DEUXIÈME PARTIE
lente; amaigrissement, dérangement digestif, peu ou point d'appétit; langue jaunâtre et blanchâtre, amertume, dyspepsie, constipation; souvent selles dures, grises, cendrées ou blanchâtres, etc.
Le traitement que nous opposons ordinairement à l'hépatite chronique consiste dans l'emploi combiné des émollients externes et des délayants laxatifs à l'intérieur. Ainsi on maintient presque constamment appliqué un large cataplasme émollient sur les régions hépatique et épisgastrique, ou plutôt sur toute la moitié supérieure de l'abdomen. Ces applications se font surtout la nuit, et le jour également si le malade garde le lit. Elles sont faites dans le but d'exciter Id diaphorèse générale et surtout la sueur de la région hépatique, par l'espèce de bain local qu'elles produisent constamment. On donne môme quelques bains généraux si les malades ne sont pas trop affaiblis, et lorsque en mC'me temps ils éprouvent une vive démangeaison cutanée, ce qui est assez ordinaire quand il existe un ictère général. De plus on donne des lavements émollients matin et soir.
Indépendamment de ces moyens externes, nous administrons à l'intérieur de larges doses de bouillons aux herbes , comme choux , navets , carottes , oseille , laitue , chicorée , poireaux , cerfeuil , etc. , dans lesquels on dissout douze ou quinze grammes
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(le quelque sel neutre et particulièrement de crème de tartre soluble, suivant l'usage généralement reçu. Cependant, depuis quelque temps, nous préférons le sulfate de soude ou de magnésie comme plus sûr dans ses effets. Plus tard, lorsque l'irritation est diminuée et qu'une détente générale et locale lui a succédé , on remplace les bouillons laxatifs par la poudre de rhubarbe, laquelle, comme on sait, a généralement la réputation d'agir spécialement sur le duodénum comme l'aloès sur le gros intestin, et d'être, par cet intermède , l'excitateur spécial de l'organe sécréteur delà bile. Ainsi, d'après l'opinion commune des médecins, la rhubarbe fait couler la bile. Comme, dans l'espèce , nous ne voyons aucun inconvénient à accepter ce principe ou cet axiome de thérapeutique , nous donnons toujours cette précieuse racine à la dose d'un gramme ou deux par jour à titre de stomachique et de laxatif. Voici un fait qui en justifie l'emploi et qui vient à l'appui de tout ce que nous venons de dire : Il y a vingt et quelques années , on nous amena dans un cabriolet un respectable ecclésiastique d'un endroit assez éloigné (six lieues) eu égard à la position très grave et très critique du malade. Cet homme était un curé de canton , âgé d'environ soixante ans, et d'un tempérament éminemment bilieux. Depuis assez longtemps déjà, il était atteint d'une affection
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grave du luie. Nous constatâmes une tension douloureuse des régions épigrastrique et hépatique, ictère général extrêmement intense , fièvre forte , le pouls au moins à cent , peau très chaude et très sèche, amaigrissement considérable, anorexie complète, soif vive , langue jaune et sale, amertume, nul travail digestif, constipation très opiniâtre. Le malade se croyait sans ressource : c'était aussi le sentiment des personnes qui nous l'avaient amené avec tant de peine. Le plus habile médecin de l'endroit n'avait pu , disait-il, lui procurer le moindre soulagement. Pour tout traitement, il aflirmait n'avoir pris que des pilules fondantes. Le traitement ci-dessus exposé fut administré, c'est à dire des bouillons laxatifs, dos cataplasmes et des lavemonls émoUients. Dès le lendemain , moiteur générale , pouls moins fréquent et mou, liberté du ventre, sentiment de bien-ôtre, mieux sensible. Quelques jours après, les bouillons furent remplacés par un gramme de poudre de rhubarbe, et le malade s'en trouva bien: mais, grâce à un quiproquo du pharmacien , qui en donna deux grammes au lieu d'un, il fut beaucoup mieux encore , et la guérison fut parfaite au bout d'un mois.
Une réflexion se présente ici naturellement à l'esprit : cette hépatite, quoique chronique, ou avait
subi une recrudescence, ou elle s'était jointe à une
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fièvre ou à une irritation générale aiguë, ou peutêtre enfin à une irritation gastro-intestinale aiguë. Quoi qu'il en soit, toujours est-il qu'il existait un état d'acuité qu'il fallait combattre de prime abord par les délayants , les rafraîchissants et les doux laxatifs, et non par des pilules réputées fondantes, c'est à dire plus ou moins stimulantes ou toniques et par conséquent irritantes. Règle générale : médicaments liquides, adoucissants et délayants dans les maladies aiguës, et médicaments solides et toniques dans les affections chroniques.
Il est bon de faire observer en passant que nous n'avons pas cru devoir appliquer des sangsues à l'anus ni à la région du foie, bien qu'il y eût irritation générale et locale, fièvre, etc., parceque, premièrement, le malade était trop faible et trop amaigri ; et en second lieu parceque nous sommes très réservé sur l'emploi des sangsues dans les affections chroniques du foie accompagnées d'ictère, et encore davantage quand la jaunisse existe seule, ou du moins sans lésion organique appréciable du foie.
Nous avons lu autrefois dans une note du traducteur des Maladies des enfants, par Rosen, médecin suédois, que dans les ictères, par une disposition particulière du sang , l'application des sangsues était souvent suivie d'hémorrhagies très difficiles à arrêter , an point de pouvoir quelquefois devenir