III. — Traitement
Les tumeurs encéphaliques sont médicalement incurables ; il serait donc tout à fait inutile de diriger contre elles un traitement interne de quelque nature qu'il fût, si les productions syphilitiques ne faisaient exception à cette règle générale et ne guérissaient quelquefois sous l'influence des iodures. Or, comme il est, la plupart du temps, tout à fait impossible de déterminer par le diagnostic la nature de la formation néoplasique, le chirurgien ne doit intervenir que le jour où, après un essai de quelques semaines, le traitement interne peut être déclaré tout à fait impuissant.
L'opérateur se trouve alors en présence de deux cas tout à fait différents : ou bien l'existence de symptômes de lésion en foyer permettent d'affirmer, de soupçonner, tout au moins, que la tumeur occupe une zone déterminée de l'écorce ; ou bien, au contraire, le mal ne traduit son existence que par des signes de compression diffuse. Dans le premier cas, c'est la question d'une opération radicale qui est mise en cause; dans le second, celle d'une opération palliative.
A. — De la cure radicale. — Ainsi donc, chaque fois qu'on suppose la tumeur accessible, il faut en entreprendre l'exérèse. A cet effet, Ton pratique une large trépanation qui permet de découvrir le néoplasme. Il est possible qu'en raison de son volume, de sa diffusion, de sa multiplicité, de son adhérence
TRAITEMENT DES NÉOPIASMES
au parenchyme ambiant, ce néoplasme apparaisse alors complèLemenl ouparliellemenL inopérable. En ce cas, ou bien l'on ne tentera même pas l'exérèse : l'intervention deviendra alors tout simplement palliative et le malade aura quelque chance de bénéficier de la décompression ainsi produite par l'ouverture du crâne; ou bien l'ablation, ayant été commencée, restera peut-être incomplète : ici encore le patient pourra retirer quelque avantage de cette partielle éradication du mal (morcellement, évidement, curettage, ponction). 11 ne faut se méprendre, malgré tout, ni sur la gravité de pareilles opérations, ni sur le caractère éphémère des améliorations cliniques qu'elles sont susceptibles de produire. Leur excuse ne se trouve, en effet, ni dans leur bénignité (elles ne sont pas bénignes) ni dans les sérieux avantages qu'elles assurent au patient (ces avantages sont tout à fait momentanés), mais bien dans cette pensée qui conduit le chirurgien au moment où il entreprend l'intervention, à savoir que peut-être l'ablation totale, la cure radicale du néoplasme pourra être menée à bien.
Les résultats, au reste, sont plutôt à cet égard encourageants. Voici la statistique d'Auvray : 73 opérations ont donné 20 morts dont 13 immédiates et 7 plus ou moins tardives. Les S3 guérisons opératoires ont donné : 27 améliorations et 26 guérisons, u soit absolues, soit avec persistance de troubles assez légers pour permettre de considérer le résultat comme très heureux ».
B. — ;De p'opcrntion j palliative. — « Il n'est pas
douteux, dit le P' Raymond, que beaucoup des accidents qu'occasionnent les tumeurs cérébrales sont
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la conséquence d'une exagéralion do la pression in- Iracranienne ; très souvent ces accidents précipitent le dénouement fatal ». C'est pour celte raison que l'idée est venue aux chirurgiens, ici comme pour les hydrocéphalies congénitales ou tuberculeuses, de diminuer l'hypertonie encéphalique « pour atténuer ou supprimer des manifestations pénibles et tenaces, et retarder l'heure de la mort». A cet effet, l'on a essayé, comme je l'ai déjà dit dans une autre partie de ce traité, la ponction lombaire, la trépanation simple, la trépanation suivie de ponction ventriculaire, la trépanation suivie de drainage ventriculaire. Chipault paraît fort enthousiaste de ces méthodes décompressives : « On ne sait pas assez, dit-il, combien ces interventions palliatives, qu'il est possible de répétera de plus ou moins longs intervalles sur le même sujet, peuvent prolonger et surtout soulager l'existence du malade ». Je ne partage pas, en ce qui me concerne, l'optimisme de Chipault.
Pour ce qui est de la ponction lombaire, « Furbringer, dans une publication récente, relate six cas de morts, dont quatre de mort subite, et considère l'existence d'une tumeur cérébrale comme une contre-indication formelle k cette opération ; il impute les accidents mortels qui peuvent survenir en pareille circonstance à ce que la présence d'un néoplasme intra-cranien est un obstacle à la reproduction du liquide évacué par la ponction » (Raymond).
Pour ce qui est de la trépanation, de la création d'une large brèche crânienne, s'il est vrai qu'elle paraît avoir, chez quelques malades, produit une atténuation des symptômes (Horsley), elle n'en reste pas moins une opération grave (33 morts sur 47
TRAITEMENT DES NÉOPLASMES
opérations, Auvray) et qui ne produit guère autre chose, au dire môme d'Albert (de Vienne), que des résultats « passagers et très minimes ». On conçoit, du reste, combien elle doit se montrer insuffisante dans les cas où l'augmentation de la pression intracranienne est surtout imputable à une hydrocéphalie ventriculaire.
Le drainage des ventricules après trépanation est une pauvre méthode, ainsi que je m'en suis déjà expliqué par ailleurs.
Reste donc la ponction venfriadaire après trépanation. Cette opération, quoique recommandée par Keen, Bergmann, Bruns, Allen, Hahn, paraît, au dire du professeur Raymond, n'avoir été dirigée que trois ou quatre fois contre les accidents provoqués par une tumeur cérébrale. Hahn (de Berlin) et von Black (de Heidelberg) semblent avoir, par ce moyen, procuré quelque survie à deux de leurs malades. Un patient de service de M. Raymond fut moins heureux et, opéré par un de mes collègues, mourut 24 heures après l'intervention.
Voilà au total le triste bilan des opérations palliatives. Je ne me sens, à l'heure actuelle, aucun goût à les mettre en pratique. Pourquoi ne pas avouer franchement que jusqu'à ce jour, s'il est vrai qu'elles ont momentanément amélioré la situation de quelques malades (et quelle amélioration est donc cela 1), elles n'ont vraiment eu d'autre sérieux avantage que de délivrer d'une lamentable vie de douleurs et de tortures la plus grande partie des patients sur qui elles ont été pratiquées? Je reconnais sans peine tout ce qu'il y a de désolant dans un pareil langage. Il ne faut pas le prendre pour une critique des courageuses tentatives qui, jusqu'à ce jour, ont
MALADIES DE l'aDULTE
été dirigées par d'habiles chirurgiens contre les accidents des tumeurs encéphaliques. Mais nous restons, malgré tout, désarmés. La chirurgie trouvera-t-elle quelque chose? Il serait puéril de trop y compter.