‹ Thérapeutique appliquéeChapitre 15 sur 131 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ans que le jeune malade n'a eu de nouvelle attaque.

M. le docteur Séguy, praticien distingué du département de la Drôme, ayant eu connaissance de notre méthode par la belladone, a employé cette héroïque solanée avec un succès marqué contre l'épilepsie, la chorée, etc. Ses observations ont été consignées dans la licvue médicale en avril 1839. Voici seulement un extrait des deux premières :

Henri M., âgé de trente et un ans, est épileptique depuis seize ans; ses attaques arrivent tous les huit jours, quelquefois plus rarement; cependant il ne 8* est jamais passé de mois sans qu'il en ait eu deux... Habitude de la masturbation depuis l'âge de quinze jusqu'à environ vingt-cinq ans. Insuccès de tous les traitements employésjusqu'alors. — Prescription : le 8 septembre 1837, deux pilules par jour de cinq centigrammes d'extrait de belladone chaque. — Le 12, trois pilules par jour. — 2 octobre, il n'y a point encore eu d'attaque; même prescription. — 10 novembre, les attaques n'ont plus rep.iru. — 12 décembre, point d'accès jusqu'alors. Le traitement est continué jusqu'au 6 mars de l'année suivante sans nouvelle attaque. On croit le malade guéri. Et en efi'et, en 18il/i, c'est à dire au bout de près de sept ans, il n'était pas encore retombé.

Un homme de trente-neuf ans est épileptique depuis vingt ans par suite d'une frayeur. Dès le dé-

tiO THÉRAPELTIOUE APPLIQUÉE.

but, les accès se montrèrent de quinze en quinze jours, puis toutes les semaines, plus tard tous les jours, et enfin jusqu'à dix fois dans les vingt-quatre heures. Plusieurs traitements ont été entrepris, dont les effets étaient de diminuer la fréquence des attaqueSj mais d'augmenter leur intensité, de telle sorte que le malade, aimant mieux éprouver une légère crise nerveuse huit ou dix fois par jour qu'une attaque avec perte de connaissance une fois par semaine, avait pris la résolution de ne plus rien faire, lorsque, le 25 décembre 1837, M. Séguy le mit à l'usage de la belladone ; deux pilules de cinq centigrammes chaque. Le lendemain , trois pilules. Trouble notable dans la vue et dilatation extraordinaire des pupilles. Pendant les premiers jours de janvier 1838, le malade n'a éprouvé que trois secousses.— Le 10, il dit éprouver un bien-être qui lui était inconnu depuis bien longtemps, et part avec cinquante pilules pour vingt-cinq jours. — 20 février. Le malade se plaint d'une susceptibilité nerveuse qui le fatigue. — Le 28 avril, il n'avait plus rien senti, et reprend ses occupations habituelles. — Le 8 juillet, il revenait d'un grand voyage, et avait, disait-il, perdu le souvenir de son ancienne maladie.

Un autre médecin du midi nous a communiqué dernièrement, enlre autres résultats heureux obte-

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nus par la belladone, le fait suivant : un homme de quarante-six ans, épileptique depuis cinq ans, a été complètement délivré de ses accès aussitôt qu'il a commencé à prendre l'extrait de la belladone (depuis près de cinq mois).

Il y a environ un an, un aumônier des prisons d'une grande ville nous manda ce qui suit : « Le jeune épileptique que je vous ai adressé, il y a trois ans, est aujourd'hui complètement guéri, ainsi qu'un autre pour lequel vous m'avez fait envoyer la formule de l'extrait de belladone. »

Voici ce que nous a écrit dernièrement un de nos anciens élèves, le docteur R. : « La jeune malade que j'ai conduite chez vous, il y a bientôt un an, était depuis huit mois atteinte d'accès épileptiformes qui se montraient plusieurs fois })ar jour, malgré l'emploi des divers moyens qu'on cherchait à leur opposer. Vos pilules de belladone ont procuré la guérisou de cette alTreuse maladie ; car, dès le douze ou quinzième jour de leur administration, les accès ont été en dimiiuiant, et au bout de quatre mois la guérison a eu lieu. Aujourd'hui cette jeune personne jouit de la santé la plus florissante. ->

Un père de famille nous a fait part de ce qui suit : « J'ai 1 honneur de rappeler à votre souvenir qu'il y a environ quinze mois je conduisis chez vous ma petite fille qui était malheureusement attaquée de.

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crises nerveuses (épilepsie)... J'ai aujourd'hui le bonheur de vous annoncer qu'elle se porte parfaitement... Seulement, il y a environ dix mois, elle ressentit encore une faible crise, mais qui n'était rien en comparaison de celles qu'elle éprouvait auparavant. » La belladone a été employée pendant plusieurs mois.

Un enfant de onze ans était atteint , depuis plusieurs mois, d'attaques nerveuses avec perte de connaissance, qui le prenaient à peu près tous les jours. Extrait de belladone, 15 centigrammes en trois prises dans la journée et par gradation. Cessation des accès dès les premiers jours. Seulement un mois après, simulacre d'attaque à l'occasion d'une indigestion. Cet accès paraît avoir été le dernier.

On nous a écrit de la Vendée : « Sept épileptiques ont été guéris avec vos pilules de belladone. Trois autres malades qu'ils m'ont adressés depuis sont en voie de guérison ; mais je ne puis connaître encore en entier le résultat du traitement. — J'ai guéri encore quatre jeunes personnes avec la belladone et vos pilules anti-hystériques, dont l'une d'entre elles avait tenté inutilement pendant longtemps toute espèce de remèdes, » Il y a tout lieu de croire que ces quatre jeunes malades n'étaient que des hystériques.

On ajoute encore : « Une autre (probablement

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encore une jeune fille hystérique) ne tombe pas tant qu'elle prend les pilules de belladone, de sorte que ses parents ne veulent pas qu'elle en discontinue l'usage, d'autant plus que ses règles, auparavant supprimées, reparaissent quand la malade prend des pilules de belladone. Enfin il s'est trouvé une jeune fille chez qui vos pilules anti-hystériques n'ont produit aucun efiet. »

Un jeune homme de dix-huit ans était épileptique depuis l'âge de sept à huit ans. A huit ans, chose assez singulière, il eut une frayeur qui suspendit le cours des accès pendant un an. Mais aussi à celte époque, c'est à dire h neuf ans, la maladie reparut beaucoup plus intense et surtout plus fréquente, c'est à dire que, les deux premières semaines, les crises revenaient jusqu'à vingt fois par jour, et avec une telle violence qu'il fallait trois personnes pour contenir le malade. Enfin les accès diminuèrent peu à peu de fréquence, et se réduisirent à trois ou quatre par jour. 11 csl inutile de dire que toute connaissance était perdue. Le malade resta dans cet état pendant environ cinq ans, quoiqu'il eût employé force remèdes dits anti-épileptiques. Au bout de ce temps il vint nous consulter, et nous lui fîmes subir le traitement delà belladone. Dès les premiers jours les attaques furent suspendues. Le trouble do la vue fit momentanément interrompre le traitement. Deux

mois après le malade éprouva encore une crise qui fut suivie de deux autres à un mois d'intervalle. Ces accès ont été les derniers, et depuis trois ans et demi il n'a plus rien éprouvé. On peut croire que, dans cette guérison, l'époque de la puberté est pour quelque chose.

Un médecin nous a communiqué, il y a quelques semaines, le fait suivant :

« Une jeune fille d'une vingtaine d'années vit un militaire se brider la cervelle. Elle en fut si effrayée et si bouleversée que depuis elle a éprouvé à peu près tous les jours des accès d'épilepsie avec perte de connaissance. Les troubles nerveux étaient si graves et si violents que les assistants en étaient tout épouvantés. La perte de connaissance durait quelquefois plusieurs heures. Cette fille avait un frère de huit à neuf ans, qui déjà depuis assez longtemps était aussi épileptique. Ils ont été guéris tous les deux en prenant chacun vingt centigrammes d'extrait de belladone par jour. »

L'extrait de belladone employé dans ces deux cas avait été pris à notre pharmacie, ce qui, comme on le verra tout à l'heure, n'est pas une circonstance indifférente.

Cependant, nous devons ajouter que nous avons rencontré des cas d'épilepsie très intense où la belladone ainsi que tous les autres remèdes dits anti-

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épileptiques ont été complètement inutiles. L'hiver dernier nous l'avons vue échouer de la manière la plus complète chez un jeune homme très fort, et qui n'était épileptique que depuis moins d'un an. Nous avons même chez nous un domestique très robuste, d'une trentaine d'années, atteint, sans cause connue, de très forts accès épileptiques, qui deixiis dix à douze ans reviennent à peu près toutes les cinq ou six semaines. Nous l'avons traité à diverses reprises par nos pilules de belladone, et jamais nous n'avons pu, à, l'aide de ce remède ni d'aucun autre, éloigner les accès ou en diminuer l'intensité. Nous avons donc abandonné ce pauvre malade comme absolument incurable ou réfractaire h tous les moyens, de l'art, nous ne disons pas de la nature, car avec la révolution de l'âge, les modifications du lempérament et des diathèses morbides, les maladies chroniques nerveuses ou autres peuvent subir des transformations favorables, et même se terminer par certaines éruptions cutanées, des espèces de crises d/'pitmtoires, ou même elles peuvent insensiblement s'éteindre sans être suivies d'aucune autre maladie ou crise quelconque. Depuis que nous n'employons plus aucun remède chez ce dernier malade, ses accès vont en diminuant d'intensité. Qui pourranousassarerqu'ilne guérira pas par la puissance des seules synergies, c'est à dire par la force médicatrice de la nature?

UQ IHÉRAPELTIQUE APPLIQUÉE.

Il y a donc des épilepsies qui résistent complètement à l'action de la belladone, et alors ordinairement les autres moyens demeurent également impuissants. 11 y a plus, il est des sujets auxquels elle est évidemment nuisible: ce sont des natures toutes particulières. Nous avons vu, sous l'influence de cette solanée, tout héroïque qu'elle est, les accès augmenter chez une femme qui était épileptique depuis plus de vingt ans. Il a fallu absolument y renoncer.

Il est au reste très important de faire remarquer que, dans les cas d'épilepsie qui résistent à l'administration de l'extrait de belladone, même à haute dose et longtemps continuée, il faut quelquefois suspecter les qualités de l'extrait employé ou même peut-être son mode de préparation. Voici un fait curieux qui vient à l'appui de cette assertion ; Un enfant de dix à onze ans éprouvait depuis plus d'un an des accès épileptiques avec perte de connaissance, etc. Le médecin ordinaire de la famille, dès le commencement de la maladie, avait administré sans aucun effet l'extrait de belladone pris dans une des pharmacies de la localité. Ce médecin, étonné et découragé de son insuccès, conseilla de conduire l'enfant chez nous, ce qui eut lieu, il y a environ deux ans. Le même remède fut continué et à la même dose ; mais c'était l'extrait de belladone préparé à la pharmacie delà maison : depuis ce moment, c'est

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