‹ Théories et impressionsChapitre 1 sur 49 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

SOCIÉTÉ MiA.NÇAISK DTMPUIMEUIE ET DE I.IlîliAlKI

ANCIENNE LIBRAIRIE LEOÈXE, Ol'DlN KT C"' /5, Bue de Cluoy, 10

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Le « bloc » nous l'ait des loisirs, puisque toute résistance particulière ;\ sa tyrannie semble momentanéinent inutile. Pendant que la secte .jaco])ine et maçonnique, de nouveau triomphante, poursuit son œuvre, qui est l'oppression de la liberté et la désagrégation delà force française, nous n'avons rien de mieux à faire, ni peut-être autre cliose, que de chercher ce qui pourra nous délivrer, je ne sais quand, ni dans quelles circonstances.

Je ferai celte recherche en toute sincérité et, je l'espère, en toute indépendance d'esprit. lime semble que je ne puis être suspect aux vrais républicains, .le suis (lu peuple, et je ne fréquente pas ce qu'on appelle « le monde ». .l'ai été, pendant dixans, professeur de 1 Université. J'ai toujours été réiuiblicain. J'ai cru, un moment, à la » République

TIltOKIES ET IMPRESSIONS. l

alliônicnne » do Gamljelta. Jusqu'à ces dorniôres aiiiiLH;s,.j'ai admis, sans y réiléchir beaucoup, la république parlementaire. J'ai été antiboulangiste. J'ajoute que, jusqu'à « l'Affaire, «j'ai eu de très bonnes relations avec le régime. Les pouvoirs de la troisième Itépublique ont été plusieurs fois aimables pour moi. sans aucune sollicitation de ma part. Si je suis « un mécontent », ce n'est pas pour des raisons privées. Je n'attends rien, personnellement, d'un régime nouveau. Enfin, pendant quinze ans, j'ai eu la réputation d'un « dilettante » et d'un « sceptique. » ,\ujourd'hui même, je ne pense pas que l'on me regarde comme un doctrinaire ou comme un homme à préventions... Rappeler tout cela sans utilité serait d'un mauvais goût insupportable ; mais je le mentionne ici pour que nos amis de la « Patrie française » sachent mieux à qui ils ont all'aire et quel degré de confiance il leur convient di; ni'accorder.

Et maintenant, commençons.

11 me semble qu'il y a deux formes de gouvernement liarmonieuses et, par conséquent, deux solutions franch'is : la monarchie traditionnelle, et la république intégrale ou plébiscitaire.

LA THÉORIE ROYALISTK

.l 'essaierai (le l'exposer aussi exactement que possiiile.

M. Paul Bourgel, M. Ciiarles Maurras et ses disciples ont rajeuni avec beaucoup d'art la théorie de la uionarciiie traditionnelle. De même que certains prêtres, frottés de science, ont tenté de « moderniser » l'apologétique chrétienne, de même M. Maurras et ses disciples se sont employés à renouveler l'apologétique royaliste. Us ont eu une idée de génie : ils ont inventé la royauté positiviste. Entendez par là qu'ils ont su démontrer que la royauté était le système gouvernemental qui remplissait le mieux les condilions /i'7/(//T?/e.< d'un bon gouvernement, et qui répondait le plus exactement aux exigences de la réalité scientifiquement étudiée.

M. Charles Maurras est un excellent écrivain, souple, précis et fort, et un dialecticien d'une ingéniosité et <rune ténacité incroyables.— Positiviste, il se méfie des abstractions. Il excelle à dégonfler ce qu'il a appelé les «■ nuées » de la phraséologie révolutionnaire. C'est une « nuée », par exemple, que l'hypothèse néfaste de l'homme « naturellement

TIIKOUŒS IMILITIQUICS bon. " l'arrillriiii'iit, lu liljL^rlé n'est qu'un mol ; il y a <lc's lihcrli'S. l/i^galili' n'est <|u'uii mot ; unr iialinu ne se compose i)as de lètes égales, mais de groupes organisés, dont chacun a ses besoins et ses droits propres — Maurras croit, avec Taine, avec Bourget, que la Révolution fut une immense erreur. — L'objet de l'Etat n'est pas la justice idéale, ni l'établissement de la fraternité dans lu monde (chimère singulièrement profitable aux étrangers) : c'est l'intérêt et le salut publics, c'est la conservation et, s'il se peut, l'accroissement de la patrie parla lidélilé au.x traditions qui l'ont formée...

11 faut donc un pouvoir suprême et central, qui représente et défende les intérêts généraux et permanentsde la nation, qui garantisse l'ordre intérieur, les indispensables libertés et la sécurité nationale. — Pour que cet oftiee soit bien rempli, il faut que l'intérêt du chef co'incide absolument avec l'intérêt du pays. — Mais, en outre, il faut que le pouvoir central soit fort pour supporter les libertés provinciales etcorporatives ; et, pour avoir la force, il faut qu'il ait la continuité, il faut qu'il ait duré et qu'il dure, il faut qu'il soit héréditaire.

Or, le pouvoir d'un roi est le seul qui soit conforme à celle délinition imposée par la nature des choses. Le roi est fort de l'univre et des souvenirs de trente générations de rois qui ont fait la France. Son intérêt personnel se confond avec celui de la communauté. Le roi n'a pas à faire fortune; il n'a

LA TIIKOIIIE ROYALISTE n

]);isà cipiniuéi-ir le pri'iiiifr raiiK i '1 rPuI- se dévouer à tous sans arrière-pensée ; il est réellement riiomme de la nation. A ce chef héréditaire, les longs desseins extérieurs sont permis, car il sait que, lui mort, ils seront continués ; et les libertés ne sauraient lui porter ombrage. Son titre pourrait être : <• Roi de France, protecteur des républiques françaises. »

Cette formule est de Louis Veuillot. — Je ne crois pas que M. Charles Maurras ait pris la peine de rédiger la constitution nouvelle que le roi devrait nécessairement donner à la France. .Mais, bien (|uc M. Maurras ne soit pas clérical et qu'il soit même peut-être athée, je pense que sa constitution ne différerait pas es.sentiellement du projet que ce même Veuillot a tracé dans Paris pendant les deux sii'fjes, et qui, sauf quelque complaisance pour l'Eglise, me semble tout pénétré de raison pratique et, au fond, de libéralisme, à entendre le « libéralisme » comme M. Emile Faguet. Je détache de ce projet, afin que vous en preniez quelque idée, une demidouzaine de paragraphes.

« ... Chaque province ou Etat s'administrera librement par ses élus, depuis la commune jusqu'à la subdivision départementale, et jusqu'à la division provinciale ou Etat.

" F.a province aura sa magistrature, son budget, sa milice, son université ou ses universités ». (Donc

fi TIIÉnuiES POLITIQUES

siiiipri'ssion particlhî du budget central de l'instruction publique, selon le vœu d'Auguste Comte.) « Elle ne subira de contrôle que celui de l'assemblée générale, et sur les seuls points qui intéresseraient l'unité nationale.

« F^unilé nationale sera maintenue par l'hérédité de la l'onction suprême, présidentielle ou royale ; par la cour suprême de justice, par rassemblée générale ou états généraux...

« L'assemblée générale est élue par l'assemblée provinciale, et chaque province envoie le même nombre de disputés...

« Tout citoyen dans la province est éligible à l'assemblée générale.

« Tout Français est soldat et l'est toujours. C'est pourquoi aussi tout P'rancais est électeur éligible. . .

« Le citoyen jouit de la liberté de tester.

« Liberté d'association religieuse et civile.

« ... Les propriétés de l'Eglise sont soumises aux charges communes, et elle devra, dans un temps et moyennant les dispositions transitoires nécessaires, subvenir aux dépenses du culte. » (Donc suppression du budget des cultes, toujours selon le vieu d'Auguste Comte.)

« Les corporations ouvrièi'es existent de droit ; elles ciioisissent leurs olliciers, font leurs règlements et exer(!ent leur police intérieure.

n La commune et la corporation sont nécessairement propi-jétaires, et la loi les oblige d'avoir, par-

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