‹ Théories complètes du chantChapitre 44 sur 53 · VÊTEMENTS · texte numérisé non relu

VÊTEMENTS

La gymnastique vocale fréquemment répétée développe dans les poumons une susceptibilité qui demande des soins et des ménagements tout particuliers. L'examen des vêtements destinés à protéger la poitrine n'est pas dénué d'intérêt. Le chanteur devra taire usage de la flanelle, qui possède l'inappréciable avantage d'entretenir une chaleur toujours égale et d'être éminemment favorable aux fonctions de l'enveloppe cutanée. On comprend que l'importance de ce conseil n'a rien d'absolu, et qu'elle est subordonnée aux dispositions individuelles ainsi qu'aux conditions climatériques.

Quant aux vêtements je n'ai que peu de choses à en dire, et mes observations porteront seulement sur la cravate et le corset dont on fait un si regrettable usage.

Il est indispensable que, pendant l'exercice vocal, le cou et la poitrine soient dans une liberté complète, ou du moins qu'ils ne soient pas condamnés à l'horrible

contrainte des vêtements à la mode. Mes explications sur le mécanisme de la respiration doivent faire apprécier toute la valeur de ce conseil. Nous avons vu que les inspirations dilatent sensiblement les cavités thoraciques ; si elles rencontrent dans un corset bien serré une résistance invincible, le fonctionnement pulmonaire éprouvera une gêne qui se faira sentir dans l'exécution vocale et qui finira par exercer une fâcheuse influence sur la santé. Car l'action nuisible du corset empêchera les inspirations complètes, et elle s'opposera aux ménagements de l'expiration dont la délicatesse forme, comme je l'ai suffisamment expliqué au commencement de cet ouvrage, tout le secret de la pose du son (1).

La cravate, de son côté, gêne, par une indiscrète et fatale compression, l'organe même du chant; elle entraîne ime préoccupatiomjui nuit nécessairement aux combinaisons minutieuses de l'exécution. Elle peut d'ailleurs amener des accidents graves dont M. Londle parle dans ses Nouveaux éléments d'hygiène, t. l,p. 364.

« Outre le défaut d'agrément de la voix, dit-il, qui

(1) Dans mon chapitre sur les fonctions de la respiration (page 14), j'ai comparé à un soufflet le mouvement que les parois du thorax exercent sur le poumon. Les côtes qui s'arrondissent avec la symétrie que chacun peut apprécier, entre la colonne vertébrale et le sternum, agissent en effet sur l'organe respiratoire, par leur élévation et leur abaissement, comme un véritable soufflet. Ces mouvements simultanés produisent la dilatation ou le resserrement de la cavité thoracique; leur activité s'accroît progressivement à partir du haut* de sorte que les côtes inférieures ont un ressort considérable. Si le corset résiste à cette action pendant l'exercice du chant, toute l'économie du système se trouve dérangée et les résultats de cette perturbation sont faciles à comprendre.

résulte toujours et même nécessairement de la compression du cou pendant les exercices que nous venons d'examiner, il peut encore survenir, par l'effet de cette compression, les accidents les plus graves. La rupture des vaisseaux céphaliques ou thoraciqaes peut frapper de mort le chanteur ou le déclamateur imprudent qui, sacrifiant à notre mode absurde et dangereuse, et craignant de porter atteinte à l'arrangement de sa toilette, a négligé de prendre une précaution toujours utile et souvent indispensable aux individus pléthoriques. »

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