I.V TlIKilHIE ROYALISTE
lie cil fontls iiiiiiuiliiliers, [larlic on ri'iites, au moins (le quoi sullirc à un établissement liospitalier, selon leui' importance.
« La fonction du chef de tout l'Etat est héréditaire de màle en mâle, par ordre de priniogéniture. Il nomme ses ministres et ]>roi>ose les lois à l'assemlilée giMiérale... »
Kle...
A l'appui (le leur théorie, les néo-royalistes invoquent fréfiuemment, outre la Politique positive, de Comte et les Origines de la France contemporaine, de Taine, la Hé forme intellectuelle et morale, de Renan, et aussi la terrible réponse que lit ce philosopiie à M. Claretie, le 21 février 1889. Ils en citent volontiers ce passage sur la Révolution :
" ... On commit, de gaieté de cœur, l'erreur capitale, qui est de déférer à la masse la question qu'elle sait le moins résoudre, la question de la forme du gouvernement, elle choix du souverain... On s'imaginait que, sans dynastie, on peut constituer un cerveau permanent à une nation. De là une fâcheuse diminution de la raison centrale ; le sensorium commune de la nation se trouva réduit presque à rien. .\vec de précieuses qualités de courage, de générosité, d'amabilité, la mieux douée des nations, pour avoir laissé descendre tropl)as son centre de gravité intellectuel et moral, vit ses destinées remises aux caprices d'une moyenne d'opinion inférieure à la
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portôe d'f'sprit du soiivorain le plus iinMliorrp appolô au trône par les liasards de 1 hérédité. »
Et encore cette page dont la netteté ne laisse rien c'y désirer :
" ... Les liommes extraordinaires pour lesquels nous nous sommes passionnés eurent-ils tort, eur(Mit-iIs raison ?... .restime que, dans quelques années, on le saura. Si, dans di.x ou vingt ans (ceci est écrit, en i889), la France est prospère et libre, lidèle fi la légalité, entourée de lasympalliie des portions liliérales du monde, oh ! alors, la cause de la liévolution est sauvée... Mais si, dans dix ou vingt ans, la France est toujours à l'étal de crise, anéantie à l'extérieur, livrée, à l'intérieur, aux menaces des sectes et aux entreprises de basse popularité, oh ! alors, il faudra dire... que ces audacieux novateurs, pour lesquels nous avons eu des faiblesses, eurent aiisoiument tort... En politique, un principe qui, dans l'espace de cent ans, épuise une nation, ne saurait être le véritable. »
M. Charles Maurras et les néo-royalistes se sont très habilement servis des témoignages de cette espèce. A vrai dire, ces témoignages abondent, et ils sont impressionnants. On est forcé de reconnaître que le principe démocratique et le système électif ont eu contre eux les plus fortes tètes (je crois) du siècif! dernier, et non seulement des génies catholiques comme .losophde Maislre, Bonald, Le Play, — et Balzac, — mais des penseurs entièrement libres,
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tels ([110 Gomie, licnan et Taiiip, auprès dosqucls il faut bien avouer que les Sand, les Michelet cl les Ouinct ne font figure que de poètes sentimentaux. Cela a permis à M. Maurras et ?i ses compagnons de donner à leur thèse un vernis scientifique. «Nationalisme intégral » (pour dire royalisme) n"est pas une moindre Irouvailleque « monarciiie positiviste ». Sérieusement rArlion franraisc ■esl un très curieux laboratoire d'idées...
Le marquis de Carabas peut maintenant se dire « comtistc » ; les hobereaux s'étonnent d'être « dans le mouvement » ; et le royalisme, iiui passait Jadis pour un préjugé de cerveaux rétrograTdes, semjjle aujourd'hui une opinion jeune, une conception d'esprits émancipés et criticpies, une élégance intellectuelle.
Je n'opposerai à la thèse néo-royaliste aucune objection tiiéorique, mais seulement des objections tirées des faits.
Telle (ju'elle est présentée par M, Maurras et ses amis, elle est cohérente, harmonieuse, séduisante. Qui ne souhaite que Finlérèt du chef s'idenlifi(> réellement avec celui de la nation ? Qui ne souhaite un pouvoir assez assuré de sa durée pour que les longs desseins lui soient permis, et assez fort pour supporter les libertés provinciales et corporatives sans que l'unité nationale en soit menacée ?
.le iri''|)i-oiiV(' iiirme plus, à l'endroil t\v. l;i rov;uit(', un scutiinenl que, j'ai connu dans ma jeunesse, et qui, peut-être, n'était qu'un ingénu besoin de justice, mais qui était peut-être aussi, de son vrai nom, l'« envi(î démocratique ». .le trouvais autrefois injuste et il m'était insupportable qu'un roi « se fût donné seulement la peine de naître ■>. Mais, après tout, la plupart des hommes très riches, les femmes très belles et les hommes de génie ne se sont pas donné d'autre peine. Même, si je me place à ce point de vue de r « envie », il me semble qu'un plat petit bourgeois, élevé au premier rang par un hasard tout aussi gratuit (pie celui de la naissance, devrait offenser beaucoup plus l'àme d'un démocrate que ne le peut faire un souverain héréditaire ; car le petit politicien, devenu chef d'Etat, jouit bien plus avidement de l'appareil du pouvoir, est plus satisfait de parader, de faire barrer les rues quand il sort, etc., qu'un prince à qui cet appareil fut toujours coutumior et est, par suite, devenu indifférent... 11 est clair que celui des deux qui doit le plus nous agacer est celui à qui son privilège est le plus nouveau et qui le savoure le plus grossièrement.
,]e ne retiendrai même pas celle objection frapjianle, mais superficielle, que <' l'hérédité peut élever au lr('uie un homme de médiocre intelligence ». Ileiiau répond ù cette objection dans une i)ag(! que j'ai di'jà cité-e. Il reproche à la Itévojution d avoir remis lu destini'e du pays <■ aux caiirices d'une
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moyenne d'opinion inf'érieurn à In porlrc d'i'spril du souoerain Ir plux inédincrc appetr fin Inhir par 1rs luisariU de- l'Iirri'dilr ». M. M;inrrns njoiili'i'ait qu'un tel souverain serait encore suffisaninient éclairé par la coïncidence de son propre intérêt avec celui de la nation, et sulTisaniment soutenu et maintenu par là tradition de son métier et de sa race. J'admets tout cela. Reste le fâcheux risque d'un roi qui serait un méchant ou un l'on. Mais il ne saurait jamais être plus fou, plus méchant — ni plus (latiu;ereux — que le souverain à trois cent têtes (cliiHVç de la majorité Combes) qui nous i?ouverne aujourd'hui, — souverain d'ailleurs irresponsalile et sur lequel nous n'avons aucune prise: au lieu que nous saurions très bien par où prendre un roi décidément trop mauvais...
Qu'est-ce que je pourrais bien encore concéder à M. Maurras ? Je ne vois pas.
Mais il faut venir aux difficultés dr fuit.
Si la monarchie a été' ce ipu^ M. Maurras la dclinil ; si elle a eu cette force et celte bienfaisance ; si elle a été à ce point raisonnable, juste, naturelle, nécessaire ; si elle a eu ce caractère d'être exactement adaptée aux exigences de la réalité, aux besoins et aux intérêts de la communauté française, comment expliquer qu'elle ait cessé de vivre, et qu'elle ait même été si rapidement et si aisément déracinée?
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Los néo-royalistos no so lassont pas de vantor et d'invoquer les cinq admirablos volumes de Taine sur la Révolution. Ils ne parlent jamais de son volume sur l'Ancien Kégime. Pourtant, si Tautorité de Taine vaut sur le premier iMiint, elle vaut également sur le second.
Taine aparfailoment compris la beauté constructive de l'ancien régime, tel qu'il aurait pn être et demeurer. Mais il considère son histoire « comme un long suicide ». — « ...Fondateurs de la société, ayant, jadis, mérité leurs avantages par leurs services, les privilégiés ont (jnrdi: h'ur rang sans ronlimicr leur emploi ; dans le gouvernement local comme dans le gouvernement central, leur place est une sinécure, et leurs privilèges sont devenus des ahus. A leur tète, le roi, qui a fait la France en se dévouant à elle comme à sa chose propre, finit par iisrr if l'Ile eomnir de sa rhose propre ; l'argent public est son argent de poche ; et des passions, des vanités, des fail)lesses personnelles, des habitudes de luxe, des préoccupations de famille, des intrigues de maitresse, des caprices d'épouse gouvernent un état de vingt-six millions d'hornmes avec un arbitraire, une incurie, une prodigalité, une maladresse, un manque de suite ([u'on excuserait à peine dans la conduite d'un dcunaine privé. »
Fn outre, roi et privilégiés ont eux-mêmes encouragé (' la philosophie du dix-huitième siècle, le discrédit de la tradition, la prétention de refondre toutes