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MALADIES AIGUËS

En général, dans les fièvres et les phlegmasies aiguës, il faut être prudent [et réservé dans l'emploi des antiphlogistiques, et ne recourir aux médications débilitantes, et notamment aux saignées, que dans les cas graves et lorsque le tempérament et l'état actuel des forces le permettent évidemment ou indubitablement. Dans les pneumonies ou les fluxions de poitrine, où la résistance vitale est généralement faible, il est rare qu'il faille

33^ thérapeltiqll; appliquée.

saigner plus de deux fois ; assez souvent une seule saignée pourra suffire, et quelquefois même on peut s'en dispenser absolument. Dans tous les cas, et dès le principe ou du moins après la première saignée, on administrera la potion stibiée formulée à la page 309. On pourra l'alterner avec une potion gommeuse fortement kermétisée. — Des vésicatoires doivent aussi être appliqués dès les premiers jours et immédiatement après la saignée générale ou locale.

Quant aux fièvres aiguës continues sans localisation évidente, il faut être encore plus réservé sur l'emploi des émissions sanguines, ou plutôt il faut en général y renoncer absolument, et s'en tenir uniquement à la diète et à l'usage des boissons rafraîchissantes et féculentes et de quelques fruits et gelées appropriés aux goûts et aux besoins des malades. Quelquefois on donne avec avantage des bouillons de viande légers, ou du moins ce qu'on appelle des laits de poule. Il est même certaines fièvres continues, simples et bénignes où nous permettons des aliments plus substantiels encore, comme quelques potages légers ou un œuf ou deux, mais seulement dans le cas où l'appétit subsiste. Une diète sévère serait ici évidemment nuisible, comme l'expérience nous l'a prouvé. En un mot, la diète, tout égal d'ailleurs, doit être généralement bien moins

sévère que chez les malades du monde, et par conséquent les médications antiphlogistiques doivent

l'être également.

MALADirS CHRONIQUES.

Les plus fréquentes sont les faiblesses et les atonies de l'estomac {voyez gaslro-atonic, p. 219). On les combat par les toniques doux, et surtout par le vin, le régime animal ou le gras, et le séjour plus ou moins prolongé à l'infirmerie. Nous proscrivons presque absolument toutes les boissons aqueuses ou les tisanes, qui le plus souvent ne sont propres qu'à débiliter les organes digestifs. Dans les cas où nous donnons des toniques liquides, nous préférons constamment les vins médicinaux amers, comme celui d'absinthe, d'année, et quelquefois de quinquina dans les cas graves.

Les douleurs gastralgiques et gastrodyniques sont aussi assez communes; mais on les dissipe facilement à l'aide de nos pilules calmantes (voyez la page 118). Les vraies gastrites chroniques, au contraire, sont extrêmement rares; et quant aux gastrites aiguës, nous n'en avons encore rencontré qu'une seule chez les religieux et les religieuses de la Trappe ; elle a été mortelle.

Nous combattons également les gastrites clironi-

o36 THÉRAPEUTIQUE APPLIQUÉE.

ques par nos pilules opiacées, ou plutôt par la polion indiquée à la page 177. Bref, nos pilules calmantes conviennent éminemment dans presque tous les cas où il y a douleurs d'estomac, ou coliques, ou dévoiement, et surtout lorsque tous ces accidents se trouvent réunis. Ces médications adoucissantes et sédatives doivent dans tous ces cas être seules employées, à l'exclusion de toutes autres, et surtout des purgatifs et des vomitifs, auxquels nous n'avons d'ailleurs que très rarement recours, et seulement dans les cas où il existe évidemment un besoin réel d'évacuer, soit par les voies supérieures, soit par les inférieures. Dans ces derniers cas nous nous bornons aux boissons salines, ou à deux ou trois grammes au plus de poudre de jalap. En général nous n'émétisons ni ne purgeons jamais si l'appétit subsiste, quels que soient d'ailleurs l'état de la langue et le nombre et la qualité des symptômes d'embarras gastrique ou intestinal: le jeûne seul, d'ailleurs, comme on sait, rend la langue sale et muqueuse. Ainsi, en résumé, employez les sédatifs (les pilules calmantes ou la potion) toutes les fois qu'il existe quelque douleur abdominale gastrique ou intestinale, avec ou sans flux diarrliéique ou dysentérique, pourvu toutefois que cette douleur ne soit pas l'effet d'une péritonite, d'une gastrite ou d'une entérite aiguë. Dans tous les cas abstenez-

VOUS sévèrement de tout vomitif et de tout purgatif drastique, qui ne sont propres qu'à irriter ou à ruiner totalement les organes digestifs, et à causer, sinon des accidents promptement funestes, du moins un délabrement considérable et ordinairement plus ou moins incurable du système digestif. On a eu malheureusement trop souvent l'occasion de constater ces perturbations ou ces désordres phlegm;isiques ou organiques chez les malades qui. ont employé ce qu'on appelle le remède de Leroy, lequel, comme on sait, est éminemment irritant et acre, et à ce titre détermine presque toujours de vives irritations ou desphlegmasies abdominales interminables. Si quelquefois cependant ce purgatif drastique, encore usité dans quelques communautés religieuses, paraît produire quelque soulagement éphémère, vous pouvez être sûr que cette médication irrationnelle, aveugle, routinière, et en dehors de tout principe de thérapeutique, sacrifie constamment l'avenir au présent, et le plus souvent au grand préjudice des malades. Les mêmes réflexions s'appliquent à la saignée générale, à laquelle il faut très rarement avoir recours dans le traitement des maladies chroniques. Le plus souvent on pourra la remplacer par les ventouses scarifiées, ou par l'application de quelques sangsues à l'anus, et quelquefois aux jugulaires ou derrière les oreilles, suivant les

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cas et les circonstances. Nous croyons devoir insister sur ce point parceque généralement dans les communautés on est très porté à abuser des purgatifs et de la saignée : les temps des minutions sont passés.

Maintenant, si, après avoir détruitl' élément douleur par les calmants appropriés, il subsiste un défaut total d'appétit avec une lenteur et une torpeur digestives marquées (gastro-atonie) , on pourra employer les pilules toniques formulées à la page 225, auxquelles on joindra quelquefois une alimentation substantielle ou le régime gras ; souvent même le changement de nourriturej c'est à dire le régime animal tout seul, suffit pour ramener les fonctions digestives à leur état primitif et normal. '■^ Et, soit dit ici en passant, le meilleur moyen pour prévenir les infirmités, les langueurs, les faiblesses cachectiques des religieux et surtout des religieuses c'est de leur accorder en temps opportun quelques soulagements alimentaires avec le repos convenable.

De plus, il ne faut jamais perdre de vue l'état de la poitrine, particulièrement chez les jeunes sujets ou ceux qui supportent toute la fatigue du chœur, et il faut veiller spécialement sur l'état des fonctions digestives chez tous. Disons la vérité tout entière : presque toute la médecine monastique, ou du moins celle des religieux trappistes, consiste dans l'application d'un bon système hygiénique sagement coor-

donné avec les devoirs de chacun, et adapté aux besoins physiques et moraux de tous.

Si cependant il surgit quelque accident morbide, comme quelque accès de fièvre intermittente ou rémittente, arrêtez ou atténuez-le le plus tôt possible, sans perdre le temps à émétiser ou à purger, à moins qu'il n'y ait pour cela quelque raison particulière, comme une constitution médicale, ou une épidémie bilieuse, ou quelque autre raison individuelle ou constitutionnelle. Plusieurs accès de fièvre ne laissent pas d'aiïaiblir toujours plus ou moins, et sont certes constamment sans objet.

Combattez aussi dès le principe les toux sèches qui, au premier aspect, paraissent nerveuses, mais qui, au fond, ne sont que le résultat de la pratique des austérités et surtout de la fatigue du chant. Celui-ci, en elFet, lorsqu'il est immodéré, est peutêtre la cause la plus active de la phthisie accidentelle que l'on observe chez les jeunes religieux, et particulièrement chez les religieuses de dix-huit à trente ans. On rencontre de plus chez ces dernières de l'oppression, des douleurs de poitrine, suivies bientôt de la suppression du flux menstruel, qui amène à sa suite l'inappétence, la faiblesse digestive, la pâleur, la langueur, la mollesse et la flaccidité des chairs, en un mot un état qui se rapproche phis ou moins de la véritable chlorose.

Dans le principe, on peut combattre la toux sèche par les pilules de belladone (voyez page 102) unies quelquefois à la gelée de lichen, etc. ; mais certes on l'attaquera plus efficacement par les moyens négatifs et hygiéniques, c'est à dire par la cessation des causes et par tous les soulagements convenables et appropriés au tempérament des personnes et à la nature de leurs maux.

Quant aux femmes, dont presque toutes les maladies partent des systèmes digestif, nerveux et utérin, il faut les traiter par les toniques et les emménagogues doux, associés le plus souvent à quelque léger sédatif, sans chercher à remédier directement à la suppression menstruelle par les saignées générales ou locales, à moins qu'il n'y ait évidemment pléthore générale ou locale, ou quelque localisation phlegmasique. Cependant, dans les cas de suppression ou de diminution notable du flux menstruel sans état chlorotique ou atonique, nous conseillons assez souvent l'application de deux ou trois sangsues à l'anus ou à la partie supérieure et interne des cuisses, bien moins dans le but d'évacuer que d'irriter, de congestionner et de préparer de loin la pléthore utérine ou la fluxion menstruelle. Ces applications se font à l'époque cataméniale ou immédiatement après, s'il n'y a pas une suppression totale. Dans les cas ordinaires, on administrera avec avan-

APPENDICE. 3/il

tage les pilules toniques formulées à la page 225, avec une ou deux pilules calmantes par jour, s'il existe en même temps un peu de sensibilité gastrique, intestinale ou utérine ; de plus, on recommandera spécialement l'exercice, la marche, le mouvement extérieur, quelque distraction, en un mot toute l'expansion physique et morale compatible avec l'esprit de mortification et l'austérité de la règle.

Un bon moyen de conserver la santé de toutes les religieuses, quelles qu'elles soient, ce serait un travail régulier et journalier, en plein air, réglé sur la qualité des saisons et proportionné, quant à la durée et à l'intensité, aux forces et aux besoins des personnes.

Un point que nous croyons très important pour aider à prévenir les suppressions menstruelles, les toux sèches et les irritations de poitrine ou le commencement de la phthisie accidentelle, c'est de défendre sévèrement aux religieuses de se coucher le soir les pieds froids. Assez souvent il arrive que quelques-unes se lèvent à l'heure du réveil avec les pieds encore glacés et sans avoir pu se livrer au sommeil à cause du froid. C'est un inconvénient grave et fréquent que l'on ne doit jamais tolérer. Celles qui sont actuellement réglées doivent toujours être dispensées de faire la lessive, au moins à l'eau

froide. Il est inutilede dire ici que l'enflure des pieds

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et des jambes des novices clans les deux sexes n'est ordinairement qu'un accident peu grave et passager. Pour y remédier il suffit démettre pendant quelques temps hors du chœur ces sortes de malades.

Enfin, nous le répétons, le grand principe de toute la médecine monastique est de prévenir les maladies ou d'en enrayer le développement et la marche, au moins autant qu'il est humainement et médicalement possible. Cherchez donc avant tout à étouffer ces enfants naissants dans leur berceau, Princîpiis obsta, etc., et vous n'en verrez presque jamais grandir chez les religieux, surtout si vous employez fort peu de médicaments avec beaucoup d'hygiène. Nous croyons que c'est en grande partie à cette médecine prophylactique qu'il faut attribuer et le petit nombre des malades et la faible mortalité que l'on observe à la Grande-Trappe (Orne). Car il est certain, évident et statistiquement patent qu'on y est moins malade et qu'on y meurt sensiblement moins que dans le monde et même dans les autres maisons du même ordre. Il faut le dire ici, il faut le proclamer tout haut, afin que l'entendent et le comprennent et la politique, et la philosophie, et la médecine. Il est un fait, un résultat d'observation qui nous paraît singulièrement remarquable : c'est que le régime de la Trappe, que l'on croit généralement et faussement très propre à abréger la durée de la

vie humaine et à détruire les santés les plus robustes, est au contraire un vrai moyen de santé et de longévité (1) et un préservatif assuré contre les maux les plus terribles qui affligent l'humanité. On ne voit point chez les religieux trappistes cette nombreuse tribu de fièvres et de maladies redoutables qui sont le triste apanage des gens du monde adonnés à la bonne chère, et tout plongés dans les jouissances matérielles. Ces graves maladies, ce sont l'apoplexie, les anévrysmes du cœur, l'hydropisie, la goutte, la gravelle, la pierre, le cancer, le scorbut, etc. ; eh bien ! nous pouvons assurer que depuis trente-trois ans nous n'avons pas rencontré un seul cas de ces diverses maladies chez les religieux de la Trappe, pas même, chose qui pourra paraître incroyable en présence de nos idées préconçues ou de nos préjugés, pas même, disons-nous, un seul fait de scorbut, bien que nous l'ayons assez souvent observé sur les personnes du monde.

11 faut ajouter à cela que le terrible choléra de 1832 et de 18/i9 n'a envahi aucune des maisons de la Trappe. Ce fléau a fait de grands ravages dans les environs de la Grande-Trappe, à l'Aigle et à Mortagne ; mais il n'a pas franchi la clôture du monas-

(1) Des deux derniers abbés de l'ordre de la Trappe morts depuis environ dix ans, l'un, l'abbé de Melleray, était âgé de soixante-quinze ans, et l'autre, abbé d'Aiguebelle, avait atteint sa quatre-vingt-seizième année.

ZUU THÉRAPEUTIQUE APPLIQUÉE.

tère. De plus, une épidémie meurtrière d'angine couenneuse (diphtérite) a depuis près de vingt ans porté plusieurs fois la désolation dans la commune même où est située la Trappe (Soligny) . Ce mal encore est venu expirer au pied du mur de Tabbaye, où il n*a jamais pénétré. Il n'y a pas longtemps encore (l'automne de 1842) une épidémie de dyssenterie maligne, presque aussi dangereuse que le choléra asiatique, est venue frapper et désoler le pays. Ce nouveau fléau a particulièrement sévi sur la classe pauvre, et a choisi ses victimes parmi les personnes le plus mal ou le plus frugalement nourries, et, sous ce rapport, les religieux de la Trappe n'avaient-ils pas en apparence tout à craindre de l'influence délétère de l'épidémie, surtout en voyant atteinte de ce mal, et presque à leur porte, une famille tout entière composée de six personnes ? Enfin un mendiant, un aveugle-né, fut atteint delà maladie dans l'hospice même de la Trappe (ce petit hospice tient à la clôture de la maison). Le mal, quoique grave, fut promptement dompté. Comme les autres, il s'arrêta encore là, et brisa pour ainsi dire sa fureur contre le mur de l'abbaye; il semble qu'on eût dit à ces fléaux : vous irez jusque là et point au-delà. Usgue hue venies, et non procèdes amplius. (Job.) D'où provient ce résultat important et d'une immense portée considéré au point de vue philosophique et

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hygiénique? Essayons d'en découvrir le principe.

Que voit-on le plus souvent dans le monde ? de l'agitation, du trouble, un conflit de passions turbulentes, haineuses, ambitieuses, violentes, frénétiques, qui bouleversent toute la machine humaine, et trop souvent en détruisent la vie dans son principe. Combien ne voit-on pas dans le monde ces explosions de fureur crever (c'est à la lettre) le cœur par les anévrysmes, ou briser les cervelles humaines par de foudroyantes apoplexies !

Considérez d'un autre côté, chez les amateurs de bonne chère et les gastrolâtres modernes, ces immenses perturbations physiques ; portez vos regards attristés sur ces corps obèses, blasés et bouffis, dont les organes digestifs sont brûlés et corrodés par d'incessantes ingurgitations de viandes et de boissons les plus irritantes, les plus incendiaires et les plus propres à produire tous les maux les plus graves et les plus incurables. Est-il possible que l'organisation humaine la plus forte et la plus robuste résiste longtemps à l'impression délétère et toxique de tous ces principes de dissolution et de mort, à ces chocs brusques et à ces collisions violentes d'un sang enflammé et de la mollesse des tissus organiques ! On peut en quelque sorte comparer ces vastes corpsmachines, qui ne cessent jamais de fonctionner et de digérer, aux machines si compliquées de nos usines,

que la multiplicité des rouages et la vélocité des mouvements dérangent, détraquent et brisent si souvent. Voilà, selon nous, les principales causes qui usent et brisent les corps humains, fussent-ils de bronze ou de fer.

Considérons maintenant un instant la vie calme et paisible du pieux cénobite. Du fortuné séjour de la religion, de cet asile de paix et de bonheur sont à jamais bannis les noirs soucis, les peines et les inquiétudes temporelles pour l'avenir, de n^|p que les passions tristes et dépressives, les humeurs sombres et chagrines, etc. On n'y voit généralement que les reflets et les riantes images des affections douces et expansives, c'est à dire la joie et le témoignage d'une bonne conscience, le contentement, la paix, le bonheur, avec une immense espérance.

Qu'ils se trompent donc grandement ceux qui s'imaginent que les religieux pénitents sont des hommes sombres, mélancoliques et farouches ; qu'ils s'enterrent tout vivants et qu'ils deviennent volontairement la proie précoce d'une longue et douloureuse mort ! Non, leur vie n'est qu'une longue et bienheureuse paix; ou plutôt, comme dit un prophète, c'est un fleuve de paix qui les emporte délicieusement dans l'immortelle paix de Dieu... Ils semblent tristement languir et mourir aux yeux des mondains fascinés par la bagatelle du siècle ; cependant ils sont pleins

de vie, de santé et de joie, et ils goûtent, je le répète, une paix et un bonheur inconnus au monde : Visi siint oculis insipientium mori, illi autem sunt in pace. (Sap.)

Les raisons physiques de la santé et de la longévité des religieux sont leur tempérance et leur sobriété; l'abstinence des boissons alcooliques, un régime alimentaire simple, frugal, salubre, uniforme (1) , un travail manuel journalier au grand

(1) Nous ferions un volume si nous voulions rapporter tous les témoignages des philosophes païens en faveur de la tempérance et de la mortification des sens. Nous nous contenterons de citer un passage de Porphyre. Ce philosophe nous enseigne que a le seul moyen de « parvenir à la fin à laquelle nous sommes destinés, c'est de nous oc- « cuper de Dieu, de nous détacher du corps et des plaisirs des sens. « Si les hommes, ajoute -t-il, étaient plus sobres et plus mortifiés, ils « seraient moins injustes, moins mécontents de leur sort, et bien

« moins sujets aux maladies Ce sont les désirs inquiets, les be-

0 soins factices, les habitudes tyraniques qui tourmentent les hommes; c en y résistant lisseraient plus vertuexix et plus heureux. » {Traité de l'abstinence.)

Le régime abstène et pythagorique rend les peuples plus doux et plus humains, adoucit et épure les mœurs. Les romanciers et les poètes qui veulent peindre l'innocence de mœurs d'une famille ou présenter un peuple vertueux et doux ne manquent pas ordinairement de ne mettre sur leur table que des fruits, du lait et du miel ; tandis que les Cyclopes, grands mangeurs de viande, nous sont dépeints par Homère comme des hommes affreux. « 11 est certain, dit J. J. Rousseau, que les grands mangeurs de viande sont en général plus cruels et plus féroces que les autres hommes. » Il aurait pu ajouter qu'ils sont aussi en général plus stupides que spirituels.

air, toujours prudemment proportionné aux forces et aux dispositions individuelles, et, nous l'avons déjà dit, un système hygiénique sagement coordonné avec les devoirs de chacun et adapté aux besoins de tous. Enfin un gouvernement doux et paternel règle et équilibre tellement tous les exercices de l'esprit et du corps, qu'une constante et heureuse harmonie règne imperturbablement entre le moral et le physique de l'homme. Dans cette heureuse condition, la machine vivante et animée fonctionne tranquillement et librement, ses ressorts et ses rouages se meuvent d'une manière douce, uniforme et constante, et par là en perpétuent indéfiniment le jeu mécanique. On peut dire que le corps de l'homme tempérant reçoit peu et dépense moins, et que celui de l'intempérant reçoit beaucoup et dépense davantage. Il en résulte donc que, tout compte fait, il y a un déficit de vitalité pour ce dernier, sans compter l'excédant de \ usure de sa machine.

Certes le spectacle de la vie d'un fervent religieux est pour nous un haut et grave enseignement philosophique; c'est recueil contre lequel viennent se briser toutes nos illusions, nos conceptions chimériques et nos mondaines espérances. Un célèbre Lyonnais disait naguère aux religieux d'une des maisons de l'ordre de la Trappe : « Adieu, censeurs de nos frivolités ; votre aspect tourmente le monde comme

une désolante et sublime ironie; allez!... vous avez bien compris le mystère de la vie. »

Sans doute, malgré toutes ces conditions de santé et de longévité matérielles, l'heure suprême sonnera aussi au dernier des jours du pieux cénobite ; mais il l'entendra avec calme et sérénité, pour ne pas dire avec joie et allégresse; car c'est l'heure de sa délivrance. C'est le sage et le juste qui franchit avec transport le seuil de l'éternité. Ce passage est doux et paisible, et non violent et convulsif comme l'affreux trépas de l'impie et voluptueux mondain. La lampe a cessé de brûler faute d'aliment, mais elle ne s'est pas brisée ; l'organisation demeure entière, la flamme vitale s'est éteinte, le principe de la vie s'est échappé pour ne plus revenir, spirilusvadens et non rcdiens : ou plutôt l'âme, après quelques courtes épreuves et quelques légères tribulations, s'est envolée dans le sein de la divinité, dans la région des intelligences, pour y jouir sans fin, dans l'immortelle société des esprits, du bonheur ineffable de Dieu même. In paucis vexati, in muUîs bene disponentiir. (Sap.)

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