‹ Thérapeutique appliquéeChapitre 42 sur 131 · DÉ1'E>DANCES · texte numérisé non relu

DÉ1'E>DANCES

Bien que notre sujet ne le demande pas, nous ne pouvons nous dispenser de mentionner en passant le traitement de l'inflammation aiguë de l'œil, quand ce ne serait que pour la saisir à son passage à l'élat chronique.

Si l'ophtlialmie est intense et franchement inflammatoire, nous commençons ordinairement par les saignées générales, ou du moins, selon les circonstances, par de fortes applications de sangsues à l'anus, aux jugulaires ou derrière les oreilles, et presque jamais autour des yeux, ni aux paupières, ni aux tempes ; car très souvent nous avons vu les ophthalmies s'aggraver sous l'influence de ces ap- [•lications trop locales, et pour deux raisons, selon

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nous : d'abord paiceque ordinairement on les met en trop petit nombre, ce qui fait que plus de sang est attiré qu'il n'y en a d'évacué, et par conséquent l'irritation s'en accroît k proportion ; en second lieu, ces sortes d'applications so-nt souvent faites contre les règles de l'art et contre les principes de la théorie des fluxions, parfaitement développée par Barthez, c'est à dire qu'on applique les sangsues trop tôt, au commencement de la fluxion, avant qu'elle soit arrivée à son état ou à son summwn, et par là on la complète et on la consomme. Nous avons constaté un très grand nombre de fois ces résultats fâcheux ; et depuis plus de vingt ans nous avons généralement renoncé aux applications de sangsues autour des yeux ou aux tempes. Pour qu'elles ne nuisissent point, il faudrait qu'on les mît en nombre considérable, afin que l'évacuation fût large et abondante. Nous n'employons d'autre collyre que des réfrigérants répercussifs, c'est à dire des compresses froides très souvent renouvelées ou rafraîchies par de fréquentes irrigations d'eau froide. Depuis que nous avons recours à ce puissant sédatif, nous voyons bien moins souvent survenir ces funestes inflammations, après l'opération de la cataracte, lesquelles, comme on sait, compromettent si souvent le succès, pour ne pas dire qu'elles le rendent trop souvent absolument nul.

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Au moment où nous écrivons ceci, un vieillard robuste et sanguin, opéré depuis huit jours, sous l'influence de cette médication rélVigérante, a été exempt de toute inllammalion. Maintenant il voit très bien d'un œil et laiblcment do l'autre, où il y a une semi-ascension, mais sans inllamniation. Il est vrai, avant l'opération, ce malade avait été saigné et purgé, lin autre malade fut opéré il y a ({uelques semaines. 11 voulut partir le jour même conti'C toutes les règles de laprudcnce, et lit deux lieues à cheval. A l'aide desimpies compresses froides il n'a éprouvé aucune inflammation, et voit très bien aujourd'hui. Avant l'opération il n'avait subi aucune préparation,

Sil'ophthalmieest moins inllammaioire, et qu'elle semble revêtir un caractère que nous appelons sércn.r et cattirr/ml, lequel se décèle par la faiblesse du sujet, une sensibilité oculaire moindre ou nulle, un état œdémateux de la conjonctive qui est d'un rouge pâle ou blafard, l'œdème des paupières, très peu ou point de fièvre, etc.; dans ces cas nous sommes très réservé sur l'emploi des émissions sanguines ; mais nous insistons davantage sur celui des révulsifs, des dérivatifs, des purgatifs et des collyres plus ou moins stimulants.

Si les antiphlogisliques ne procurent pas la résolution de l'ophtlialmie, et que par cet insuccès elle

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passe à la troisième période que nous assimilons au commencement de l'état chronique, nous avons de suite recours aux dérivatifs puissants et aux collyres plus ou moins excitants, c'est à dire que nous appliquons un large vésicatoire à la nuque. Il y a plus, si le cas est fort grave, s'il y a chémosis, que la cornée commence à s'obscurcir, à se troubler, à offrir les diverses teintes opaline, brunâtre, verdâtre, jaunâtre, roussâtre ou pierre à fusil, comme dit Wardrop, rougeâtre, etc. (on sait que toutes ces teintes traduisent les diverses nuances de kératite) , et qu'en un mot l'œil soit menacé d'une désorganisation prochaine, et plus encore si celle-ci est déjà commencée et en progrès, dans cette conjoncture extrême nous faisons établir sur-le-champ un séton à la nuque avec un vésicatoire au dessous, que l'on entretient jusqu'à ce que le séton soit en pleine suppuration. On peut y joindre l'emploi des révulsifs comme des purgatifs plus ou moins répétés. Voilà certes une médication bien active et qui paraîtra un peu violente peut-être. Si ce traitement, éminemment énergique et perturbateur, n'est pas du goût de quelques individus, il n'en est pas moins vrai qu'il a sauvé la vue à un grand nombre de personnes qui très probablement l'eussent perdue avec des moyens moins actifs. Nous devons le dire encore, aucun traitement à nos yeux n'égale en puis-

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sance lliL'rapeiJlique cette double nK'di:^alion, alors qu'une ophtbalmie est sur le point de désorganiser les yeux. Dans les cas ordinaires, mais graves et sans urgence extrême, le séton seul suffît, et quelquefois même le vésicatoire. Nous employons en même temps et dans tous les cas les collyres plus ou moins excitants et résolutifs, comme celui, par exemple, fait avec l'acétate de plomb liquide, doux grammes, ou soixante centigrammes d'acétate de plomb cristallisé, sur cent vingt-cinq grammes d'eau de roses pour lotions, cinq ou six fois dans la journée. De plus on instille dans l'œil deux gouttes, matin et soir, d'une solution de nitrate d'argent cristallisé, cinf( centigrammes de sel sur fpiinzc grammes d'eau distillée. C'est d'après les médecins anglais ou américains, Mackensic, Gutbrie, Lawrence et surtout Merlin, que nous employons cet excellent modificateur des opbtbalmies cbroniques. Ce doux catbérétique commence à devenir d'un nsage presque général contre ces ophthalmies, les taies et les ulcérations de la cornée. On peut même étendre son emploi aux opbtbalmies aiguës ; mais alors on en diminue la dose, cinq centigrammes sur trente grammes d'eau distillée.

A une période plus avancée, lorsque la première irritation est plus ou moins atténuée ou même presque entièrement détruite, mais qu'en même temjjs

Déaiiraoins la cornée s'est obscurcie, s'est couverte d'une espèce de nuage qui est le produit d'une matière lymphatique ténue, épanchée dans la conjonctive cornéale, ou entre la conjonctive et la cornée, ou même entre les lames de celle-ci, ou enfin lorsqu'on aperçoit des taies, de petites ulcérations ou des abcès dans l'épaisseur de la cornée, etc. ; dans tous ces cas, suites graves de kératite, nous insistons davantage sur les excitants, et nous remplaçons les collyres saturnins par celui de sulfate de zinc, un gramme trente centigrammes de ce sel sur cent vingt-cinq grammes d'eau de roses, ou plutôt nous administrons celui de sulfate de cuivre, un gramme sur la même quantité de véhicule. Ne craignez pas le cuivre ; le cuivre, a-t-on dit, est l'ami de l'œil comme le fer est l'ami de l'estomac. En même temps on continue les instillations de la solution de nitrate d'argent, dont on augmente quelquefois la force dans des cas graves ou rebelles, en en mettant quinze centigrammes ou même bien davantage sur trente grammes d'eau distillée.

Nous avons aussi employé, mais en vain, la méthode du docteur Pamard, c'est à dire le calomelas à haute dose, deux grammes par jour et jusqu'à salivation (1). Nous n'avons essayé, il est vrai, cette

(]) « Dix-neuf fois sur vingt, dit M. le professeur Velpeau, on peut

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médication que dans deux cas d'ophthalmie !fort graves, et, nous le répétons, sans effet appréciable. Nous ne devons point parler ici des diverses médications qu'exigent les ophtbalmies spécifiques :>cela n'apprendrait rien de nouveau aux praticiens. D'ailleurs, comme on sait, elles se traitent pour te Tond par les principes généraux.

Quant à l'ophtlialmie granuleuse, quelle que soit son espèce, spécificpie ou ordinaire, que la conjonctivite soit oculaire ou qu'elle soit patpèbrale (blépbaiTte), on emploie les collyres excitants et astringents ci-dessus mentionnés ; et s'ils sont insullisants on touche les granulations avec un cristal de sulfate de cuivre, et mrme au besoin avec un crayon de nitrate d'argent, ce qui généralement ne se fait que dans les cas de blépliarite granuleuse ou conjonctivite palpébrale granuleuse. Immédiatement après cette opération on instille dans l'œil (pielques gouttes d'eau froide. Nous préférons ordinairement au nitrate d'argent un cristal de sulfate de cuivre, comme caustique plus maniable, plus doux et également eflicace.

Dans quelques circonstances où la sensibilité de Yœ\\ se réveillait facilement nous avons associé aux instillations cathérétiques celles de laudanum de

annoncer la p;iiéiison d'une ophlhaluiic aiguë, kéialite ou initis, des que V salivation se manifeste. »

1^^ THÉllAPEi hou: Al'PLlQLÉn.

Sydenham, deux ou trois gouttes matin et soir. On sait que le laudanum a été beaucoup préconisé dans ces derniers temps contre les simples taies, indépendamment de la circonstance de la sensibilité oculaire. Mais quand celle-ci est fortement exaltée soit par l'inflammation de l'iris ou de la rétine, soit par une irritation purement nerveuse ou une excessive susceptibilité du malade, soit enfin par un vice scrofuleux qui a déterminé une véritable photophobie (onfsait combien sont fréquentes ces exaltations excessives de la sensibilité optique dans les ophthalmies scrofuleuses des enfants) ; dans tous ces cas nous employons avec un très grand avantage le collyre suivant :

Pr. Eau de roses 125 gram.

Extrait de belladone 2 gram.

Dissolvez.

MODE D'EMPLOI

On s'en lave les yeux quatre ou cinq fois par jour, et on y maintient appliquée une compresse imbibée de la même liqueur.

Si l'on aperçoit sur la cornée de petits ulcères ou qufM([ue tendance aux érosions ulcéreuses, on les

I)F.(xU:me partie. 12V»

caiit('!rise avec un cristal très pointu de sulfate de cuivre. On peut avec le même cristal toucher les points lacrymaux relâchés, dans le but de combattre un épiphora incommode ou un commencement d'obstruction des conduits lacrymaux.

Quant aux taches de la cornée, nous les combattons par le collyre d'azotate d'argent ci-dessus indiqué, p. 126, seul, et surtout associé au collyre suivant :

Pr. Eau de roses 130 gram.

Sulfate de cuivre 1 gram.

Sulfate de morphine 10 centigr.

Si les taches de la cornée résistent à tous les collyres liquides, et qu'il n'y ait d'ailleurs aucune irritation dans l'œil, on peut essayer comme dernier moyen le collyre sec suivant :

l'r. (^alomel (à la vapeur) . . \

Oxide de zinc (tuthie). . ' (30 centigrammes.

Sucre candi

Mêlez exaclenionl et réduisez en pou(h<' iniprdpable.

MODE D'EMPLOr.

On fera des insufflations matin et soir au moyen d'un tuyau de plume. Si l'œil en devenait notablement rouge, enflammé et douloureux, on cesserait de suite. Nous avons eu rarement recours à cette poudre, ordinairement avec assez peu d'effet et toujours en causant plus ou moins d'irritation.

Lorsque les deux yeux présentent des taies centrales et indélébiles ou leucomatiques, nous faisons instiller, comme nous l'avons déjà dit plus haut, dans les yeux deux gouttes d'une solution concentrée d'extrait de belladone. On renouvelle ces instillations tous les deux ou trois jours, et tous les jours s'il est nécessaire. Nous avons eu recours quelquefois au même moyen dans quelques cataractes centrales. A l'aide de ces instillations nous avons parfois rendu une sorte de vue à quelques aveugles, qui les mettait à même de se conduire et de se livrer à certains petits travaux. Un fait curieux s'est offert à notre observation en 1815 ou 1816. Il est consigné dans la thèse de M. le docteur Mazier, sur la belladone. Voici comment il le raconte : a Pourrait-on exprimer la joie d'un homme qui, privé de la vue depuis un grand nombre d'années, n'a pu un seul instant jouir du bonheur de voir sa famille, les per-

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