VIII PRÉFACE
ses et la puissance dominatrice de la vérité. Placé depuis longtemps dans une position médicale qui nous permet d'observer et d'étudier les maladies chroniques sur une large échelle, nous avons entrepris, dès le commencement de l'année 1817, une série d'expériences dans le doublé but d'instruire nos élèves et de constater l'efTicacité ou l'inefficacité des agents ou des méthodes thérapeutiques généralement employées dans les maladies chroniques. Nous avons choisi ces sortes de maladies pour sujets de nos observations et de nos expériences, parceque les maladies chroniques affluent chez nous journellement des villes et particulièrement des campagnes dans un rayon fort étendu. (Nous appelons icimaladies chroniques toutes celles qui permettent aux malades de se faire transporter pour recevoir les secours de la médecine.) D'ailleurs l'étude de ces madies inspire un intérêt particulier, parceque, ici du moins, la puissance de l'art se révèle plus pleinement, la mission et le ministère du médecin sont plus facilement et plus justement appréciés que dans lo trnilemont dos maladies
l'UKIACK IX
aiguës. Cette remarque d'ailleurs n'est pas nouvelle; nous voyons, dans le second siècle de notre ère, Cœlius Aurelianus s'exprimer ainsi en parlant des affections chroniques : « Les maladies aiguës se guérissent assez sou- « vent d'elles-mêmes, soit par les seuls efforts « de la nature, soit même par un pur effet du ff hasard. Les maladies chroniques, au con- « traire, ne guérissent ordinairement ni par le « hasard ni par le bienfait de la nature ; elles i( réclament formellement l'intervention d'un « médecin habile, et lui préparent, s'il réussit, « une part de gloire plus grande et plus assu- « rée. » [Revue médicale.)
Peut-on aussi bien apprécier la puissance de la médecine dans le traitement des maladies aiguës, comme, par exemple, dans celui des fièvres dites typhoïdes, (|uand on considère que ces sortes de lièvres sont aujourd'hui traitées par des méthodes si différentes entre elles, pour ne pas dire si opposées ? Les uns en effet les combattent par les saignées, les autres par les toniques, d'autres par les purgatifs, etc. , et tous également vous produisent un gros chiffre
X pkéfacl;.
(le giiérisons. Si ces méthodes sont contraires, il s'ensuit que, si une d'elles est utile, la méthode opposée est nécessairement nuisible, toutes choses égales d'ailleurs. Reste donc à savoir quel est le traitement véritablement utile, et c'est précisément l'inconnue du problème, qui n'est pas encore trouvée. (1)
Quelque malin détracteur de la médecine pourrait dire peut-être : Dans toutes ces guérisons que vous me vantez, la nature a triomphé des maladies et quelquefois peut-être aussi des remèdes ; et, quant aux morts, les malades ont succombé à la maladie malgré tous vos remèdes,"et peut-être quelquefois au farrago de tous vos remèdes ; donc, dans tous les cas, l'art de guérir est, dans l'espèce (fièvre typhoïde), au moins toujours inutile^ je n'en ai que faire, et je m'en tiens uniquement à la médecine expcctante, c'est à dire à la diète et à l'eau.
(1) Voir notre Essai analytique et synthcllquc sur La doctrine des cléments morbides considères dans leur application tlwrapcutiqîir, 18^9. On y trouvera une appréciation de la doctrine des fièvres ai^^uës faite à un point <!c vue nouveau, et dont l'objet spécial est l'examen et le iraitement de la lièvre typhoïde. (Note de la /redit.)
PllÉFACE. XI
Cette conclusion finale de notre sévère Aristarque est médicalement illogique; car la médecine purement expectante est souvent insuffisante (1). Et en effet, dans un très grand nombre de cas il est nécessaire de réprimer ou d'exciter les systèmes sanguin et nerveux, quelquefois même de modifier Tapparcil digestif et de provoquer de salutaires évacuations. Nous ne blâmons donc point les méthodes en elles-mêmes, mais seulement leur emploi trop exclusif. Nous nous servons de toutes, ou plutôt nous prenons le plus souvent quelque chose dans toutes, c'est à dire que nous nous attachons à combattre les accidents ou les symptômes prédominants, ou à remplir les indications culmi-
(1) Jo sais qu'on a vu des épidrinii'-, et moi-mr-mo jo pourrais en cilor, où rcilains inalados, quin'avaionlou pu leur pouvoir que la dièlc et l'eau, oui néanmoins t^aéri , tandis que quelques autres, quoi(iue réijulii'iement traités, n'en ont pas moins succombé. Cela prouve seulement que la médecine expectante pure et simple est quelquefois une bonne méthode; c'est à dire (pie, dansquehpies c^s, ne rien faire en apparence c'est réellement faire l)eauc()np. Ht si ces malades ont été guéris sans rinlervcniiondu médecin, ils ne l'ont pas été toutefois sans le secours de la médecine, qui prescrit, comme premier remède dans les maladies ai^^uës, la diète cl les boissons aqueuses.
XII PllÉI-ACE.
nanles par les moyens que nous croyons les plus appropriés, quels qu'ils soient d'ailleurs.
C'est ainsi que l'on peut expliquer peut-être le mot de Dance : la médecine expectante bien interprétée. L'opinion de ce médecin, comme on sait, était que les guérisons des fièvres typhoïdes sont dues le plus souvent aux seuls efforts de la nature ; que les traitements par les émissions sanguines, les toniques ou les évacuants sont funestes ou n'ont que des succès passagers ou contestables, et que par conséquent on devait se renfermer dans une médecine expectante bien interprétée (1). Revenons à notre objet principal.
Ce que nous publions aujourd'hui est le résultat abrégé ou le résumé général de plus de trente ans d'expérimentations thérapeutiques faites sur les agents les plus puissants de la matière médicale. (2)
(1) Celte opinion est discutée et appréciée à sa juste valeur dans l'ouvrage que nous venons de citer : Essai analytique, etc. fXote de la h' édit.)
(2) Nous commençons par la belladone et nous finissons par la digitale. Bien qu'aujourd'hui l'emploi de la première soit de\enu vulgaire, nous pailcrons dos cas nombreux où nous
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Nous ne nous sommes pas proposù de dire ce que les autres ont déjà dit ou fait, ni ce qu'ils font ou devraient faire; notre tâche à nous est de rapporter avec simplicité et vérité ce que nous avons fait et vu nous-mème. Nous ne parlerons donc en général que de ce que nous nous croyons plus particulier et plus spécialj sinon pour le fond des méthodes curatives, du moins quant à leur forme, leurs modifications ou leur côté posologique(l). N'acceptez nos données et nos principes qu'après un sérieux et mùr c\amen, ou plutôt faites-leur subir hi rude et sûre épreuve de l'expérience : cxpcrirc. Nous ne prétendons imposer nos convictions à personne; nous les avons puisées dans l'expérience clinique : faites de même à
avons cmplovi'' cf' puissant niodilicatour du système nerveux, (ît nous l'iTons voir qu'on rc point nos expériences remontent à l'iiiniée ISlô, c'est à dire à une épo{pie où, du moins en France, cette plante héroïque n'avait pas encore pris rang dans la matière médicale. Celte priorité de l'emploi de la belladone sur luie vaste échelle est étal)lie dans ce travail non par simple voie d'assertion, mais pai' voie de preuve ou de démonstration, comme on le verra plus bas.
(1) Si, en général, nous employons les médicaments à haute dose, c'est que la plus grande partie de nos malades se compose des habitants de la campagne.
XIV PUÉFACJi.
l'égard de nos méthodes de traitement; vérifiez et éprouvez-les : encore une fois, experire.
Ce travail est divisé en trois parties : la prenjière comprend la classe des névroses ou névropatkies ; la seconde, celle des plilegmasies, et la troisième renferme la classe des asthénies.
Nous avons ajouté à la fin un certain nombre de formules qui n'ont pu trouver place dans le corps de cet ouvrage. Ces formules, qui nous sont plus ou moins propres ou spéciales, et qui ne se trouvent point dans les formulaires ordinaires, ont en général subi l'épreuve du temps et d'une longue expérience. Enfin nous terminons tout notre travail par l'exposition d'une nouvelle méthode ou échelle posologique qui, selon nous, facilite singulièrement l'art difficile de formuler avec exactitude, précision et célérité.