceptiblement, que celui qui n'est pas habitué à faire dépareilles expériences, croit souvent avoir le nez fermé, tandis qu'il est ouvert, et vice versa. Dans tous les essais qu'on fera pour la prononciation du B, je conseille de comprimer le nez avec la main pour être convaincu qu'il n'en sort point d'air.
ouvert pour la l'aire sonner plus longtemps, ce qui doit nécessairement donner le son d'un M et confirmer le préjugé dont il s'agit. Un axiome reconnu, c'est que « avec la bouche fermée et le nez ouvert, on ne peut prononcer aucune lettre excepté l'M. » Aussi, dans les expériences sur le B isolé ou placé au commencement d'un mot, on pourrait trouver quelque justesse dans l'idée que je combats. Mais en observant le B posé entre deux voyelles, comme dans le mot ubi, on peut se convaincre qu'il ne reste plus la moindre trace de l'M. Donc il existe une autre cause de différence entre leBetleP.
Dans le mécanisme de la parole, il y a des bagatelles presque imperceptibles qui sont de la plus haute importance et sans lesquelles le son voulu ne peut être nettement produit. C'est le cas de la lettre B en particulier ; cependant mes observations pourront s'appliquer aux lettres D— T, Ga— K. La principale, c'est qu'avec le B la voix sonne toujours et qu'elle ne sonne pas avec le P.
Je ne pourrais point déterminer exactement la différence du B au P sans achever de faire connaître l'essence de cette dernière lettre. La voici : en prononçant le P, la bouche et le nez sont fermés comme pour prononcer le B ; mais la voix n'y entre pour rien. — L'air contenu dans la bouche est fortement comprimé par celui qui est poussé hors des poumons et qui cherche à s'échapper. Les lèvres, fermées et énergiquement comprimées, s'opposent d'abord à cette sortie ; lorsque leur opposition n'est plus en proportion suffisante avec la pression de l'air enfermé, celui-ci
- Ml —
force Je passage à travers les lèvres et sort avec impétuosité (1). Au même instant, la voyelle qui doit accompagner le P et qui est déjà prête à être entendue, accomplit son articidation.
Tout au contraire, le B commence d'abord par la voix qui l'accompagne pendant toute sa durée, et ceci ferait déjà une grande différence avec le P qui reste tout à fait muet ; d'autres nuances la rendront plus sensible encore par la pratique de l'accentuation.
La prononciation de cette lettre n'est pas une chose qu'on puisse apprendre facilement à quelqu'un qui ne l'auraitjamais exécutée; il faudrait alors appliquer avec discernement et méthode tous les enseignements qui précèdent, et avec de la persévérance on réussirait aisément. Il serait bon de commencer par des mots où le B est précédé d'un M, comme sombre, humble ; car ici l'M prononcé à bouche fermée fait les fonctions du son sourd dont nous avons parlé plus haut, qui doit toujours précéder le B.
Cette lettre se prononce généralement bien. 11 n'y a guère que les Allemands qui l'altèrent en l'échangeant avec le P. La connaissance approfondie de la langue française ne leur suffit pas pour éviter ce défaut ; ils ne peuvent obtenir une articulation convenable de ces consonnes qu'avec les études spéciales que nous venons d'indiquer.
(1) Il faut se rappeler ici que la voix n'est pas autre chose qu'un courant d'air. Afin de l'entretenir, l'air, chassé de la trachée-artère, avance pour faire place à celui qui le suit. Dès que cette actiou est interrompue, il faut nécessairement que la voix cesse, comme un courant d'eau dont on a fermé les écluses.
D et T.
Le D est aussi une consonne de la troisième classe. Entre cette lettre et le B il n'existe qu'une légère différence; c'est que, dans la prononciation duB, ce sont les lèvres qui ferment le passage à l'air, et que c'est la langue qui fait cette fonction pour ce qui concerne le D. Tout le reste est semblable. L'affinité qui existe entre le D et le T est la même que celle du B et du P; ce que nous avons dit du P dur et du B doux est applicable au T dur et au D doux.
Pour la prononciation du D, les organes sont ainsi posés : La voix sonne, le nez est fermé, la pointe de la langue est aplatie et appuyée au palais, derrière les dents supérieures; puis, dans le retentissement de cette lettre, l'extrémité de la langue se déplace avec effort et frappe vivement la partie inférieure de la bouche; les dents n'ont aucune part à l'action, les lèvres sont ouvertes.
La position du T est exactement celle du D. Mais bien que ces consonnes soient à peu près semblables, il existe entre elles une différence : c'est que le T est une consonne de la première classe, c'est-à-dire muette, parce que pour sa prononciation la voix se tait entièrement, et que l'air comprimé éclate lorsqu'on ôte la langue du palais, tandis que pour le D la voix sonne. Donc le T n'a point de son en lui-même et ne devient intelligible que par le son suivant ou par la seule éruption de l'air qui produit quelque bruit. Le son qui le suit immédiatement pour le faire entendre ne peut jamais être une consonne de la
première classe ou muette, il faut toujours qu'il soit de Tune des trois autres classes, et encore il en est de celles-là qui ne se combinent pas avec le T, comme par exemple h B, D, G, CH, M, J, Z. Les consonnes qui se lient avec le T sont F, H, N, R, V. Le motif de cet éloignement et de cette alliance consiste dans la différence ou l'analogie de la position des organes pour la prononciation simultanée des deux lettres.
Ainsi le D est plus facile à prononcer lorsqu'il est précédé d'une N, comme le mot onde, parce que les organes de la parole sont dans la même position pour l'N que pour le D, et que la voix qui, pour le D doit paraître renfermée, sonne par le nez pour l'N; ce qui facilite évidemment le passage de cette lettre au D.
Quant aux défauts de prononciation remarqués dans les lettres D et T, ils sont à peu près nuls, si ce n'est l'erreur commune aux Allemands qui échangent la prononciation de ces lettres, ce qui ne constitue pas un vice dans la parole. Le T est, après le P, la lettre la plus facile à articuler de tout l'alphabet. Cependant il se trouve des individus qui, au lieu d'appliquer la pointe de la langue au palais, la maintiennent contre les dents inférieures. Mais cette prononciation étant l'un des caractères de l'idiotisme, je n'ai pas à m'en occuper.
F et V.
L'F est une consonne de la seconde classe, c'est-àdire une consonne soufflée ; pour la prononcer, les organes sont ainsi posés : La glotte se tait, le nez est fermé, la langue est couchée, les dents incisives supé-
rieures sont appuyées contre les bords de la lèvre inférieure ; les lèvres sont un peu plus serrées qu'au premier degré. La lèvre inférieure est un peu tirée en dedans, de sorte que son bord intérieur touche le tranchant des dents supérieures, à une petite ouverture longitudinale près, qu'elle laisse au milieu.
Lorsque, dans cette position, l'air est chassé avec une force médiocre, il en résulte un bruit semblable à celui que fait l'eau courante ou bouillante. Mais pour faire ce bruit qui seul peut donner à TF son véritable caractère, il faut absolument que l'ouverture par laquelle l'air est pressé soit conformée de sorte qu'une partie de ses bords soit plate ou épaisse et que l'autre soit tranchante. De cette manière, l'air se trouve aiguisé ; il n'en résulte pas un ton sifflant, mais bouillonnant, pour ainsi dire.
Comme les dents sont indispensables pour ce travail, les enfants ou les personnes qui ont perdu les incisives ne peuvent faire entendre un F assez net et assez tranchant. Ils se servent, pour l'exécuter, des. deux lèvres qu'ils serrent, en y ménageant une petite ouverture, comme s'ils voulaient souffler délicatement sur quelque chose. Ce procédé donne un ton approximatif, mais ne produit pas le bruit bouillonnant indispensable pour l'articulation normale de cette lettre.
La position du V est exactement celle de l'F et n'en diffère que pour un seul motif , c'est que pour le prononcer on laisse sonner la voix, ce qui le classe parmi les consonnes soufflantes et vocales en même temps.
Si, par exemple , en se préparant à prononcer le mot fente, on étend pendant quelques instants le son
soufflant de la première lettre et que , sans y rien changer, on laisse sonner la voix dans la même position, l'F se transformera en V; on obtiendra le mot vente qui exprimera une idée différente.
Lorsque les dents sont dans l'état naturel, la prononciation de ces deux lettres n'est guère sujette à d'autres inconvénients qu'à l'échange que les Allemands font entre elles. Cependant, il se trouve des individus qui commettent une erreur plus grave : au heu de se servir, pour articuler l'F, des dents supérieures et de la lèvre inférieure, ils font le contraire et posent les dents inférieures contre la lèvre supérieure. On peut, en effet, produire un bon F de cette manière, car il est indifférent pour le principe que l'air soit aiguisé par le tranchant du haut ou par celui du bas. Mais une oreille exercée observera toujours une différence dans cette prononciation, surtout lorsque dans une syllabe cette consonne est liée avec d'autres lettres, car la transition qui a eu heu, gêne et choque l'oreille.
U existe dans la prononciation de VF un défaut plus sérieux et plus rare, qui est dû à un vice de conformation. Lorsque les dents incisives sont trop séparées, elles laissent passer plus d'air qu'il n'est nécessaire et conséquemment elles ne peuvent pas causer le souffle bruyant. Les personnes qui ont ce défaut ne peuvent en corriger les effets qu'en prononçant VF avec les dents inférieures, comme je viens de le décrire un peu plus haut. Si elles le font avec les dents supérieures, elles s'aident alors des dents voisines, c'est-à-dire des canines. Mais, de cette manière, l'F ne se prononce plus
au centre de la bouche, ce qui non-seulement lui donne un ton remarquablement faux, mais fait aussi faire une contorsion à tout le visage.
Or ET K.
Le G se prononce diversement dans presque toutes les langues. Les Français eux-mêmes lui donnent, suivant sa position près de certaines lettres, l'articulation du J. Nous ne devons nous en occuper ici que dans ses rapports avec le gamma grec qui diffère de toutes les autres lettres.
C'est une consonne de troisième classe (vocale); les organes, en le produisant, ont la position suivante : La glotte sonne, le nez est fermé, la pointe de la langue est appuyée aux dents inférieures et sa partie postérieure à la partie molle du palais, de sorte qu-elle ferme le passage de l'air ; les dents n'ont point de part à son exécution; les lèvres sont ouvertes à différents degrés selon la préparation qu'exige la voyelle qui suit.
Cette lettre est une consonne vocale composée, parce qu'elle ne peut pas être entendue dans sa première position, mais seulement par sa transition à une autre et ne devient intelligible que par le passage de la voix à une autre lettre.
0 y a entre le G et le K la même affinité qu'on remarque entre les couples de consonnes que nous avons précédemment décrites. Nous venons de dire, enparlantduG, tout ce qui est relatifà la lettre K ; pour donner à la première le son de la seconde, la voix se borne à sonner d'une manière sourde et renfermée.
Voici, du reste, qu'elle est la position des organes
pour la prononciation du K : La langue qui, dans son état normal, est couchée horizontalement et touche avec ses bords les dents inférieures, contracte ses deux bords latéraux vers le centre, et par là se redresse. Sa pointe reste appuyée contre les dents inférieures ; sa partie postérieure touche la partie molle du palais et couvre tout le derrière de la bouche en fermant exactement le passage de Fair.
Tout le reste de la théorie est le même que pour le P et le T ; si ce n'est que pour le P Fair doit remplir tout Fespace de la bouche, parce que les lèvres s'opposent à sa sortie, et pour le T Fair comble un espace plus étroit, parce que la langue ne sépare, comme une cloison, que la moitié de la bouche.
Pour le G, au contraire, la partie postérieure de la langue ferme d'abord l'entrée du gosier, par conséquent l'air ne remplit qu'un espace beaucoup plus petit. Donc, Fair se trouvant légèrement comprimé par la pression des poumons, et la langue se détachant subitement de la partie molle du palais, la sortie de l'air occasionne un bruit qui est l'articulation du K et qui devient encore plus intelligible lorsque le K est suivi d'une autre lettre.
Pour faire un G avec la lettre K on n'y change qu'une chose (1) : pendant la position de cette der-
(t) Denis d'Halicaruasse, ordinairement très-explicite dans ses définitions, se borne à dire de ces lettres : Nec ullo habituve sibiinvicem differunt, nisi quod tenuiter K pronunciatur, X dense, G mediocriter ac média inter eas ratione. Sunt autem prœstantissimœ, quœ spirilu copioso proferuntur, quibus pmnmœ sunt, quœ medio , quœ vero tenuissimo, eœ omnium deterrimœ. ( Vol, V. de Comp. verb.)
nière lettre, on fait sonner la voix d'une manière renfermée, comme je l'ai expliqué dans ma description duB.
Je dis, dans la position des organes , que les lèvres sont ouvertes à différents degrés. On doit l'entendre ainsi : le gosier étant exactement fermé par la partie postérieure de la langue, ce qui se passe au devant de cette cloison devient indifférent. Il importe peu que les deux rangs de dents soient plus ou moins rapprochés et que les lèvres soient ouvertes ou fermées, car le son du G ne se fait entendre qu'après que la langue a abandonné la partie molle du palais. Alors tout dépend de l'ouverture que la voix trouve ; si elle est faite pour un a, pour un o ou pour un i, il suffît que le G ne devienne intelligible que par la transition à une autre lettre. La nature se sert de cette occasion et prépare les lèvres pendant la durée du G à la lettre suivante , pour éviter dans ceci , comme dans toutes les actions, un saut violent d'une situation à une autre. Ainsi, lorsque nous disons goût, les lèvres, pendant la prononciation du G, sont déjà dans la position nécessaire pour Y ou, c'est-à-dire ouvertes au premier degré, et dès que la langue abandonne la partie molle du palais, on entend You sans autre mouvement de la bouche. En prononçant le mot gant les lèvres sont beaucoup plus ouvertes. (Ces observations sont applicables au D, T, K, L et à plusieurs autres lettres, ainsi que chacun pourra le reconnaître aisément.)
Lorsque le G se trouve à la fin d'un mot, comme dans long, Yn et le g perdent leur qualité principale dans ce cas, et se réunissent de façon à produire un
troisième son. L'N ordinaire se prononce en appliquant la langue aplatie contre le palais, d'abord derrière les dents supérieures, et force ainsi la voix à sortir par le nez ouvert ; mais, lorsqu'il est suivi d'un G, il est produit par la langue qui s'appuie avec la partie postérieure contre la partie molle du palais, comme l'exige le G, et laisse sortir la voix par le nez, ce qui domie un son ressemblant à l'N , mais qui en diffère cependant beaucoup. Le G change sa qualité principale, parce que le nez reste ici ouvert et que par conséquent la voix , qui devrait avoir un son renfermé , sort librement par ce canal. Ainsi, comme l'N prend la position de la langue particulière au G, et celui-ci l'ouverture du nez qui appartient à l'N , les deux lettres se confondent et forment un troisième son.
£i l'on excepte les échanges tudesques dont nous avons déjà parlé, il n'y a point de défauts dans la prononciation du G. Lorsque les enfants commencent à parler, ils mettent ordinairement un T au lieu du K; une éducation négligée peut seule leur laisser ce défaut dans un âge plus avancé ; l'observation des principes suffirait pour le corriger aisément.
Nota. La prononciation des lettres G et Q étant semblable en tous points à celle du K, n'exige point de description particulière.
Cette lettre fait partie de la seconde classe des consonnes (soufflées). Elle comporte en français deux acceptions, celle où elle est aspirée, pour me servir d'une expression usitée dont je vais démontrer toute la
fausseté, et celle oîi elle figure à la suite du C. Je ne parlerai pas d'une troisième nature de cette lettre : celle où elle existe pour l'aspect seulement de la langue écrite, au commencement des mots, à la condition de ne pas être plus articulée que si elle n'existait pas : comme dans les mots homme, habitude.
Le mot aspiré universellement admis pour désigner l'un des caractères de cettre lettre, présente un sens directement opposé à celui qu'il devrait exprimer, car ce n'est point en aspirant l'haleine que cette lettre est prononcée , mais en l'expirant. Tout le monde sait cela, mais personne ne s'est jamais avisé de signaler le contre-sens, parce qu'en France les abus les plus criants se commettent tous les jours , coram populo , avec la seule excuse de l'habitude. — Il va sans dire que je n'entends parler ici que de la prononciation des consonnes, et nullement d'autre chose.
Pour l'articulation de VB aspirée, les organes fonctionnent de la manière suivante : La glotte est placée comme pour l'émission d'une voyelle, même indication pour les dents et les lèvres ; le nez est fermé ; la langue est refoulée vers Y isthme du gosier lorsqu'on veut donner quelque exagération à la prononciation de cette consonne ; dans les cas ordinaires, elle ne compte pour rien dans l'articulation de la voyelle qui la suit; seulement l'article qui précède le mot s'écrit suivant son caractère générique comme la hauteur, et l'E muet qui termine les mots placés devant cette lettre doit sonner comme s'il était placé devant une consonne dans un vers, comme cette hauteur.
U me reste peu de chose à dire de l'H, qui est une
lettre principalement étymologique et dont la prononciation au milieu des mots ne change nullement l'articulation de la voyelle qui la suit.
Il est bien entendu que je ne parle que de la langue française; en allemand l'H joue un grand rôle, mais je n'ai pas à m'en occuper ici. Les Italiens, dont la langue, éminemment musicale, ne peut rester étrangère à mon travail, ne la prononcent jamais ; ils n'ont pas même un mot propre pour la nommer quand elle est isolée. Les Florentins seuls s'en servent et ne donnent que trop souvent son caractère aux autres lettres.
Du reste, on trouve rarement des défauts dans la prononciation de cette consonne, lorsqu'elle est aspirée. Pour ma part, je n'en ai jamais remarqué aucun, et les auteurs qui ont écrit sur les vices de la langue, sont unanimes à ce sujet. Mais, lorsque cette lettre est précédée d'un c, comme dans chien, elle est sujette à des échanges : beaucoup de gens la prononcent comme une s ou plutôt comme un c et disent sien pour chien, et ceval pour cheval. Ce défaut, qui porte le caractère de l'afféterie , provient ordinairement des mauvaises habitudes qu'on tolère mal à propos chez les enfants, à cause de la gentillesse qu'elles présentent. Les plus simples efforts d'attention suffisent pour corriger cette petite erreur.
Je n'ai donné les règles de la prononciation du G que dans son acception du gamma grec, comme dans le mot goût. Son autre articulation, celle qui a lieu dans génie, étant dans notre langue absolument la même que celle du J, je n'aurai besoin que d'une seule
définition pour ces deux lettres, dont la formation est identique.
Le J est une consonne de la quatrième classe, c'està-dire vocale et soufflée en même temps. Dans la prononciation de cette lettre le sifflement produit par le ton de la voix est d'abord retenu dans la bouche et poussé ensuite au dehors par une très-petite ouverture.
Les organes fonctionnent ainsi : La voix sotine , le nez est fermé, les dents sont serrées, les lèvres ouvertes, la partie postérieure de la langue s'éloigne du palais, sa pointe se redresse et ménage à l'air un étroit passage, afin de lui donner la force dont il a besoin.
La formation du J et du CH ont entre eux la plus grande affinité. Leur position est la môme et ne diffère que parce que dans le CH l'air agit seul , tandis que pour le J la voix y concourt aussi. De cette ressemblance provient réchange que font entre ces consonnes les Allemands et des provinces françaises tout entières, où Ton dit cfie ne chure charriais; pour : je ne jure jamais. Lorsqu'on veut enseigner aux personnes atteintes de ce défaut la prononciation normale du J, il faut leur laisser prolonger le CH pendant quelque temps et leur prescrire ensuite de faire sonner la voix. Elles s'étonneront d'avoir trouvé si aisément le ton qu'elles croyaient si difficile.
Le K est une consonne de la première classe (muette) ; elle ne peut être entendue sans l'aide d'une autre lettre.
La position des organes de la parole pour la prononciation est la même que pour le G, si ce n'est que pour cette dernière lettre la voix sonne, et qu'elle est muette pour le K. Gomme j'ai fait la description de cette consonne en parlant du G, j'y renvoie mes lecteurs, pour éviter, dans ce travail déjà trop aride, les répétitions inutiles. Je n'ai que peu de chose à ajouter ici à ce que j'en ai déjà dit.
La prononciation de cette lettre est égale chez toutes les nations; mais quelques-unes, les Français entre autres, se servent, pour conserver l'étymologie , d'un caractère ou dessin différent pour la marquer, et mettent le C ou le Q à sa place, comme dans les mots quand et court que l'on pourrait très-bien écrire avec un K.
Cette lettre se prononce généralement bien, et les défauts en sont rares. Lorsque les enfants commencent à parler, ils lui substituent ordinairement le T, et disent tommencer, pour commencer. S'ils conservent parfois ce défaut dans un âge plus avancé, la faute en doit être attribuée, comme je l'ai dit plusieurs fois, au peu de surveillance dans ime matière dont l'importance n'est malheureusement point immédiate.
L'L, qui est un des sons principaux de la voix, appartient à la troisième classe des consonnes qu'on nomme vocales simples parce qu'elles conservent pendant toute leur durée la même position des organes, qui est celle-ci pour VL : — La voix sonne , le nez est fermé , la pointe de la langue est appuyée au palais,
derrière les dents incisives supérieures ; tandis que le reste de cet organe est couché, les dents ne remplissent aucune fonction, les lèvres sont entrouvertes.
Il y a deux sortes d'L en français : FL commun, que l'on prononce comme dans vol et folle, et FL mouillé, comme dans le mot fille.
Pour la prononciation de l'un et de Fautre, le principe fondamental est que la langue doit partager la voix en deux parties , en opérant de la manière suivante : — Lorsque la langue aplatie appuie sa pointe derrière les dents incisives supérieures , en laissant sa partie postérieure dans sa position naturelle, il existe alors, des deux côtés, près des dernières màchelières, une ouverture qui peut donner passage à la voix. Ceci est en résumé toute la description de la lettre L, et je n'ai plus qu'à en démontrer l'exactitude.
En parlant de la lettre B, j'ai dit que quand toutes les issues sont fermées à la voix, elle peut encore sonner pendant la durée d'une seconde. Pour FL, on peut prolonger cet espace de temps pendant plus de dix secondes. Donc, la voix trouve un dégagement quelque part. Ce n'est point par le nez qui est fermé, comme on peut facilement en avoir la preuve en le serrant avec ses doigts. La voix ne peut pas non plus faire irruption par le canal ordinaire et droit de, la langue, parce qu'elle est exactement serrée par devant et aussi loin qu'il est possible de voir dans la bouche ; on peut s'en assurer en se plaçant devant un miroir. Cette issue ne peut donc exister qu'au bout postérieur de la langue. Pour en avoir la preuve et pour lever tous les doutes à ce sujet, on n'a qu'à mettre la langue dans la position
de PL, et souiller avec quelque effort, «ans faire sonner la voix ; on sentira ce souffle aux bords postérieurs de la langue, par-dessus lesquels il passe, et aux côtés intérieurs des joues, contre lesquels il heurte. Si cette expérience est répétée plusieurs fois, les parties des bords de la langue sur lesquelles le vent passe deviendront sèches et resteront ainsi pendant quelque temps. "
L'L mouillé diffère de PL commun en ce que la langue ne ferme pas le canal avec sa pointe, mais avec sa partie du milieu. Dans cette position la langue est redressée en arc, sa pointe abaissée et serrée contre les dents inférieures de devant. La partie du milieu s'appuie fortement au palais, et de cette manière ferme le canal de la langue, de façon néanmoins que les ouvertures nécessaires restent des deux côtés comme pour PL ordinaire.
La prononciation de PL est souvent entachée d'une blésité qui consiste dans un certain mélange de l'articulation naturelle à cette consonne, et le sifflement qui caractérise le CH. Cette faute provient de l'exécution incorrecte du principe fondamental de PL, qui veut que la langue partage la voix en deux parties. Lorsque la langue, au lieu de laisser des deux côtés de la bouche une ouverture qui doit donner passage à la voix (comme je l'ai dit précédemment), prend l'habitude de s'incliner sur l'une des deux parties latérales de la bouche, il résulte de cette position anormale que la voix ne peut plus passer de ce côté, et qu'en se portant sur l'autre, elle trouve une issue trop libre qui
produit, en même temps que la prononciation de l'L, un courant d'air exempt de son.
L'action de ce sifflement, ou plutôt de ce souffle, provient donc de la trop grande largeur du passage qui est offert au vent, mais il n'en est point le résultat nécessaire et indispensable. On peut prononcer exactement l'L dans cette mauvaise position de la langue sans y joindre le sifflement qui la gâte et qui suit l'articulation de cette consonne plutôt qu'il ne l'accompagne, car ce sifflement exige un effort à part. Il doit donc exister beaucoup de personnes dont la langue n'est points en prononçant l'L, dans la position précise qu'elle devrait avoir, et qui cependant ne sont point atteintes de blésité. Ce défaut, qui dépare le langage d'une manière si notable, est simplement l'effet d'une mauvaise habitude dans laquelle ne peuvent point tomber les individus qui posent leur langue correctement. On peut, lorsqu'on est susceptible de soins et de patience, corriger la prononciation ainsi viciée, en essayant de supprimer l'action aphonique de l'air qui suit la formation du son de l'L, et en cherchant la position normale de la langue. J'ai entrepris plusieurs fois cette cure, et j'ai obtenu en peu de temps le succès le plus complet.
L'M est un son franchement nasal et non point labial, comme l'ont avancé plusieurs physiologistes, qui fondent leur opinion sur le mouvement qu'exécutent les lèvres en s'ouvrant, lorsqu'on prononce cette consonne au commencement d'un mot, et en se fer-
mant, lorsqu'on l'articule à la fin ou au milieu d'une parole. Quand on donne à une lettre la dénomination d'un des organes de la parole, il faut que ce soit celui qui domine, c'est-à-dire qui contribue le plus à la formation. Or, dans le cas dont il s'agit, les lèvres sont dans une position purement passive, puisqu'elles doivent simplement fermer la bouche ; tandis que le nez joue le principal rôle, attendu que l'M et l'N sont les seules lettres pour l'articulation desquelles la voix ne sort point par la bouche, comme pour toutes les autres de l'alphabet, mais par les fosses nasales. Puisque c'est le nez qui s'ouvre pour y laisser passer la voix qui ne doit sonner que de cette manière, il accomplit ainsi un acte qui lui appartient en propre ; il est l'organe actif de la formation de cette lettre.
Donc l'M est une consonne vocale simple, et fait partie de la troisième classe. C'est la plus facile des consonnes, comme l'A est la plus simple des voyelles ; c'est celle que les enfants prononcent la première, et dont l'articulation est la plus nette et la plus exempte de modification, puisque ce son ne peut exister qu'à la condition d'être complètement déterminé. Il ne peut être imité par aucun son labial, attendu que si l'on essaie d'en mettre un à sa place, tout le caractère de l'M disparaît ; car de même que les idées d'ouverture et de clôture impliquent une contradiction évidente, de même un son labial ne peut produire un M, puisque le caractère fondamental des sons labiaux est que la voix ou l'air vide de voix doit sortir (le nez étant fermé) par une ouverture plus ou moins grande de la
bouche, et que, d'un autre côté, il est impossible de prononcer l'M si la bouche n'est point exactement close et le nez entièrement ouvert.
Les organes de la parole sont dans la position suivante-: La voix sonne, le nez est ouvert, la langue est couchée, les deux rangées de dents sont légèrement éloignées Tune de l'autre, les lèvres sont fermées.
J'ai dit que l'M n'était sujette à aucune erreur, à moins de n'être pas elle-même. On ne peut donc l'altérer qu'en lui substituant une autre lettre, et c'est ce que tbnt les individus dont le nez est bouché : ils échangent cette consonne avec le B, et disent : banger au lieu de manger. Mais ceci n'établit aucune ressemblance ni affinité entre les deux lettres. Ce vice de langue est un de ceux qui proviennent de l'altération ou de la conformation anormale d'un organe. Si la pathologie ne peut rien pour sa cure, l'art doit naturellement y renoncer. Mais cette indisposition, lors même qu'elle provient de naissance, peut céder à un traitement hygiénique administré convenablement, et il serait peu rationnel de désespérer de sa guérison, parce qu'un essai mal dirigé aurait échoué, ou qu'on n'en aurait point fait du tout.
Il faut considérer l'N sous quatre aspects différents et entièrement distincts les uns des autres : lorsqu'elle commence un mot , lorsqu'elle se trouve au milieu , lorsqu'elle forme une diphthongue, et quand elle est précédée d'un G.
Cette consonne, qui est comme l'M un son nasal, est
de la troisième classe (vocale simple). Pour sa prononciation, la position des organes est celle-ci : La voix sonne, le nez est ouvert , la langue est appuyée avec sa pointe aplatie au palais, immédiatement derrière les dents incisives supérieures et ferme entièrement son canal, les dents ne prennent aucune part à l'articulation de cette lettre, Les lèvres sont entr 'ouvertes.
On voit qu'il n'existe entre l'N et l'M, pour la position des organes, qu'une différence : c'est que pour VU le canal de la langue est fermé par les lèvres, et que pour l'N c'est par la langue elle-même.
Dans la prononciation des diphthongues formées par l'N, la langue ferme son canal avec sa partie postérieure , qu'elle redresse en prenant la position nécessaire au gamma. On conserve cette position lorsque l'N est suivie d'un G ou d'un K. Car l'N ne demande après l'ouverture du nez que la clôture du canal de la langue , et comme la lettre qui suit l'N n'exige que cette dernière condition, la nature suit ici le chemin le plus court, elle applique d'avance la position de la lettre suivante à l'N ; puis elle n'a plus qu'à fermer le nez lorsque le G ou le K doivent sonner.
Le nez doit être fermé pour la prononciation de toutes les voyelles ; mais lorsqu'elles sont suivies d'une N elles ne peuvent être articulées qu a nez ouvert. — Cette position épargne le concours de plusieurs mouvements, qu'il serait difficile d'exécuter avec exactitude et rapidité. Le nez étant déjà ouvert pendant la prononciation de la voyelle qui précède, Vm n'a besoin d'autre mouvement pour l'N que d'appuyer la
pointe de la langue au palais. Au contraire, si le nez était fermé pendant la prononciation de la voyelle, il faudrait qu'en s'ouvrant pour l'N ce mouvement s'exécutât au moment précis où la langue s'appuie contre le palais, et alors, malgré toute l'exactitude qu'on pourrait apporter, on entendrait toujours entre la voyelle et l'N un son intermédiaire.
La différence qui existe entre la prononciation» du GN, comme dans le mot seigneur, et les sons précédents consiste dans un changement de la position de la langue, qui, dans ce cas, ne se dresse ni par sa pointe, ni par sa partie postérieure, mais s'élève par le centre et ferme le canal de la bouche en s'appuyant au palais. Ceci confirme une théorie que j'ai déjà développée dans d'autres circonstances : c'est que « la différence des tons dépend beaucoup de la grandeur de l'espace que l'air doit remplir dans la bouche. » 11 en est tout naturellement de même pour le nez, et Vallis remarque avec raison que l'espace par lequel la voix traverse cet organe est de grande conséquence, lorsqu'il dit dans sa formation des sons : Si vero spirùus totus ad nares dirigatur, aerem in oris concavo manentem solummodo in transite concutiens.
Le seul défaut qu'on remarque dans la prononciation de l'N est, comme pour FM, son échange avec une autre lettre. Les personnes qui ont le nez bouché disent ordinairement lourrir au lieu de nourrir. Elles mettent ainsi la langue dans la position voulue pour l'N ; mais l'air ne pouvant passer par le nez, elles lui procurent une autre issue sans changer la position principale de l'N : elles appuient fortement la pointe de
la langue au palais, mais elles abaissent le milieu de la langue de manière à ce que l'air puisse sortir de deux côtés, ce qui donne une L, d'après les principes que j'ai établis pour cette lettre.
Je ne parle pas ici des fautes que commettent les étrangers en prononçant la lettre N dans le milieu ou à la fin des mots. Ceci est une affaire d'habitude, qui ne se rattache que subsidiairement à la nature de mon travail. Les conditions de la prononciation étant indiquées, c'est à l'observation et à la pratique d'obtenir les résultats voulus.
11 y a des professeurs qui, regardant avec raison le nasonnement comme un fort grand défaut, se préoccupent d'une singulière idée. Ils ignorent d'une part que l'M et l'N ne peuvent être exécutés que par le nez, mais ils savent d'un autre côté, comme tout le monde, que l'ouverture intempestive des fosses nasales produit le nasonnement qu'ils veulent éviter. Pour arriver à ce résultat, ils s'efforcent ingénument et sans le moindre succès, cela va sans dire, d'obtenir que leurs élèves ne fassent point sonner le nez dans les diphthongues auxquelles participent l'M et l'N.
Or, le nasonnement, comme nous l'avons vu dans le chapitre où j'ai traité des attributions du son, provient d'une pose erronée, et non pas de l'articulation naturelle aux deux consonnes dont il s'agit. Il est important de leur laisser leur caractère éminemment nasal, tout en surveillant les abus qui peuvent se glisser dans la couleur du son, si l'on veut bien me passer cette expression , pour laquelle j 'ai déjà demandé grâce à mes lecteurs.