ABUS DES EXERCICES MUSCULAIRES
J'ai dit précédemment que le chanteur, en raison de la suraction presque habituelle de ses poumons et la dépense considérable de carbone qui en est la conséquence, pourrait se dispenser en quelque sorte de tout autre exercice. On doit conclure de ce précepte que les mouvements qui entraînent la fatigue musculaire et qui sont salutaires aux autres hommes peuvent lui devenir nuisibles dès qu'ils arrivent à la moindre exagération, parce qu'ils s'ajoutent à celui du chant, qui seul suffit presque à son organisme. 11 faut donc
qu'il évite la course, la marche prolongée, les conversations bruyantes, les rires immodérés, et surtout la lecture à haute voix.
Les personnes auxquelles l'art de la.vocale est complètement étranger peuvent seules agiter la question de savoir si l'exercice du chant est plus fatiguant que la lecture parlée. Un bon chanteur peut aisément suffire à un travail de plusieurs heures, tandis qu'au bout de dix minutes la lecture à haute voix produit des résultats désagréables et quelquefois pénibles ; la salive se tarit , la voix se détimbre , la soif se fait sentir ; on éprouve enfin dans les muscles du thorax une lassitude qui leur est particulière, et qui devient bientôt insupportable lorsque l'effort se continue. Les artistes qui jouent l'opéra-comique se fatiguent plus en parlant qu'en chantant, quoique l'action posée et entrecoupée du dialogue ne puisse dans aucun cas être comparée à celle de la lecture incessante et rapide.
Quelques chanteurs poussent la prudence jusqu'à s'abstenir de l'exercice de la parole les jours où leur voix doit se faire entendre dans quelque solennité, afin de conserver au timbre ce velouté, cette fraîcheur que le moindre effort suffit pour altérer. J'approuve beaucoup cette réserve qui n'a rien d'excessif et dont je ne me suis jamais départi moi-même dans le cours de ma carrière vocale. Toutes les fois que je devais paraître en public le soir, je m'isolais chez moi pendant la journée, et je me préparais par un repos absolu à l'acte important qui devait la terminer. J'ai toujours évité les conversations qui ressemblent à des disputes et les éclats de rire qui provoquent dans le larynx une
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fatigue dont les résultats sont la dessication de l'organe et la tension spasmodique des cordes vocales.
Mais j'ai fait avec un succès prodigieux, sous l'habile direction de M. Amoros, une gymnastique raisonnée qui m'a donné la précieuse connaissance de l'emploi des moyens musculaires, et pendant dix ans j'ai pratiqué journellement l'escrime avec l'illustre Lafougère. J'ai dû à ces habitudes, prudemment réglées, une activité qui a décuplé mes forces. Elles ont donné à ma santé, qui était délicate et même débile dans ma première jeunesse, une vigueur qui ne s'est jamais démentie un seul instant jusqu'aujourd'hui. Sous ses divers aspects d'utilité, sous le rapport de l'hygiène surtout, je regarde la gymnastique comme la base de l'éducation physique, et je la conseille vivement à tous mes lecteurs, sans distinction de sexe ni d'âge.