‹ Thérapeutique appliquéeChapitre 32 sur 131 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

leur violacée des yeux et du pourtour des paupières, qui persista encore quelques jours et finit par disparaître. Les aHtres enfants de la même famille subirent le traitement avec autant de succès à mesure qu'ils furent pris. Chez d'autres enfants du même endroit on obtint le même succès. Bientôt on vit arriver une foule de parents qui, désolés de voir leurs enfants en proie à une affection pour laquelle ils leur faisaient prendre de force des médicaments qui apportaient à peine un léger soulagement, venaient demander des secours à celui qui avait ^uéri si facilement les précédents, et eurent quelques jours après le bonheur de voir leurs enfants prendre non seulement sans répugnance, mais avec plaisir, un médicament qui leur rendait à la fois la vie et la santé. Enfin plusieurs centaines se présentèrent dans le cours de cette épidémie, et furent par le même moyen délivrés en huit à dix jours. Dans tout ce nombre, que j'ai pu facilement observer, il n'y en eut qu'un qui, à la seconde dose, fut saisi de quelques mouvements convulsifs qui effrayèrent la rtière et empêchèrent de continuer le remède. Je présume que le médicament avait été mal pesé, et que ce n'est qu'à une méprise qu'est dû ce léger accident. Mais un fait contre plusieurs centaines pourrait-il être mis en présence ? Je demeure donc intimement convaincu que la poudre de la racine de

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belladone est un spécifique contre la coqueluche, s'il est vrai qu'il en existe.

« Si ce moyen a été si longtemps ignoré, je crois qu'on doit l'attribuer à deux causes principales : la première c'est qu'on employait la plante dès le début, ce qui produisait rarement de bons effets ; la seconde c'est qu'on était trop timide pour la dose qu'on désirait employer : cette timidité est bien justifiée par l'action énergique de cette plante sur l'économie animale ; mais en suivant un juste milieu rien n'est à craindre. 11 est certain que la belladone est excitante; du moins on observe qu'elle provoque la sueur, accélère le pouls, donne de la sécheresse à la bouche, etc. Elle peut donc augmenter les irritations auxquelles on l'oppose. Il suit de là que la coqueluche dans le début ou la première période, qui n'est qu'une irritation à laquelle on doit opposer des aniiphlogistiques, doit nécessairement être exaspérée à cette époque par la belladone. Cependant il n'en est pas toujours ainsi, car j'ai vu des enfants chez lesquels on l'avait employée à cette époque qui ne s'en étaient pas mal trouvés ; au contraire, ils en avalent été légèrement soulagés. J'ai remarqué aussi que cela avait principalement lieu chez les enfants faibles et nerveux. Quoique le système nerveux soit prédominant chez tous les enfants, il en est cependant chez lesquels il prédomine davantage. Mais,

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règle générale, si on veut obtenir de bons effets de la belladone dans cette affection, il faut qu'elle soit employée dans la seconde période, quand les symptômes inflammatoires ont disparu, vers le dix ou douzième jour. Elle a un effet d'autant plus marqué que l'époque où on l'emploie est plus éloignée de la période inflammatoire ; il est toujours prudent de ne pas l'employer avant cette époque. »

Nous l'avons déjci dit, cette thèse, imprimée en 1822 à Paris, est le premier écrit c.r professa qui ait paru en France sur les propriétés médicinales de la belladone, c'est à dire dans un temps où cette plante y était à'peine connue de nom, et n'avait point encore pris rang dans la matière médicale et dans les officines. Au temps de nos premiers essais sur la belladone (en 1815), faits de concert [avec notre parent et ami le docteur Vernaelde, praticien distingué dans le département du Nord, nous ne connaissions en France que le docteur Marc qui l'eût employée à cette époque, et seulement sur trois sujets.

Voici la méthode thérapeutique ou les règles que nous avons établies relativement au mode d'administration de la belladone depuis les années 1817 et 1818 : la dose se règle sur le nombre de mois de l'enfant; autant de fois cinq centigrammes qu'il y a de mois d'âge à donner en douze jours. Ainsi, pour un enfant de six mois on donnera trente centi-

grammes en douze jom\s ; un enfant de deux ans et demi ou trente mois en prendra un gramme et demi en douze jours. Pour les enfants au dessus de six ans on ne dépasse pas la dose de trois grammes pour douze jours, et toujours en trois fois. Exemple d'une formule pour un enfant de trois ans ou trente-six mois :

Pr. Poudre de racine de belladone. ... 2 gram. Divisez en douze paquets égaux.

MODE D'ADMINISTRATION

On donnera un paquet par jour en trois fois, un tiers matin, midi et soir, délayé dans une cuillerée de lait sucré. S'il y a des vomissements, on fera en sorte, s'il se peut, de donner la poudre immédiatement après une crise de vomissement et de toux. Avant d'administrer ce remède on combattra les symptômes phlegmasiques ou pléthoriques par les sangsues, etc. ; et en général on ne le commence pas avant le dixième ou le douzième jour, ou même quelquefois le quinzième. Enfin on attend que les quintes aient pris leur caractère propre, spécifique ou pertussiqiie.

II paraîtrait, d'après plusieurs médecins, que h

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belladone aurait été impuissante dans quelques épidémies, ou du moins qu'elle n'y aurait été que d'une utilité fort secondaire. Nous n'avons pas le droit de nier la justesse et l'exactitude de ces observations pour ne pas les avoir faites nous-raème. On ne peut se refuser à les admettre quand on se rappelle combien le caractère des maladies épidémiques est inconstant et variable. Nous voulons croire que les préparations de belladone employées dans ces épidémies étaient de bonne qualité et toutes semblables à celles que nous faisons nous-mCme avec la belladone toute fraîche tirée de notre jardin botanique. Cependant ces insuccès assez souvent constatés , dit-on, ne peut-on pas les attribuer, au moins en grande partie, à l'exiguité de la dose de la belladone administrée dans ces épidémies? Ce qu'il y a de certain c'est que presque tous les médecins emploient la belladone à trop faible dose, surtout contre la coqueluche. C'est ce qui nous est arrivé à nousmème dans nos premiers essais ; et nous n'avons obtenu de succès positifs et constants que lorsque nous avons donné ce médicament suivant les règles que nous avons établies en 1817 (voir la page 97). De plus il faut noter que nous n'employons que la racine de belladone contre la coqueluche.

Si nous avions réellement bien et dûment constaté l'inefficacité de la belladone dans quelque épi-

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demie de coqueluche, nous aurions, à l'exemple de Sydenham, de Stoll, etc., étudié avec tout le soin dont nous sommes capable le caractère et le génie de cette épidémie de coqueluche, afin de nous assurer si elle était de nature inflammatoire, catarrhale, bilieuse, muqueuse, etc. De plus nous aurions examiné avec un égal soin le caractère de la constitution médicale de la saison, de l'épidémie, des maladies courantes de l'année et même de l'année précédente, afin d'en établir ou d'en constater la corrélation avec l'épidémie de coqueluche actuellement régnante. De là nous aurions fait découler les indications thérapeutiques. Si par exemple le génie épidémique eût été inflammatoire, nous aurions insisté davantage sur les médications antiphlogistiques; s'il eût été catarrhal, bilieux ou muqueux, nous aurions fait prévaloir les médications évacuantes, vomitives, etc., sauf à recourir ensuite au sédatif spécial, à la belladone, après la destruction ou l'atténuation des divers éléments morbides précités. Tel eût été et serait toujours notre plan de conduite dans la réalisation de l'espèce présente, ainsi que dans celle de toute autre espèce possible.

Nous avons dit tout à l'heure que dans la coqueluche nous n'employions que la racine seule de belladone. Voici entre autres un fait curieux qui vient

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justifier et confirmer ce genre de médication ou ce principe.

Un de nos anciens élèves pratiquant dans le midi nous a mandé il y a quelques années ce qui suit : « Nous avons une épidémie de coqueluche que personne ne guérit ici... J'ordonnai au commencement de l'épidémie, pour plusieurs enfants, la poudre de racine de belladone, toujours d'après votre méthode, cinq centigrammes par mois d'âge pris en douze jours, un tiers malin, midi et soir. Je voyais toujours que lorsque le traitement était fini la maladie marchait comme auparavant... Je ne donnais cependant la belladone qu'après la disparition de la période d'irritation ou de l'inflammation bronchique. Etonné et ennuyé de tous ces insuccès, je demandai à voir les poudres, qui étaient tout simplement des poudres de feuilles de belladone. Le pharmacien, n'ayant jamais eu de poudre de la racine, crut que celle des feuilles ferait le môme effet. Maintenant, depuis qu'il s'en est procuré, mes coqueluches cèdent toujours à un seul traitement, et souvent huit ou dix jours suflisent. Aussi je fais ici le monopole en fait de coqueluches. »

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