PREMIÈRE PARTIE
malismale, gouUeuse, pléthorique, saturnine ou autre, c'est à dire sans lésion grave, anatomique, inflammatoire, traumatique ou organique de la moelle spinale. — Autrefois, avant que nous connussions l'action spéciale de la voix vomique sur la moelle épinière, nous n'employions guère que les moxas appliqués à la région lombaire ou vers le sacrum; mais, depuis au moins une vingtaine d'années, nous commençons toujours le traitement des paraplégies par l'extrait alcoolique de noix vomique, d'après la formule suivante :
Pr. Extrait alcoolique de noix vomique. (i gram. Poudre d'amidon, quantité sullisante pour 120 pilules.
.MODE D'aDMIMSTRATIO.N.
. On prendra une demi-pilule le premier jour, une entière le second, deux le troisième, et l'on augmente chaque jour d'une pilule jusqu'à six en vingtquatre heures, que l'on prendra en trois fois : un tiers matin, midi et soir, deux ou trois heures avant les repas. A cette dose ordinairement on éprouve des crampes, des raideurs ou contractions spasmodiques, convulsives et douloureuses dans les membres paralysés. Dès que ces effets se manifestent on
ne peut plus du tout augmenter la dose des pilules ; on devrait même de suite la diminuer si les crampes ou les contractions spasmodiques étaient un peu fortes, ou cesser tout à fait. Il suffit que ces effets aient lieu à un degré très modéré, et il faut même, en général, augmenter la dose des pilules jusqu'à ce qu'on obtienne ce résultat, c'est à dire que l'on peut aller graduellement jusqu'à huit à dix par jour, toujours en trois fois, comme ci-dessus. Si, après avoir employé ces pilules pendant un mois ou deux, le malade n'en a obtenu aucun avantage appréciable, nous appliquons ordinairement un large moxa à la région lombaire, et même successivement un second et un troisième s'il est nécessaire. Nous ne croyons avoir employé ces pilules avec plus ou moins de succès que douze à quinze fois au plus, et seulement contre les paraplégies et les paralysies circonscrites, partielles et locales. Nous n'avons obtenu quelquefois que des effets passagers et fugitifs, ou si légers qu'ils équivalaient à un complet insuccès.
Quant à l'hémiplégie, je ne sache pas que j'aie ol)tenu un seul succès complet et bien constaté de l'emploi de la noix vomique contre ce genre de paralysie, c'est à dire l'hémiplégie complète, à moins qu'elle ne fût nerveuse ou rhumatismale, ou humorale, etc. Dans le traitement des hémiplégies apoplectiques, surtout au commencement de la maladie,
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nous nous attachons spécialement, ou plutôt uniquement, à préserver le malade de nouvelles attaques ; et à cet eflet nous conseillons de petites et fréquentes applications de sangsues à l'anus, par exemple de trois à six tous les mois, et pendant au moins un an : ces applications sont faites moins dans le but d'évacuer que de congestionner vers le rectum, et de tenir lieu d'hémorrlioïdes. Quand le sang se portera davantage vers la tôte, et particulièrement au printemps, on fera une application évacuante de quinze à vingt sangsues, ou même une saignée générale, suivant le besoin ou l'intensité de la fluxion. Nous joignons ordinaireinent à ces médications révulsives et évacuantes l'usage des pilules aloétiques. Sans doute nous avons vu les hémiplégies apoplectiques diminuer pendant que nous leur opposions la noix vomique, tout comme dans les cas où nous n'administrions aucun remède, c'est à dire que, dans les deux cas, l'hémiplégie a diminué à proportion que s'est opérée la résorption du caillot de sang épanché dans la substance cérébrale. Nous concevons cependant que la noix vomique pourrait n'être pas inutile à une certaine époque, où l'on pourrait raisonnablement présumer que le caillot est réduit à son plus petit volume possible, ou à un léger noyau (ibrineux enkysté, devenu désormais irrésorbable. On serait autorisé, ce nous semble, à
lll THÉI'.APELTKjCli APPLIQUÉE
croire à cette réduction si l'hémiplégie restait stationnaire depuis plusieurs mois, et que l'on ne vît plus aucune tendance à la guérison. Dans ce cas on peut en espérer quelque effet salutaire. C'est ainsi que nous avons obtenu des effets inespérés dans un cas de paraplégie complète par déviation ou gibbosité vertébrale. De même encore nous avons fait cesser, comme nous l'avons vu plus haut, des accès épileptiques par l'extrait de belladone seul, chez un homme qu'une fracture du crâne avait rendu épileptique. Dans tous ces cas de lésion traumatique ou organique, les parties molles, le cerveau et la moelle épinière, d'abord plus ou moins violemment distendus, finissent par se mouler sur les parties osseuses, s'haËituent en quelque sorte à ces nouveaux rapports, et un état primitivement pathologique devient à la fin une sorte de fonction physiologique, plus ou moins modifiable, comme toutes les autres, par les agents thérapeutiques.
Nous n'avons par devers nous que très peu défaits de guérison de la paralysie de la vessie par la noix vomique, et seulement un ou deux cas de guérison d'incontinence d'urine chez les enfants ; et peut-être môme encore il n'y a eu que simple coïncidence, sans rapport de causalité ; car nous l'avons employée en vain dans bien d'autres cas, chez les enfants comme chez les adultes. Nous n'avons qu'un exemple
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de guérison de la chute du rectum chez un enfant. Nous rapporterons ici un fait qui prouve qu'il peut se rencontrer des personnes excessivement sensibles à la noix vomique, et chez lesquelles il serait par conséquent dangereux de commencer son extrait alcoolique mOme par dix centigrammes, comme on le conseille dans le Dittioiindirc des aricnrcs médicales (article Hémiplégie). La première fois que j'ai administré l'extrait alcoolique de noix vomique, il y a environ une trentaine d'années, c'était chez une femme atteinte d'une paraplégie complète contre la- ((uelle on avait épuisé toutes les médications. On avait même employé jusqu'au moxa, si je ne me trompe. Je fis donner l'extrait alcoolique de noix vomique seulement à un centigramme environ, et il y eut des secousses assez vives; j'augmentai la dose, et je donnai trois centigrammes, dose que je ne pus jamais élever à cinq centigrammes sans produire des secousses violentes, alarmantes et comme tétaniques. Cette femme s'est trouvée parfaitement guérie en ne prenant que'trois centigrammes d'extrait alcoolique par jour, au point de pouvoir marcher et faire une lieue de chemin à pied au bout de six semaines ù, deux mois. Si l'on avait commencé par dix centigrammes, on l'aurait probablement tuée. Depuis cette époque j'ai toujours commencé par une dose très minime.
"6 JHÉRAPELTIQLE APPLIQLÉE.
C'est d'après cette considération que, dans les paralysies des membres et dans certaines affections spinales, nous n'avons ni n'aurons jamais recours à la strychnine pure, qui n'a aucun avantage sur l'extrait alcoolique de noix vomique, et qui, en raison de son volume trop exigu, offre le grave inconvénient d'être plus difficilement maniable, et plus propre par là môme à produire des accidents. (1)
(1) Nous n'avons jamais été grand partisan de toutes ces réductions chimiques de la forme des poisons, qui généralement ne s'administrent qu'à petite dose, comme la noix vomique, l'opium, la digitale, la belladone, etc. La moindre erreur de dose, ou un léger quiproquo dans l'emploi de la strychnine, de la morphine, de la digitaline, de l'atropine, etc., peut, comme on sait, causer les accidents les plus graves et la mort même. On parle dans le Bulletin de Thérapeutique, avril 18i5, d'un empoisonnement mortel causé par oing centigrammes d'acétate de morphine absorbés par le corps muqueux de la peau, et d'un autre fait où un demi-grain sefilement d'hvdrochlorate de morphine, pris de la même manière, a produit des effets toxiques ; et, ajoute-t-on, « les auteurs conseillent d'en confier jusqu'à dix grammes à l'absorption. » Nous avons connaissance d'un fait arrivé dans notre département, où un lavement de sulfate de morphine a tué un enfant. Ces terribles catastrophes ne seraient point arrivées si l'on n'avait pas connu les sels de morphine. On sait d'ailleurs aussi que le crime a exploité ce redoutable poison, tandis qu'on ne se sert pas ordinairement de l'opium comme moyen d'empoisonnement.
La médecine avait-elle un besoin réel des préparations de morphine? Est-ce que les diverses préparations opiacées, connues et employées depuis si longtemps, ne suffisaient plus aux besoins de la thérapeutique? Quel praticien s'est jamais plaint du laudanum de Sydenhani, de celui de lîousseau ou de l'extrait aqueux d'opium ? Ces médicu-