L'Église russe (3^ édition) . 1 vol
159. LoDiEL (R. P.). — Les Phénomènes télépathiques et le Secret de l'Au-delà (4e édition) 1 vo!.
70. Petit (R. P.). — Confréries musulmanes. — Histoire. — Discipline. — Hiérarchie (4e édition) .... 1 vol.
32. Saubin (A. T.). — La Synagogue moderne (7® édition) 1 vol.
44. — — Le Talmud et la Synagogue moderne (4e édition) 1 vol.
14-15. Thomas (Abbé). — Christianisme et Bouddhisme (8e édition) 2 vol.
Nous sommes à Ben ares. « Au fond d'un vieux jardin, une humble marson indienne, très basse, et que le temps a un peu marquée. Elle est toute blanche de chaux, avec des contrevents verts, comme les maisons d'autrefois dans mon pays natal. Mais le toit, qui s'avance beaucoup pour former alentour une véranda sur des piliers blancs, témoigne où l'on est, indique une région de soleil éternel... Rien que de très paisible et de très hospitalier, dans cette maison des Sages, toujours ouverte à qui veut y venir... Tout le jour les Sages travaillent et méditent, solitairement ou ensemble. Sur leurs modestes tables, sont ouverts des livres sanscrits renfermant les arcanes de ce brahmanisme qui a devancé de plusieurs millénaires (1) nos philosophies et nos religions. Dans ces livres insondables, les penseurs des
(1) Il va sans dire que je laisse au romancier la responsabilité de cette fabuleuse chronologie. Le langage de la science est très différent : « Les parties les plus anciennes des recueils brahmaniques doivent être contemporaines des plus récents hymnes des Védas » (soit 600 environ avant J.-C.) ; Victor Henry, Les Littératures de Vlnde^ Paris, 1904, p. 37 et 21.
vieux âges, qui voyaient infiniment plus loin que les hommes de nos races et de nos temps, ont déposé comme le summum de la connaissance ; ils avaient presque conçu Tinconcevable, et leur œuvre, qui avait dormi oubliée pendant des siècles, dépasse aujourd'hui nos compréhensions dégénérées. Aussi faut-il des années d'initiation, à présent, pour voir peu à peu, derrière l'obscurité des mots, s'élargir et s'éclairer les ineffables abîmes... Une femme, une Européenne échappée au tourbillon occidental (1), a pris place et s'est hautement imposée parmi eux (les Sages de Bénarès). Charmante encore de visage, sous sa chevelure blanche, elle vit là détachée du monde, pieds nus, frugale comme une épouse de brahme et austère comme une ascète. C'est sur son bon vouloir que j'ai compté surtout pour entr' ouvrir un peu à mon ignorance les portes redoutables du savoir (2). »
Des cent mille personnes qui ont lu ces pages, où Pierre Loti nous raconte sa dernière aventure religieuse, on en étonnerait beaucoup en leur disant que les Sages de Bénarès font des recrues, — et plus sérieuses peut-être que l'auteur de Pêcheur d'islande, — jusque dans notre monde occidental. Le fait est là néanmoins, et les théosophes ont en Amérique, en Angleterre, en France, ailleurs encore, leurs sociétés, leurs revues (3), leurs œuvres de secours mutuels et leurs cercles d'études, voire leur
(1) M"^9 Annie Besant {Note de Pierre Loti.)
(2) Pierre Loti, Vlnde sans les Anglais : Vers Bénarès^ chap. VI, 1903.
(3) La Revue théosophique française, le Lotus bleUy publie le sommaire de quatorze revues théosophiques distinctes d'elle-même.
école de peinture et leurs congrès internationaux : le premier s'est réuni les 19, 20 et 21 juin derniers, à Amsterdam, et a été moins bruyant, mais singulièrement plus cordial que le congrès socialiste qui lui a succédé dans la même ville (1). Ce qui est plus grave, c'est l'adhésion plus ou moins complète d'un nombre croissant de catholiques aux doctrines du Lotus bleu. On ne veut pas dire que ce nombre soit jusqu'ici considérable : il l'est assez pour provoquer les réflexions des bons esprits, et justifier, par là même, l'étude que nous proposons au lecteur d'entreprendre avec nous.
On a désigné longtemps, sous le nom de « théosophes » (et les Histoire de la philosophie leur réservent encore cette qualification), certains penseurs illuminés, dissidents mystiques de la philosophie reçue et de la théologie traditionnelle. Le trait commun qui les distingue, est la prétention de fonder leur conception des choses et de la vie, sur une communication directe, encore que confuse, et le plus souvent inexprimable, de la divinité. Toute une lignée de philosophes allemands a partagé cette croyance, depuis le haut Moyen Age jusqu'au milieu du XIX® siècle : le premier en date a été le cordonnier Jacob Boehme, auquel M. Boutrcux a consacré naguère une pénétrante étude (2) ; le dernier serait Franz von Baader. Hors de l'Allemagne, il s'en faut qu'ils n'aient pas eu d'émulés : Svedenborg en Suède, et le « philosophe inconnu » Saint-Martin, en France, ont été les représentants les plus notables de cette
(1) Compte rendu du congrès, par le docteur Th. Pascal, dans le Lotus bleu, juillet 1904, p. 149-152.
(2) E. BouTROUx, Etudes d'histoire de la 'philosophie^ p. 211- 289, 1897.
tendance. Il serait même aisé de leur trouver des ancêtres, et, sans parler des Sages de l'Inde, il faudrait rappeler ici les néo-platoniciens de l'école d'Alexandrie, Plotin, Proclus, Porphyre; les cabbalistes juifs, et, jusqu'à un certain point, les mystiques de l'école allemande du xiv® siècle, maître Eckhart et Jean Tauler. Mais vers la fin du xix^ siècle le nom de théosophe était tombé en déshérence, aussi bien qu'en discrédit les spéculations aventureuses qu'il avait toujours couvertes. Aussi n'y eut-il pas de contestation sérieuse élevée contre le petit groupe d'occultistes qui releva ce nom pour le faire sien. C'est de ces théosophes tard venus qu'il nous faut présentement parler : leur histoire, encore courte, se ramène tout entière à celle des deux femmes qui en ont été les infatigables — et souvent heureux — apôtres.