‹ Théories complètes du chantChapitre 50 sur 53 · SUR LES · texte numérisé non relu

SUR LES

Prance Shsicale. — 9 mars 1852.

Voici un ouvrage qui mérite la plus sérieuse attention. Il est écrit cl un style ferme et éléçant à la fois ; il se distingue par la hauteur des vues, la sagacité de l'érudition et aussi la vigoureuse précision de l'analyse. Il jette un jour très-vif sur l'état actuel de l'enseignement du chant, et demeure, nous le dirons tout d'abord, la plus complète et la plus savante exposition qui ait été faite jusqu'ici de cette branche si importante de l'art musical.

L'auteur commence par définir le mot méthode, dont on a tant abusé de nos jours. Il ne craint pas de dire crue la plupart des professeurs de chant l'entendent d'une toute autre manière que lui. Ce qu'ils appellent ainsi , dit-il , est tout simplement un recueil de vocalises, de cantilènes écrites par un compositeur de distinction. Ce recueil c'est Y alpha et Y oméga du chant. Certainement les vocalises exercent la voix comme tout ce qui se chante. L'élève y rencontre des gammes, des trilles et des arpèges ; s'il les exécute de travers, le maître s'impatiente, mais il se garde bien d'indiquer à l'élève le moyen de mieux faire , et ceci par une excellente raison, c'est qu'il n'en sait rien lui-même. La première partie du livre de M. Stéphende la Madelaine est consacrée à la description de l'appareil vocal.

Il étudie les causes dont le résultat seul arrive à l'intelligence des professeurs. Il décrit, avec une exactitude qui accuse de grandes connaissances en anatomie, la contexture du larynx et la manière dont s'accomplit le phénomène de la voix. Cette première partie est d'une grande utilité pour les premières études du chanteur qui ne veut point ignorer les principes, le but et la puissance matérielle des moyens d action dont il se sert. On peut certainement chanter sans connaître au juste le jeu des poumons dans les inspirations et les expirations, les mystères de la sécrétion de la salive et les fonctions des amygdales, tout le système phonique en un mot ; mais avec ces connaissances préliminaires on acquiert plus vite et plus sûrement un degré de perfection auquel l'ignorance ne peut jamais atteindre. Aussi M. Stéphen de la Madelaine considère-t-il, avec raison, la description physiologique comme la première et la plus utile des leçons qui doivent composer un enseignement bien complet.

La seconde partie , la théorie du fonctionnement des organes, est l'onjet d'un travail moins aride et qui convient mieux aux habitudes et aux connaissances des lecteurs. On y trouve l'énoncé succinct des règles d'après lesquelles on peut, en peu de temps, laire sortir la voix d'un élève , la poser, la purifier et l'assouplir. Vient ensuite un excellent traité sur le mécanisme vocal, brillante série de principes empruntés aux maîtres les plus illustres, Grescentini, Porpora, Garcia et Bordogni entre autres , traditions précieuses que son expérience, ses recherches et ses réflexions lui ont fait découvrir. Toute cette partie est développée, commentée et expliquée avec une habileté , une sûreté de vues que nous ne saurions trop louer. Elle s'enchaîne très-logicmement aux chapitres qui suivent et qui concernent 1 application du mécanisme au chant; ici nous entrons dans l'esthétique. L'auteur examine avec le plus grand soin les éléments du style proprement dit, c'est-à-dire l'accentuation, l'expression, colonnes qui soutiennent, dit-il, tout l'édifice du chant, et dont la nature, à la fois matérielle et esthétique, relie la portion mécanisme de l'art à l'essence divine qui forme

son auréole quand il a de dignes exécutants pour inter-

Srètes. Des considérations très-élevées sur la situation e l'art, sous le rapport de la partie vocale, complètent cette partie. M. Stéphen de la Madelaine compare ce qui existe aujourd'hui avec ce qui était naguère, avec ce qui fut autrefois, et il reste Frappé de la décadence du chant dans l'ensemble général et dans les détails de l'art. 11 regrette d'une part, la chapelle-musique du roi et les maitrises, écoles nationales où s'exécutait la musique sacrée avec une supériorité d'ensemble , de conviction et de verve dont on n'a plus aucune idée aujourd'hui. Nous nous associons à ces regrets, sinon aux critiques que l'auteur, profitant de la circonstance, dirige contre le Conservatoire, institution à laquelle nous devons des chanteurs et des compositeurs d'un talent incontestable, école instrumentale surtout où se sont formés tous les artistes qui peuplent nos orchestres.

La dernière partie du livre de M. Stéphen de la Madelaine traite des principes d'hygiène qui se lient si étroitement aux règles du chant, qu'ils peuvent en être considérés comme la suite et la conséquence naturelles. Pour en avoir la preuve, il suflit de jeter un coup d'œil sur l'ensemble des conseds qu'il â réunis dans ce traité succinct de l'hygiène particulière aux chanteurs.

Telles sont les Théories complètes du chant, ouvrage . qui appellera bien certainement l'examen de plus fortes intelligences musicales que la notre, et qui offrira im vif intérêt et de nouveaux enseignements à tous les professeurs. Il attirera et charmera aussi les esprits moins graves. M. Stéphen de la Madelaine possède le secret d'adoucir les abstractions par la justesse de la définition et l'élégance du style. — Le rivage est si ombragé, si parfumé, qu'on ne se doute pas des difficultés de la route ; la mer est si transparente qu'on . aperçoit toutes les richesses du fond. Giacomelli.

Le Pays. — Feuilleton. — 9 mai 1852.

Nous demandons pardon à M. Stéphen de la Madelaine si, à propos des exploits de M. Koqueplan, nous

arrivons tardivement à son livre. Mais s'il est vrai de dire que les extrêmes se touchent, c'est quelquefois en se heurtant.

Voici du moins un homme, un véritable artiste, qui prend souci de l'art du chant, lorsque le premier établissement français semble se donner la tâche de l'annihiler. Voici un savant consciencieux et dévoué, qui consume depuis vingt ans ses veilles pour ramener la France , pour ramener l'Italie elle-même aux saines traditions, aux vieux et étemels principes quelles n'ont que trop oubliés.

M. de la Madelaine, en publiant ses Théories complètes du Chant, qui réunissent en faisceau toutes les doctrines éparses dans renseignement, et qui tendaient à s'oblitérer, rend à la cause de l'art un service bien autrement utile que les productions subventionnées de la me Lepelletier. Nous ne pouvons examiner ici scientifiquement une œuvre d'une si grande portée, mais nous devons à nos lecteurs de leur en présenter une idée.

L'auteur de cet important ouvrage s'est donné la mission, mission difficile, et que lui seul pouvait remplir sans doute, de réunir dans un vaste compeiidium toutes les connaissances nécessaires à un cnanteur, depuis celles de l'anatomie et de l'hygiène jusqu'aux considérations esthétiques les plus ardues sur la philosophie de l'art. Ce plan, qui est grandiose et hardi, a été, nous devons le dire, complètement rempli par M. Stéphen de la Madelaine, dont l'érudition variée touche à plusieurs sciences et fait plus que les eiileurer.

Notre savant confrère a fouillé tous les secrets de son art ; il a exhumé de la poussière des bibliothèques l'héritage sacré que les grands maitres de l'Italie avaient recueilli des Porpora, des Farinelli et des autres oracles de la science dont la voix est aujourd'hui méconnue. Il produit les anciens principes du mécanisme vocal, dont il explique et dont il commente ingénieusement les simples, mais solides rouages.

M. de la Madelaine, suivant les systèmes primordiaux dont il est l'habile continuateur, applique les

ressources du mécanisme non-seulement à la prononciation , mais à l'expression elle-même, dont les effets sont tout moraux, quand les causes, selon la science, sont toutes physiologiques. Rien de plus bizarre au premier aperçu que cette idée, rien de plus simple et de

S lus naturel quand on lit M. Stéphen de la Maaelaine, ont les démonstrations ne perdent jamais la simplicité qui les rend acceptables aux intelligences les moins développées.

Grâce à l'auteur de ce livre, la vocale, comme il le dit, a maintenant sa syntaxe et sa rhétorique ; il ne sera plus permis désormais à l'inexpérience de s'éloigner de ses principes fondamentaux , et les règles de sa poétique ramèneront au bercail bien des brebis égarées, nien d'excellents esprits qui se fourvoient à plaisir dans les steppes de la fantaisie.

On a reproché à M. de la Madelaine d'avoir flagellé trop rudement les erreurs de l'enseignement , et de faire une guerre peu généreuse à la routine. Mais il est nécessaire, pour juger le théoricien, de se placer à son point de vue. Il est évident qu'il n'a pris la plume que pour signaler les abus d'un enseignement administré la plupart du temps par des sujets qui ont une autre spécialité et qui n'ont point fait les études nécessaires. C'est une lèpre dont il fallait proclamer les dangers pour y porter remède. M. de la Madelaine l'a fait avec énergie, avec courage; il faut lui en savoir gré, car la vérité n'est pas toujours si facile à dire qu'on pourrait le croire, dans nos habitudes de fausse camaraderie.

En résumé, nous n'avons pas la prétention de faire un compte -rendu de ce travail, qui nécessiterait une longue analyse. L'œuvre de M. de la Madelaine , patiemment élaborée au milieu des études les plus diverses , au sein du recueillement et de la retraite, rappelle les entreprises scientifiques des anciens maîtres qui ne cherchaient point, dans leurs persévérants efforts, les faciles succès qu'on fait éclore en serre chaude aujourd'hui. 11 pourra dire avec Tinctor, Gafforio, Fasquel et les premiers historiens de la musique : exegi monumentum. Il a doté l'art d'mi livre qui

fera souche, qui simplifiera les difficultés de l'enseignement, et qui rendra les accès de l'art moins escarpés. C'est un beau livre et un beau succès.

Marie Escudier.

Revue et Gazette Musicale. — 16 mai 1852.

11 y a de par le monde une certaine quantité de petites histoires qui se transmettent d'âge en âge, que chacun répète et que personne ne croit. Telle est, par exemple, celle de Porpora, le grand compositeur, le grand maître de chant, et de Gaffarelli, son élève. Suivant la tradition reçue et consacrée, Porpora l'aurait tenu pendant cinq ans sur une même page, toute remplie d'exercices divers. Au bout de ce temps, l'élève, dont il faudrait au moins admirer la patience, avait ses raisons pour ne pas se regarder encore comme bien avancé, quand le maître lui dit : « Va, mon fils, « tu n'as plus rien à apprendre : tu es le meilleur chan- « teur de l'Italie et du monde. » Tout cela par la vertu d'un seul feuillet hérissé de gammes, trilles, grupetti, martellements et autres combinaisons 'de gymnastique vocale! Non, cela n'est pas possible : on ne devient pas excellent chanteur à si bon marché; je ne parle pas du temps, dont, au contraire, la dépense eût excédé toute mesure. Prenons cette histoire tout uniment pour ce qu'elle est, pour un symbole de l'utilité du travail mécanique dans Part qui semble en exiger le moins. L'homme ne chante pas, comme l'oiseau, sans avoir rien appris , mais la perfection du chant pour lui n'est pas celle dont, à la rigueur, pourrait être doué un automate.

L'auteur des Théories complètes du Chant (poiirquoi théoy*ies au pluriel, s'il n'y en a réellement qu'une bonne?), M. Stéphen de la Madelaine, est entièrement de cet avis. 11 pense, à la vérité, comme Porpora, qu'on doit commencer l'étude du chant par les difficultés ; mais il est convaincu que six ou nuit mois de travail bien dirigé suffisent pour obtenir un excellent mécanisme. Et puis, quand on le possède , ce mécanisme, est-on un chanteur accompli? Non pas, répond

M. de la Madelaine ; on ne sais pas encore le premier mot de l'art du chant.

Je serai moins sévère, et je dirai qu'on sait les mots, mais qu'il reste à étudier 1 art de construire les phrases, de les assembler, de les prononcer avec expression, avec pureté, avec élégance. Malgré la petite histoire ci-dessus rappelée , GatFarelli devait avoir appris tout cela, ou bien quelque habile qu'il fût, il ne savait pas grand 'chose.

Porpora, dit-on, se contentait d'une page. M. de la Madelaine se présente avec un livre tout entier, qu'il met entre les mains, dirai-je des professeurs ou des élèves? J'avoue que son ouvrage me semble surtout destiné à compléter l'éducation des premiers, à leur découvrir des arcanes que la plupart d'entre eux ne soupçonne guère, à leur enseigner la philosophie d'un art dans lequel trop souvent ils ne voient qu'un métier. Quels sont les titres de M. Stephen de la Madelaine à cette haute mission? Il a pris le soin de les énumérer lui-même dans l'introduction de son livre. Élevé littérairement, il passa des études classiques aux études musicales; il suivit pendant deux ans les cours du Conservatoire, et fut admis en qualité de récitant (basse-taille solo) à la chapelle, ainsi qu'à la musique particulière du roi Charles X. Il avait pris des leçons d'un élevé de Crescentini, de Plantade, de Garât, de Lays ; il reçut des conseils de Paër, et Lesueur l'initia aux mystères de l'érudition. De plus, il étudia l'anatomie dans ses rapports avec l'appareil vocal. En est-ce assez pour inspirer conliance et pour professer avec autorité ?

Les Théories du chant se divisent en six parties principales : 4° Description de l'appareil vocal; 2° Fonctionnement des organes ; 3° Mécanisme vocal ; A 0 Mécanisme de la prononciation ; 5° Expression, accentuation et style ; 6° Hygiène des chanteurs. Toutes ces parties se subdivisent en chapitres , subdivisés euxmêmes en paragraphes, ce qui rend la lecture du livre facile et profitable. Comme preuve, je citerai la première partie, la plus obscure de toutes, lorsqu'on n'a pas des pièces uanatomie sous les yeux. M. de la

Madelaine s'est fait anatomiste pour l'instruction de ses lecteurs ; il a écrit , le scalpel à la main , et il faut voir avec quelle aisance il se promène dans les labyrinthes de ce tube, de ces parois, de ces cartilages; comme il se retrouve au milieu de la glotte, de l'épiglotte, de la trachée-artère et des bronches ; comme il va du larynx au pharynx , de la bouche qui émet le son, aux poumons où il se prépare. D'illustres praticiens l'ont complimenté sur son travail, qu'il a su mettre à la portée des ignorants.

Les cinq autres parties de l'ouvrage sont traitées avec le même soin. Ce que l'auteur dit à propos des registres, du timbre et de la classification des voix, de la pose du son, du style , est dicté par l'étude , l'expérience et le goût. Son chapitre de îa voix sombrée contient les plus sages préceptes, et je le recommande aux jeunes chanteurs. Je lui ferai seulement un reproche, qu'il sera libre de prendre pour un éloge, et, en effet, je suis sûr que bien des gens l'interpréteront ainsi. C'est qu'il ne s'exprime pas toujours d'un ton assez grave, et que la plaisanterie, la critique, le sarcasme, prennent une place un peu trop large dans son enseignement. Les Théories complètes du Chant ne sont pas moins railleuses que dogmatiques. L'auteur en veut beaucoup à ces pauvres professeurs de piano, de guitare, ou de toute autre chose, qui se posent en maîtres de chant, et qui en montrent l'art à peu près comme ce montreur du cheveu imperceptible, sans l'avoir jamais vu. Il en résulte certainement que le livre est moins froid, moins lourd que les traités ordinaires ; mais n'y perd-il pas (juelque chose de ce qui caractérise un traité? Une théorie s'expose et s'applique, mais, en général, elle ne se moque pas.

Paul Smith.

L'Illustration. — 19 juin 1852.

Nous n'hésitons pas à dire tout d'ahord que le livre de M. Stéphen de la Madelaine est un des plus intéressants et des meilleurs qui aient été écrits sur la matière qui en fait l'objet. Non pas que nous n'y trou-

vions absolument rien à reprendre, et que nous partagions en tous points les opinions de Fauteur ; mais, dans le fond, nous pensons qu'en le publiant il a rendu un véritable service à Fart. Et c'est avec intention que nous disons dans le fond, car c'est surtout le fond de l'ouvrage oui nous parait devoir être loué : la forme nous semble laisser à désirer en quelques endroits. Il

Îr règne un certain ton caustique trop continu, dont es bonnes raisons que donne M. Stephen de la Madelaine pour soutenir ses principes pourraient fort bien se passer : il ne les rend pas assurément plus excellentes, et peut-être court-il risque de faire perdre aux* artistes la considération et la dignité que l'auteur veut, à si juste titre, conserver à Fart. Ajoutons de suite, non pour justifier M. Stephen de la Madelaine, mais pour l'excuser un peu, que ses railleuses boutades contre les rentiers ruinés et tous les pianistes, violonistes et guitaristes qui s'instituent donneurs de leçons de chant, et dupent, en cette qualité, la confiance apathique, l'ignorante insouciance des familles amenant* par leurs offices rien moins que désintéressés, plus de victimes que de prosélytes au nied de Fautel du dieu de la mélodie; que ses boutades, disons-nous, sont peut-être ce qui vaudra le plus de lecteurs à son ouvrage : elles font d'un livre essentiellement dogmatique une lecture amusante ; cela ne se rencontre pas fréquemment : il est moins rare de tomber sur des livres écrits tout exprès pour amuser, et qui sont ennuyeux comme de lourdes dissertations scientifiques.

En embrassant d'un seul coup d'œil l'ensemble du travail de M. Stéphen de la Madelaine, on voit cependant combien il a été guidé par des intentions sérieuses, et que le sentiment le plus élevé de Fart a été son seul mobile. Les seize chapitres que renferment les Théories complètes du Chant forment six principales divisions, qui sont celles-ci : 1° Description de Fappareil vocal ; 2° Théorie du fonctionnement des organes ; 3° Mécanisme vocal; 4° Mécanisme de la prononciation ; 5° De l'expression, de l'accentuation et du style ; 6° Hygiène des chanteurs. Chacune de ces parties du

livre est traitée véritablement ex professo. Littérateur et musicien, M. Stéphen de la Madelaine pouvait mieux qu'aucun autre écrire sur la musique ; cela ne lui a pourtant pas sulii. Aux connaissances spéciales de l'art, aux travaux littéraires, il a joint l'étude de la science anatomique ; et il en parle avec une lucidité qui ferait honneur à des savants de profession. Probablement plus d'un lecteur, en voyant commencer les Théories complètes du Chant par un assez long chapitre d'anatomie, sera tenté de s'écrier : « Avocat, passez au déluge.» Rien de plus rationnel, néanmoins, qu'un tel début. « On peut chanter sans connaître tout cela : — M. Stéphen de la Madelaine le reconnaît le premier, — c'est vrai , et il est juste de dire même qu'on peut montrer à chanter sans le secours de l'anatomie. Mais, avec cette connaissance préliminaire, on acquiert plus vite et plus sûrement un degré de perfectionnement auquel l'ignorance ne peut jamais atteindre. Je considère donc, ajoute-t-il, la description physiologique de tout le système vocal comme la première et la plus utile des leçons qui doivent composer un enseignement bien complet. » Certes on peut devenir un Vieuxtemps ou un Léonard sans savoir, comme M. Gand ou M. Vuillaume, comment est construit un violon ; un Thalberg ou un Liszt sans avoir jamais appris de quelle manière s'y prennent M. Erard et M. Pleyel pour fabriquer leurs excellents pianos ; mais n'est-il pas bien vrai que le violoniste et le pianiste qui auront quelques notions , celui-ci de la Tacture des pianos, celui-là de la lutherie, seront plus à même que ceux qui ne s'en sont jamais occupés, de tirer tout le parti possible de l'instrument dont ils se servent? En connaissant bien, comme on dit, le fort et le faible, ils ne lui demanderont jamais des effets qu'il n'est pas fait pour produire , ne l'exposeront pas ainsi à de funestes accidents, ou bien sauront reméâier euxmêmes aux accidents légers survenus par aventure. L'instrument dont se sert le chanteur étant de fabrication naturelle , il est assez sensé de proposer l'anatomie, « qui se lie, ainsi que le dit M. Stéphen de la Madelaine, étroitement aux arts par la peinture et la

sculpture, » pour objet des premières études à ceux qui veulent professer le chant, et apporter dans cette profession la conscience et le savoir nécessaires.

Du reste, dans sa description claire et rapide de l'appareil vocal, M. Stéphen de la Madelaine n'affecte pas les allures d'un savant systématique; il avoue, au contraire, sincèrement que la science est loin d'avoir encore tout expliqué dans le fonctionnement des diverses parties de l'organe. Par exemple, il ne fait pas difficulté de dire « qu'on ne connaît point encore positivement le mécanisme suivant lequel la glotte, qui est, on n'en peut douter, l'auteur direct du phénomène expiratoire de la voix , produit la diversité des sons qui la constituent. » Il est certain que les fosses nasales, outre leurs fonctions essentielles dans l'économie animale, comme siège du sens de l'odorat, exercent une grande influence sur la nature de la voLx humaine ; mais la cause de cette influence, dit franchement M. Stephen de la Madelaine, est encore un mystère, ou tout au moins un point de controverse pour les savants. Enfin, après avoir décrit avec soin toutes les parties de l'instrument du chanteur, il aborde ainsi le chapitre sur le fonctionnement des organes : « Une chose qui paraîtra bizarre au premier abord, et qui est cependant très-réelle et d'ailleurs fort simple, c est qu'on n'est pas encore fixé sur les mystères du fonctionnement de l'appareil vocal, et qu'on n'a que des données fort incomplètes sur le mécanisme de la voix proprement dit. » Et il donne de la manière suivante le motif de cette apparente bizarrerie : « Sans doute, la cause principale de l'insuffisance des lumières de la science à cet égard repose dans la nature ellemême des organes qui concourent à la phonation ; mais il ne faut pas se dissimuler que les investigations de la science auraient pu aller beaucoup plus loin, si les savants qui ont traité cette matière avaient été des chanteurs consommés, ou si les chanteurs expérimentés qui ont jusqu'à présent analysé les ressources de l'art avaient été de bons anatomistes. »

Généralement, le langage dans lequel M. Stéphen de la Madelaine développe ses utiles pensées sur l'art

vocal est d'une grande clarté, et c'est pour cela cjue nous l'engageons d autant plus, avant <ju'il publie une seconde édition de ses Théories complètes au Chant, à revoir le dernier paragraphe de la page 45, où il traite de l'étendue générale du registre de poitrine ; il y a là quelque erreur, soit de typographie, soit de rédaction : bref, la phrase ne nous paraît pas suffisamment claire (1).

Les citations nous mèneraient beaucoup plus loin nue ne nous permet d'aller l'espace dont nous pouvons disposer, si nous citions toutes les bonnes choses qui méritent, à notre avis, d'être mentionnées dans le livre dont nous parlons. Ce que nous en avons dit jusqu'à présent prouve l'esprit réellement sérieux dans lequel il est conçu. Et si quelques personnes ne pensaient pas, par hasard, que la matière elle-même méritât une aussi sérieuse attention, qu'elles se détrompent : l'art du chant est bien véritablement un art, plus difficile que les autres, et non moins profond. Combien ne compte-t-on pas de bons peintres et de bons sculpteurs pour un bon chanteur, dans la haute et complète acception artistique du mot?

Nous avons particulièrement insisté sur la première partie de l'ouvrage parce que c'est en cela particulièment que le livre de M. Stéphen de la Madelaine nous parait original et en même temps d'une remarquable utilité. Sous le rapport du chant proprement dit, l'auteur des Théories complètes se détend avec persistance de toute prétention à l'originalité de méthode ; ce qu'il parait redouter le plus, c'est le titre de novateur, que tant d'autres ambitionnent à tort et à travers; il repousse tout soupçon d'invention de procédé d'enseignement. « Ce procédé, dit-il dans l'introduction du livre, existe, il n'est pas nouveau, ce n'est pas moi qui en suis l'inventeur, et personne ne l'a inventé. » Les doctrines dont il se fait l'ardent apôtre , il les rattache à des dates déjà vieilles; elles nous ont été transmises par voie de tradition , éparses, confuses ; il les rassemble, en forme un tout logique , passé au creuset

(1) Faute de typographie, corrigée dan3 cette î e édition.

d'une rigoureuse analyse : voilà son ambition à lui, et peut-être est-ce la plus louable de toutes, en même temps que la plus raisonnable. 11 attache d'ailleurs une importance relativement secondaire aux études propres du mécanisme vocal. En cela nous l'approuvons pleinement : ces études ne peuvent, en définitive, que fournir les moyens de devenir chanteur, rien déplus; le but, c'est 1 expression* l'accentuation, le style; pour l'atteindre, la connaissance approfondie du mécanisme de la prononciation n'est pas moins importante (me celle du mécanisme vocal. Sans craindre le ridicule que Molière a si bougonnement jeté sur le maître de langues de M. Jourdain, et par suite sur tous ceux qui se liv rent à la recherche de la forme que doit prendre la bouche pour bien prononcer un U ou toute autre lettre quelconque, M. Stéphen a consacré une bonne partie de son ouvrage à 1 étude du mécanisme de la prononciation, et ce n'en est pas la moins considérable à tous égards : c'est peut-être le meilleur traité qu'on ait écrit sur cet objet; on doit le recommander à tout le monde , chanteur ou non. Quant aux chanteurs, la lecture réfléchie de ce chapitre des Théories complètes du Chant leur sera du plus grand secours, pour peu qu'ils veuillent se bien pénétrer de cette vérité : que la prononciation est le chaînon qui lie la partie matérielle du chant à la partie morale : ce sont les propres paroles de M. Stéphen de la Madelaine, que nous sommes heureux de répéter. Les chanteurs trouveront de même de précieux conseils dans le chapitre que M. Stéphen de la Madelaine atout entier affecté à ce qu'on nomme la voix sombrée. Ils feront sagement de les méditer. La lecture du chapitre concernant leur hygiène particulière ne peut aussi que leur être très-proutable.

M. Stéphen de la Madelaine nous semble avoir écrit son excellent liv re un peu trop av ec cette préoccupation crue l'art du chant se meurt ; et cette préoccupation le pousse à chaque instant sur les confins du style sermonaire ; heureusement il sait donner un tour plaisant à ses lamentations. Sans doute il est plus d'un Basile, plus d'un maître de chant de telle ou telle Rosine, auquel un peu de bois vert ne serait pas injus-

tement donné ; mais cependant, croyons-nous, Fart du chant, à l'époque où nous sommes, n'a rien à envier à celui des époques qui ne sont plus, si ce n'est, peutêtre, le souvenir des choses passées, ce même sentiment cjui probablement , dans une trentaine d'années, nous fera regretter à nous-mêmes ceux des chanteurs d a-présent, que journellement l'on critique le plus. Mais le jour où l'on pourra dire avec raison : l'art du chant se meurt; ce jour-là, le livre de M. Stéphen de la Madelaine sera là pour éloigner, pour conjurer la ruine; en attendant, il contribuera puissamment, cela n'est pas douteux, à porter cet art au nlus haut point de perfectionnement qu'il puisse atteindre.

Georges Bousquet.

Feuilleton du Bulletin de Paris.

Les Théories complètes du Chant, que M. Stéphen de la Madelaine vient de publier, étaient annoncées et attendues depuis longtemps comme le fruit de travaux persévérants et de recherches sans nombre.

11 est facile en effet de reconnaître dès les premières pages, que l'auteur a dû, pour arriver à réunir les connaissances nécessaires à son immense tâche, se livrer à plus d'un genre d'études spéciales et difficiles. Il a demandé leur concours à l'anatomie, à la physiologie et aux sciences qui peuvent aider à la connaissance approfondie de l'art du chant. Aussi l'Institut et le Conservatoire ont-ils accordé d'éclatants suffrages à ce traité destiné aux maîtres et aux élèves.

M. de la Madelaine fait une rude guerre aux professeurs de piano qui se mêlent d'enseigner le chant. Il veut que chaque maître ait dûment pris ses degrés dans la science et ne s'improvise point instituteur de chant comme on s'improvise agent de change. Il a raison, car les erreurs qui résultent d'une semblable supercherie entraînent tous les jours d'incalculables inconvénients pour les voix et même pour la santé des élèves conliés a ces guides inexpérimentés.

Le livre du savant théoricien est la réhabilitation de cette ancienne et pure école dont on s'est trop écarté depuis quelque temps, même en Italie.

Inutile de dire que cet important traité musical est écrit avec une plume de littérateur.

— Un de nos critiques les plus judicieux et de nos plus savants théoriciens, M. Stéphen de la Madelaine , vient de publier, sous le titre de : Théories complètes du Chawt, un ouvrage utile aux professeurs, aux gens du monde et aux artistes. L'auteur s'est proposé, comme il le dit dans sa Préface, de formuler dans des explications claires, consises et dégagées, autant que possible, des termes techniques, dont l'interprétation est

})arfois difficile, les traditions qui nous viennent de 'Italie, et que l'Italie elle-même n'a que trop oubliées. M. Stéphen de la Madeleine a fait partie de la musique et de la chapelle de Charles X, il a longtemps chanté dans les salons et dans les concerts, il a formé de nombreux élèves, il a recueilli des enseignements précieux de la bouche de Gressentini, de Paër, de Garcia, de Pellegrini, de Lesueur; il a complété ses connaissances spéciales par unacours d'anatomie et de physiologie. Il a donc le droit d'être écouté lorsqu'il parle ex professa d'un art auquel il a consacré toute sa

physiologiste, l'auteur expose avec autant de clarté que de méthode la manière dont les organes de la voix fonctionnent ; il parle ensuite du mécanisme vocal et du mécanisme de la prononciation, de l'expression, de l'accentuation et du style, et il finit par d'excellents conseils pratique sur l'hygiène des chanteurs. Gomme on le voit, son livre est complet, et tous ceux qui ont l'intention d'apprendre ou d'enseigner le chant ne sauraient s'en passer. L'auteur s'étonne, dans le courant de l'ouvrage, de l'ignorance des professeurs et de la simplicité des familles, qui paraissent choisir de préférence les hommes les plus incapables de donner des leçons. Gomment M. Stéphen de la Madelaine, malgré tout son savoir et toute son expérience, en est-il encore

Hippolyte Lucas.

Le Constitutionnel. — 11 mai 1852.

( Extrait du feuilleton ).

l'appareil vocal en profond

à comprendre que la plupart des gens qui se donnent de grands airs de connaisseurs ne sont pas plus avancés que Voltaire en fait de musique ! Voici ce que ce grand génie écrit à sa nièce : « Pour la musique , on dit qu'elle est bonne. Je ne m'y connais guère, je n'ai jamais trop senti l'extrême mérite des doubles croches. Je sens seulement que la signora Astua et i sigm.ri castmti ont de plus belles voix que vos actrices, et que les airs italiens ont plus de brillant que vos ponts-neufs que vous nommez ariettes. J'ai toujours comparé la musique française au jeu de dames, et l'italienne au jeu des échecs! Le mérite de la difficulté surmontée est quelque chose. »

On a fait bien des progrès depuis Voltaire. On connaît la musique allemande, dont il ne se doutait pas. Aujourd'hui , s'il vivait , il arrangerait autrement sa comparaison. Il dirait que la musique allemande ressemble au jeu des échecs , la musique italienne au jeu . de dames, et la française au jeu de dominos.

P.-A. Fiorentino.

Feuilleton du Journal des Débats. — 1 er juillet 1852.

Voici un livre dont le titre promet beaucoup, et dont l'exécution tient toutes les promesses. M. Stéphen de la Madelaine, ancien récitant (premier sujet à la chapelle et à la musique du roi Charles X) , a consacré la profonde expérience d'une vie d'artiste à relier entre eux tous les enseignements qui nous viennent de la vieille Italie , et que l'Italie, comme le dit le savant écrivain, n'a que trop oubliés elle-même. 11 a dévoilé, commenté, expliqué tous les secrets de l'art dont les traditions, nous le reconnaissons avec lui, tendent à se perdre et à s'éteindre.

M. Stéphen de la Madelaine, en dotant la vocale d'un traité qui réunit toutes les connaissances utiles aux chanteurs , a donc comblé une lacune immense dans les théories de l'enseignement, et il a rendu à la cause de l'art un service inappréciable. Grâce à lui, le chant, dont la science repose sur des données beaucoup plus certaines qu'on ne le croit communément , a

maintenant ses règles précises qu'il ne sera plus permis de méconnaître sans commettre un crime de Jèserévércnce envers tous les grands maîtres qui se sont succédé depuis Porpora.

Les Théories de M. de la Madelaine contiennent d'excellents traités sur les différentes parties de la science du chant. Ces traités, écrits d'un style ferme , clair et parfois un peu épigrammatique , s'enchaînent et se relient si bien entre eux , qu'en procédant du connu pour arriver à l'inconnu , chaque pas est le résultat

Eariaitement défini du pas précédent. La lumière se lit graduellement pour le lecteur, qui passe, sans de trop grands efforts d'intelligence , de l'exposé des causes premières, des principes purement physiologiques, aux théories (les effets esthétiques, c'ést-à-dire à l'exercice de l'art. C'est ainsi que l'explication de l'appareil vocal conduit l'éminent théoricien, à travers un aédale de définitions anatomiques ( dont il a soin de donner le fil à ses lecteurs T ) jusqu'au mécanisme de la voix, qui explique les difficultés matérielles de l'art. Puis il passe à l'application de ce mécanisme et il arrive tout naturellement aux obstacles de la prononciation, dont il fait un exposé plein de lucidité en promenant une vive lumière sur tous les vices de la parole. L'articulation parfaitement normale le conduit à l'expression, qui est, à elle seule, un traité tellement ingénieux, rationnel et précis , qu'il suffirait à classer M. de la Madelaine parmi les maîtres dont il analyse d'une manière si supérieure les précieuses doctrines.— Après avoir examiné les principes de l'accentuation, et même ceux du goût, qu on n'avait soumis jusqu'à présent à aucune règle, et qui a cependant ces données positives comme ces préceptes constants, l'auteur se livre à des réflexions générales sur l'enseignement public et particulier. Il rend un hommage mérité au Conservatoire de Musique, auquel il doit lui-même les premiers éléments de son savoir ; puis il indique les moyens de donner à ce magnifique établissement des développements qui rendraient ses études plus profitables encore à la vocale. — M. de la Madelaine aborde ici la question des anciennes maîtrises, qu'il voudrait voir rem-

placer par des écoles communales ; cette partie de sou livre n est point la moins remarquable.

Enfin l'ouvrage se termine par des considérations pleines d'intéressants détails sur l'hygiène particulière aux chanteurs, dont toutes les parties sont développées, secundum artem, avec une hauteur de vue, une précision orthodoxe qui ont concilié à l'auteur les plus éminents suffrages.

Dire toutes les sciences auxquelles touche ce livre , toutes les études profondes et variées qu'il a nécessitées, toutes les difficultés qu'il a vaincues, me mènerait trop loin. Je n'ai prétendu que faire un exposé succint de ce beau travail qui restera l'expression la plus complète de l'art, et qui honore une époque que tant d'erreur tendent à déconsidérer.

Inutile de dire que les Théories complètes du Chant sont approuvées par l'Institut et par le Conservatoire. Les journaux spéciaux, si divisés entre eux sur toutes les questions d art, se sont accordés pour proclamer l'éclatant succès de ce livre , et ce n'est pas un mince mérite pour M. de la Madelaine que d'avoir mis ces messieurs d'accord, ne fût-ce qu'une fois.

J. d'Ortigues.

Feuilleton du Corsaire. — 8 juin 1852.

Dans les sciences, dans les arts, lorsque poussé par sa vocation, un homme nouveau se révèle à Jui-mème, il peut, par la lecture des grands maîtres, débrouiller ce qu'il sent confusément en lui. Il connaît son but, il en ignore les chemins, mais la science écrite les lui indique. Il n'en est pas ainsi dans l'art du chant ; c'est seulement de virtuose à virtuose que se sont transmises les traditions assez généralement méconnues en France, et éparses aujourdTiui en Italie, où elles tendent à disparaître.

Il est bien certain que, sous le rapport de l'exécution, l'enseignement ne peut reposer sur une base rationnelle, si le maître ne connaît à fond l'instrument qu'il professe; l'anatomie qui, par la peinture et la sculpture, se lie aux arts, devrait donc faire partie des

connaissances exigées dans un bon maître de chant ; aussi M. Stephen de la Madelaine considére-t-il la description physiologique de tout le système vocal comme la première et la plus utile des leçons qui doivent composer un enseignement bien complet.

Le professeur de piano peut se contenter d'envoyer chez le l'acteur l'instrument dont les notes rebelles ne répondent pas sous les doigts de l'élève ; mais le professeur de chant n'a pas cette ressource, c'est lui qui doit mettre l'instrument en état de fonctionner, et le peut-il s'il n'en connaitle mécanisme?

Dans l'appareil vocal, ce sont les poumons, les bronches, le larynx et la trachée -artère, l'inspiration et l'expiration qui composent ce mécanisme. Les professeurs le connaissent -ils parfaitement? Non, certainement, du moins pour la plupart , mais il ne tient qu'à eux de le connaître, s'ils veulent lire avec la sérieuse attention qu'il mérite, l'ouvrage important de M. Stéphen de la Madelaine : Théories complètes du Chant.

Le savant auteur de ce livre remarquable n'est pas seulement ce spirituel écrivain dont le public a pu apprécier les nombreuses productions, c'est aussi un habile chanteur qui , après avoir suivi pendant deux ans les cours du conservatoire, après avoir reçu les conseils de Plantade, Garât , Lays , Paër et Lesueur, a fait partie de la chapelle et de la musique particulière du roi Charles X en qualité de récitant (basse-taille solo). M. Stéphen de la Madelaine, enfin, est un anatomiste qui, le scalpel à la main, a interrogé les organes qui concourent au phénomène de la phonation. Physiologiste aussi intelligible qu'intelligent, il explique avec une précision , une clarté merveilleuses le fonctionnement de l'appareil vocal ; et telle est la justesse de la définition, que cette partie scientifique, dont l'intelligence semble réservée aux praticiens , se trouve à la portée des ignorants. Les mots techniques passent naturellement et toujours compris du lecteur, dans un style élégant, spirituellement railleur parfois, mais toujours de bon goût, attrayant et plein de charme.

Abordant la théorie du fonctionnement des organes

et l'application du mécanisme vocal au chant, M. Sté-

Shen de la Madelaine établit des règles certaines, 'après lesquelles on peut faire sortir la voix d'un élève, la poser, la développer et l'assouplir. Il formule, dans des explications claires et concises, les traditions des grands maîtres de l'Italie : Durante, Porpora, Cafarelli, Crescentini , etc.

Un chapitre qui a pour titre : Mécanisme de la prononciation, aïrappé l'Académie des beaux-arts, qui (même chant à part ) l'a mentionné d'une manière toute particulière. Le xi e chapitre , qui traite de l'expression, de l'accentuation, du style et de la voix sombrée, contient des préceptes d'une haute portée destinés à offrir de nouveaux enseignements à tous les professeurs.

On trouvera aussi dans l'ouvrage de M. Stéphen delà Madelaine d'excellents principes, de précieuses instructions pour la pose du son , un travail remarquable sur les registres, et, en ce qui touche l'art, des considérations savantes qui doivent attirer l'attention des plus hautes intelligences musicales.

L'ensemble des conseils, les précautions hygiéniques indiquées dans le chapitre qui a pour titre : Hygiène des chanteurs, forment à eux seuls, un livre destiné à rendre les plus grands services.

Les Théories complètes du Chant comblent tout un abîme, car elles constituent non une nouvelle et inutile série de vocalises, trilles, grupetti et fioriture auxquels on néglige toujours de joindre la manière de s* en servir, mais une véritable méthode, c'est-à-dire : « une suite de règles pour bien faire ce qu'on fait, »

Tel est le but que s'est proposé M. Stéphen de la Madelaine, et que ses travaux scientifiques lui ont fait atteindre avec un succès digne de son talent d'artiste et d'écrivain. Léon gatayes.

Revue et Gazette des Théâtres. — 16 mai 1852.

Les grands réformateurs ont tous eu l'honneur de demeurer longtemps incompris. Cette flatteuse distinction, qui prouve que leurs idées échappaient au vulgaire en raison de leur élévation au-dessus de la

portée ordinaire des intelligences, ne saurait manquer à M. Stéphen de la Madelaine. En effet, il est, lui aussi, réformateur, et réformateur radical. L'analyse, dans sa méthode, remplace la routine. A tous les pourquoi il ajoute un parce que motivé. Aux serrures qu'on ouvrait au hasard, il adapte une clef. Gela parait tout simple au premier abord, et cependant cela est fort compliqué. L'art du chant est resté jusqu'à ce jour livré au caprice de tous les professeurs. Nul n'a songé à faire de la musique vocale ce que les grands théoriciens et patriciens en peinture ont fait du dessin, une science presque exacte, démontrant l'art sûrement, mathématiquement, avec une précision qui approche du raisonnement d'un chiffre ou d'une équation algébrique.

Il n'est pas une vérité utile qui n'ait été niée ; on niera donc l'utilité du livre de M. Stéphen de la Madelaine; mais qu'importe? ce livre n'en existera pas moins, et le temps lui donnera cette consécration, qui est la récompense des chercheurs d or de la pensée.

Le système adopté par M. Stéphen de la Madelaine ne saurait être analysé, car il est lui-même l'analyse complète de l'art. Son travail méthodique apprend à l'élève comment la voix se forme, comment elle se développe et s'assouplit, et comment elle peut devenir expressive. Après avoir anatomisé l'organe phoni-

n, il anatomisé le goût, la pensée et la volonté qui aettent en jeu. Une première lecture de son livre paraît aride, tant la science absolue y occupe une large part ; une deuxième lecture ouvre à l'intelligence de nouveaux horizons au bout desquels se trouve le beau idéal de l'art du chant; une étude approfondie doit faire franchir à l'élève studieux, qui veut se donner la peine de comprendre, toute la distance qui le sépare de la perfection entrevue et la lui faire atteindre.

A. C. Hénéric

Feuilleton du journal quotidien le Public— 3 juin 1852.

Les Théories complètes du Chant, par M. Stéphen de la Madelaine, annoncées depuis longtemps dans le

monde musical, viennent de paraître à la librairie d'Amyot, rue de la Paix. Cet ouvrage est destiné à apporter d'importantes améliorations dans l'enseignement public et particulier du chant.

Lors même crue M. Stéphen de la Madelaine n'annoncerait pas dans sa remarquable introduction que son œuvre est le fruit de vingt années de travaux persévérants et de recherches sans nombre, il serait facile de reconnaître, dès les premières pages de cette publication, que l'auteur a dù, pour arriver à réunir les connaissances nécessaires à ce vaste travail, se livrer à plusieurs genres d'études qui caractérisent des professions différentes , et dont cependant chacune a mérité à M. de la Madelaine une bonne part de sa renommée.

Ce n'était pas assez pour le savant théoricien, que le Conservatoire a compté au nombre de ses élèves, d'être un chanteur de premier ordre et un littérateur distingué : il a voulu être encore anatomiste et physiologiste pour dévoiler, expliquer et commenter tous les secrets de l'art vocal.

Les Théories complètes du Chant ne laissent dans l'ombre aucune partie de la science vocale, depuis le mécanisme de l'organe et celui de la prononciation, jusqu'à l'esthétisme le plus élevé; elles comblent une lacune dans les moyens d'études réservées aux chanteurs. — Ce traité, qu'il ne faut pas confondre avec les méthodes proprement dites, dont le but est de familiariser les élèves avec les difficultés de la vocalisation, est le premier qui ait développé dans de pareils détails toutes les connaissances nécessaires aux élèves, on pourrait ajouter, et même aux maîtres.

Aussi a-t-il obtenu , lors de sa publication partielle dans la France musicale, l'assentiment de tous fes artistes éclairés. L'Institut et le Conservatoire lui ont accordé leurs suffrages, qui seront bientôt sanctionnés du public.

L'ouvrage de M. Stéphen de la Madelaine n'est point, comme on l'a dit, un répertoire d'innovations dans l'enseignement de l'art vocal. C'est , au contraire , la réhabilitation de cette ancienne et pure école italienne

dont on ne s'est que trop écarté depuis quelque temps, même en Italie, pour admettre les doctrines nouvelles, qui ont, en plus d'une circonstance, produit de funestes résultats.

Ce livre, si éminemment classique et dans lequel le respect de la tradition perce à chaque page, fait le plus grand honneur à M. Stéphen de la Madelaine, et constate d'une façon brillante son remarquable et double talent de musicien et d'écrivain. Juliette Dillon.

A ces citations, déjà trop nombreuses, il faudrait ajouter une foule d'autres articles très-explicites, au nombre desquels on remarquerait ceux de Messieurs :

Hippolyte Prévost, dans le Moniteur Universel ,

De Brian, dans la Gazette de France ,

Jacques Offembach, dans Y Artiste et dans le Journal des Voyages,

Dumont, dans le journal quotidien YEstaffette ,

Jules de Prémaray , dans la Patine ,

Elwart, dans le journal le Souvenir,

Eugel, dans le Ménestrel,

Nous en passons « et des meilleurs. »

Parmi les lettres écrites à l'auteur par les plus illustres musiciens de l'époque et qui rempliraient tout un volume, on pourrait citer ici les précieux suifrages de Rossini , Meyerbeer , Halévy , ue Ponchard , ce patriarche de l'art français , du savant et regretté Batton, de Fétis père, de M me * Cinti-Damoreau, Sontag, Anna de la Grange, etc., etc.

Le texte des approbations officielles des grands corps de musique absorberait aussi bien des pages. Il faut nous borner à reproduire la lettre du ministre de l'intérieur, en date du 7 février 1850 :

« Monsieur ,

« J'ai l'honneur de vous transmettre copie du rap-

Î)ort qui m'a été adressé pour la section musicale de 'Académie des beaux-arts sur vos Théories complètes du Chant.

« Je me félicite, Monsieur, d'avoir à vous communiquer ce témoignage qui consacre dune manière aussi Honorable le mérite de votre importante publication.

« Recevez Monsieur , l'assurance de ma considération la plus distinguée. Ferdinand Barroî. »

Cette lettre a été suivie d'une souscription à 250 exemplaires de l'ouvrage pour les bibliothèques de France, soit 1,500 fr. à raison de 6 fr. par exemplaire in 8°, Tune des plus importantes souscriptions, comme nombre d'exemplaires, qui aient été accordées jusqu'à présent par l'administration supérieure.

C'est une forme d'approbation qui paraîtra , sans contredit, plus concluante et plus positive encore que toutes celles dont l'auteur a été lier et heureux de donner ici la copie.

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